Yonathan Arfi : "LFI représente un danger existentiel pour les Français juifs"
Entre mémoire, mise en garde institutionnelle et interpellation directe de l’exécutif, le président du CRIF a placé la République face à ses responsabilités.


Au 40ᵉ dîner du CRIF, organisé au Carrousel du Louvre devant plus d’un millier d’invités, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Yonathan Arfi, a livré un discours dense et résolument politique. Devant le Premier ministre, les présidents des deux assemblées et de nombreux membres du gouvernement, il a dressé un constat sans détour : l’antisémitisme en France a changé d’échelle, de nature et d’expression.
Se réclamant de « la génération Ilan Halimi », il a rappelé combien l’assassinat du jeune homme en 2006 avait marqué une rupture. « Le 13 février 2006, j’ai pleuré la fin d’un monde », a-t-il déclaré, établissant un lien direct entre cette tragédie et la résurgence contemporaine d’un antisémitisme décomplexé. Selon lui, le 7 octobre a agi comme un catalyseur mondial, libérant une haine déjà installée. « L’antisémitisme ne connaît pas de cessez-le-feu », a-t-il martelé, citant les 1 320 actes recensés en 2025 et l’« antisémitisme d’atmosphère » qui conduit certains Français juifs à douter de leur avenir.
Au cœur de son analyse, l’« essentialisation » des Juifs, assignés au conflit israélo-palestinien et sommés de condamner Israël. Il a défendu le sionisme comme expression du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et dénoncé une « falsification historique » qui ferait de sa défense un crime moral. Il a aussi critiqué l’inaction européenne face aux accusations de "génocide" visant Israël, estimant qu’elles nourrissent une inversion morale dangereuse.
Un des moments les plus marquants de son intervention a visé La France insoumise. « LFI représente un danger existentiel pour les Français juifs », a-t-il affirmé, accusant le parti de banaliser et de légitimer des discours hostiles. Il a appelé la gauche « à se démélenchoniser » et à rompre toute alliance avec cette formation, comparant l’exigence morale qui s’impose à la gauche à celle que la droite s’impose vis-à-vis du Rassemblement national.
Yonathan Arfi a également interrogé la reconnaissance de l’État palestinien par la France : « Qu’est-ce que la France a gagné avec cette reconnaissance prématurée ? » Enfin, il a plaidé pour un renforcement du cadre législatif contre l’antisémitisme, saluant les initiatives gouvernementales tout en appelant à aller plus loin.
Concluant par des références à Simone Veil, Marc Bloch et Émile Zola, il a rappelé que « la condition des Juifs sera toujours liée à celle de l’esprit critique et de la laïcité ». Un discours offensif, qui engage la République face à ses propres fractures.