Violences du 17 octobre : qui se cache derrière les cagoules ?
Ultra-gauche organisée, délinquants d’opportunité, jeunes happés par l’ivresse du pillage : les premiers éléments de l’enquête dessinent une réalité plus nuancée que les discours officiels.


Qui sont-ils, ceux qui ont brisé des vitrines, vidé des boutiques et incendié des bâtiments publics en marge de la mobilisation du 17 octobre ? Une semaine après les faits, les éléments livrés par les autorités ne permettent pas de dresser un portrait unique. Ils révèlent au contraire des profils disparates, que tout oppose parfois, sauf le même soir de désordre.
Deux lectures, un même chaos
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a désigné sans détour des « groupes d’ultra-gauche » qui auraient « organisé la violence dans plusieurs villes de France », rejoints par des délinquants venus « piller et détruire ». Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a dénoncé pour sa part des « délinquants d’opportunité », prompts à profiter du tumulte pour s’attaquer aux commerces.
Sur le terrain, les journalistes de l’AFP ont constaté que la frontière entre ces deux mondes est souvent poreuse. Place de la République, à Paris, ils ont décrit des silhouettes sous des drapeaux rouges et noirs, qui adoptaient les tactiques du black bloc face aux CRS. À quelques pas, d’autres, moins identifiables, semblaient d’abord attirés par l’aubaine.
Des premières violences bien avant le cortège
Tout a commencé avant midi, dans le secteur du faubourg Saint-Denis, alors que le départ de la manifestation n’était attendu qu’à 14 heures. Des jeunes masqués, parapluies noirs à la main, y ont ouvert le bal, avant d’être aperçus de nouveau place de la République. Plus tard dans la journée, les images des pillages montrent des visages plus variés, tantôt dissimulés, tantôt à découvert. Ces observations en disent long sur les méthodes, beaucoup moins sur les convictions de chacun.
Le pillage comme jeu
Dans le Marais, rue des Francs-Bourgeois, la scène a quelque chose de saisissant. Une fois les vitrines éventrées, de jeunes gens, des garçons pour la plupart mais aussi des filles, s’engouffrent dans les boutiques de luxe, chez Chanel notamment. On rit, on s’excite en groupe, on repart les bras chargés de produits que l’on n’a pas payés. Pour ces participants, le pillage ressemble à une partie de plaisir, très loin des revendications contre la vie chère qui avaient motivé l’appel à descendre dans la rue.
À Paris, le silence des gardés à vue
Dans la capitale, plus de 1 000 personnes ont été interpellées durant le week-end. La préfecture de police a parlé de « groupes épars de jeunes délinquants d’opportunité ». La procureure de Paris, Laure Beccuau, a indiqué que la « grande majorité » des gardés à vue se sont murés dans le silence, sans formuler la moindre revendication politique.
D’une ville à l’autre, les parcours judiciaires diffèrent aussi. À Grenoble, la plupart des 58 personnes interpellées n’auraient aucune mention à leur casier. À Caen, sur les 31 personnes interpellées, seules deux étaient déjà connues de la justice.
Mairie en flammes, université incendiée
Les enquêtes sur les incendies de bâtiments publics apportent d’autres nuances. À Rouen, un étudiant d’une vingtaine d’années a été placé en garde à vue dans le dossier de l’incendie volontaire de l’université. Il habite à proximité et n’a jamais été condamné, selon le procureur Sébastien Gallois.
À Limoges, où la mairie a été ravagée par les flammes, un homme de 34 ans a été interpellé. Une source policière le présente comme un militant d’ultra-gauche fiché S, déjà connu pour des violences contre une personne dépositaire de l’autorité publique.
La riposte politique : « qui casse paie »
Face à ces débordements, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a demandé aux procureurs une réponse judiciaire « extrêmement ferme ». Sébastien Lecornu entend, de son côté, poursuivre l’examen du projet de loi « casseurs-payeurs », destiné à faire supporter aux auteurs le coût des dégradations.
La France n’est pas la seule à vouloir durcir le ton. En Italie, après les violences de Milan, Giorgia Meloni a fait adopter un décret-loi qui prévoit jusqu’à cinq ans de prison et 20 000 euros d’amende pour « participation violente à une manifestation », rapporte franceinfo. Les parents de mineurs impliqués s’exposent à une amende de 500 à 1 000 euros, doublée en cas de récidive, en plus du remboursement des dégâts. « Qui casse paie », martèle la présidente du Conseil, un principe que l’on retrouve en France, où le projet de loi vise à faciliter le recouvrement des sommes dues aux victimes.
Reste une question que les chiffres et les décrets ne tranchent pas : derrière les cagoules, les parapluies noirs et les rires, où s’arrête la colère sociale et où commence l’opportunisme ?