"On va tous vous génocider" : des lycéens juifs pris pour cible à la Scala de Paris
Pour le Crif, l'incident illustre un phénomène de plus en plus préoccupant consistant à rendre des élèves juifs responsables d'événements se déroulant au Moyen-Orient


Une vive controverse secoue le théâtre La Scala à Paris après des incidents survenus le 4 juin lors d'une représentation scolaire réunissant environ 350 lycéens. Selon plusieurs témoignages, des élèves de l'École de l'Alliance et du lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine auraient été pris pour cible à la suite d'un discours prononcé par le directeur du théâtre, Frédéric Biessy, évoquant notamment la situation au Proche-Orient et critiquant plusieurs dirigeants politiques, dont Benjamin Netanyahou.
D'après les témoignages recueillis, des élèves identifiés comme juifs ont ensuite été visés par des slogans hostiles, des insultes et des crachats. Certains affirment également avoir entendu des menaces particulièrement graves, dont la phrase : "On va tous vous génocider". Face à la montée des tensions, les enseignants accompagnateurs auraient décidé de retirer les élèves concernés de l'événement. Plusieurs témoins ont également dénoncé l'absence de réaction immédiate des organisateurs pour mettre fin aux débordements.
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Dans une lettre adressée aux élèves, aux parents et aux enseignants et datée du 8 juin, Frédéric Biessy a reconnu avoir commis une erreur en introduisant dans son intervention des considérations géopolitiques. Il indique avoir cité nommément plusieurs responsables politiques internationaux et estime rétrospectivement que "les propos politiques n'ont pas leur place devant des classes de 1ère". Le directeur de La Scala présente ses excuses aux personnes qui ont pu être choquées ou blessées par ses paroles et affirme n'avoir jamais eu l'intention de viser une religion, une communauté ou un élève.
Concernant les propos antisémites qui ont été tenus après son départ de la salle, Frédéric Biessy affirme ne pas en avoir été témoin. Il explique avoir été informé des faits seulement plus tard dans la journée, tout en reconnaissant une part de responsabilité, aux côtés des encadrants, dans l'incapacité à apaiser la situation. Dans son courrier, il réaffirme également l'attachement de La Scala aux valeurs républicaines, à la liberté de création, au dialogue et au respect de chacun.
Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a pris acte de ces excuses tout en estimant que le discours du directeur avait contribué à créer un climat propice aux débordements. Selon l'organisation, l'incident illustre un phénomène de plus en plus préoccupant consistant à rendre des élèves juifs responsables d'événements se déroulant au Moyen-Orient. Le Crif considère que le rôle des responsables éducatifs et culturels doit être de préserver un cadre de neutralité et d'apaisement, afin que tous les élèves puissent participer à la vie scolaire sans être stigmatisés ou assimilés à un conflit international en raison de leur identité.
L'affaire a suscité de nombreuses réactions dans les milieux éducatifs et communautaires, relançant le débat sur la responsabilité des institutions culturelles lorsqu'elles accueillent un public scolaire et sur la nécessité de prévenir toute forme d'antisémitisme dans les établissements et les événements destinés aux jeunes.