Report des élections palestiniennes : la France exprime son mécontentement envers Mahmoud Abbas
La diplomatie française souligne que cette décision intervient vingt ans après les dernières élections législatives palestiniennes et cinq ans après le report du scrutin prévu en 2021


La France hausse le ton face à Mahmoud Abbas. Dans un communiqué publié ce dimanche, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a exprimé ses regrets après l’annonce du report des élections législatives et présidentielle palestiniennes au 11 septembre 2027. Les législatives étaient initialement prévues le 28 novembre prochain, tandis que la présidentielle devait se tenir au début de l’année 2027.
« La France déplore l’annonce par le Président de l’Etat de Palestine du report à septembre 2027 des élections législatives prévues le 28 novembre 2026 ainsi que de l’élection présidentielle qui devait se tenir début 2027 », indique le porte-parole du Quai d’Orsay.
La diplomatie française souligne que cette décision intervient vingt ans après les dernières élections législatives palestiniennes et cinq ans après le report du scrutin prévu en 2021. Elle estime que ce nouveau délai prive une fois encore les Palestiniens de la possibilité de choisir leurs représentants par les urnes.
« Il est urgent de lui redonner la parole et de lui permettre de choisir ses représentants dans le cadre d’élections libres et transparentes, comme s’y était engagé le Président Abbas », insiste le communiqué.
Le rappel des engagements de Mahmoud Abbas renvoie aux démarches diplomatiques engagées en 2025, lorsque la France a fait de la réforme des institutions palestiniennes et du renouvellement démocratique des priorités de sa politique à l’égard de l’Autorité palestinienne.
Dans le contexte des discussions avec Emmanuel Macron sur la reconnaissance de l’État de Palestine, Mahmoud Abbas avait notamment pris des engagements en faveur de l’organisation d’élections générales et de la réforme de la gouvernance palestinienne.
Le 22 septembre 2025, la France a officiellement reconnu l’État de Palestine. Cette décision s’inscrivait dans une démarche visant, selon Emmanuel Macron, à préserver la perspective d'une solution à deux États, tout en appelant à des réformes institutionnelles palestiniennes.
Le 10 juillet dernier, Paris avait salué la fixation du calendrier électoral palestinien. Ce calendrier était alors présenté comme une étape concrète dans la mise en œuvre des engagements pris par la direction palestinienne.
Le nouveau report remet donc en question ces échéances. Pour la France, la tenue d’élections ne constitue pas seulement une question de calendrier : elle conditionne également la légitimité des institutions palestiniennes et leur capacité à représenter la population.
Le Quai d’Orsay rappelle ainsi que le respect des principes démocratiques est au cœur de la construction de l’État palestinien reconnu par Paris. « Il y va du respect des principes démocratiques qui sont au fondement même de l’Etat de Palestine que la France a reconnu », souligne le communiqué.
Pour justifier le report, les autorités palestiniennes invoquent la dégradation des conditions politiques, sécuritaires et économiques dans les territoires palestiniens. Elles mettent notamment en cause les opérations militaires israéliennes, les restrictions de circulation en Judée-Samarie et les difficultés persistantes dans la bande de Gaza.
La rivalité entre le Fatah de Mahmoud Abbas et le Hamas, qui contrôle Gaza depuis 2007, constitue également un obstacle majeur à l’organisation d’élections nationales.
La France estime toutefois que le renouvellement démocratique reste indispensable. « Il y va également de la capacité des dirigeants palestiniens à porter avec une légitimité renouvelée les aspirations du peuple palestinien à la dignité, à la liberté et à l’autodétermination », affirme le porte-parole.
Paris établit par ailleurs un lien direct entre la tenue des élections et la perspective d’un règlement politique du conflit israélo-palestinien. « En ce sens, le renouvellement démocratique palestinien est indissociable de la préservation de la solution à deux Etats, en faveur de laquelle la France reste indéfectiblement engagée », précise le texte.
La France ne se limite pas à exprimer ses regrets. Elle formule une demande explicite : « Pour l’ensemble de ces raisons, la France appelle les autorités palestiniennes à revenir sur leur décision et à organiser au plus vite des élections législatives et présidentielles dans l’ensemble de la Palestine. »
Le Quai d’Orsay indique enfin que Paris est prêt à accompagner le processus en coopération avec ses partenaires européens, notamment par l’intermédiaire de la mission d’observation électorale de l’Union européenne, lancée à la demande de la France.