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Frank Melloul : « La coopération entre Israël et ses voisins arabes est bien plus forte qu'avant le 7 octobre »


« Les accords d'Abraham ont été scellés en avril 2024, quand l'Iran a tiré sur Israël et que ce sont des pays arabes qui ont aidé à intercepter missiles et drones »

Michaël Darmon
Michaël Darmon ■ Editorialiste i24NEWS
8 min
8 min
 ■ 
  • Israël
  • Iran
  • Arabie Saoudite
  • Emirats arabes unis
  • Accords d'Abraham
  • Frank Melloul
  • 7 octobre 2023
  • La Bascule
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Frank Melloul, Président d'i24NEWS
Frank Melloul, Président d'i24NEWSDaniel Bock

Trois ans après le massacre du 7 octobre et à quelques semaines des élections générales israéliennes du 27 octobre, Frank Melloul publie La Bascule (Éditions de l'Observatoire). Ancien diplomate français et CEO d'i24NEWS, dont il est aujourd'hui président, il raconte les coulisses d'un Moyen-Orient en recomposition. Entretien avec Michael Darmon.

Vous êtes aujourd'hui ambassadeur de la baie de Haïfa. En quoi consiste ce rôle ?

Pour être précis, il s'agit de la baie de Haïfa et de la NextBay53 City Alliance. C'est une région du nord d'Israël qui regroupe 53 villes, dont 27 arabes, de la frontière jordano-israélienne jusqu'au port de Haïfa. Ces villes ont décidé de s'allier pour parler d'une seule voix et former un corridor unique dans le cadre des accords d'Abraham et surtout de l'IMEC, le corridor Inde–Moyen-Orient–Europe décidé au G20, un mois avant le 7 octobre. C'est une route qui part de l'Inde, passe par les Émirats, l'Arabie saoudite, la Jordanie et Israël jusqu'à Haïfa, avant de rejoindre l'Europe. C'est l'avenir et l'espoir du Proche-Orient. Cette région m'a demandé de la représenter dans les instances liées aux accords d'Abraham et à l'IMEC.

La thèse centrale de votre livre est que le 7 octobre n'a pas tué la dynamique de normalisation. Est-ce ce qui vous a poussé à écrire ?

Après trois années de silence, malgré de nombreuses sollicitations, j'ai beaucoup écouté et observé, notamment les plateaux de télévision qui sévissent en Europe, et particulièrement en France. Ce que j'ai entendu était motivé par la passion et l'émotion, ce que je comprends, d'un côté comme de l'autre. J'ai voulu apporter de la nuance : non pas une nuance idéologique, mais une nuance fondée sur un vécu, celui d'un patron de chaîne et d'un acteur des accords d'Abraham.

Le 7 octobre a bouleversé la région, mais pas comme on le perçoit en France. Il a mis en lumière que ces attaques terroristes ne visaient pas seulement à tuer des Juifs et des Israéliens, mais aussi à tuer les accords de normalisation entre Israël et les pays arabes. Or force est de constater, trois ans plus tard, que non seulement cette normalisation n'a pas été tuée, mais que la coopération s'est renforcée.

Le 5 septembre 2023, un mois avant le 7 octobre, vous êtes en Arabie saoudite. Que s'y passe-t-il ?


Une délégation d'une dizaine de chefs d'entreprise israéliens est invitée à Dammam, ville hautement symbolique, pour une conférence sur la sécurité régionale. Nous passons trois jours exceptionnels : le premier, on s'observe ; le deuxième, on se parle ; le troisième, on s'apprécie.

Deux messages ressortent. D'abord, une véritable impatience de nos interlocuteurs : pour eux, la normalisation n'est pas une question de principe, mais de calendrier. Ensuite, les Saoudiens veulent un accord spécifique, au-delà des accords d'Abraham, qui reflète leur statut. Ils négocient d'ailleurs à ce moment-là avec les Israéliens et les Américains en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. Entre le 5 septembre et le 6 octobre, la normalisation semble à portée de main.

Puis arrive le 7 octobre. Qu'est-ce qui change ?

Pas grand-chose, au fond. Les liens diplomatiques sont restés intacts, et la coopération est encore plus forte, on le voit aujourd'hui en pleine guerre contre l'Iran. Je dirais même que les accords d'Abraham n'ont pas été scellés lors de leur signature ou de l'ouverture des vols, mais en avril 2024, quand l'Iran a tiré sur Israël et que ce sont des pays arabes qui ont aidé à intercepter missiles et drones.


Aujourd'hui, ce ne sont pas des forces internationales qui protègent les pays du Golfe face à l'Iran : ce sont des soldats israéliens, présents sur le territoire émirien avec le Dôme de fer. Et je peux vous dire qu'ils le sont aussi dans d'autres pays de la région.

Lesquels ?

Je peux seulement vous dire qu'il s'agit de pays qui n'ont pas encore normalisé leurs relations avec Israël.

Un gouvernement peut donc juger la relation avec Israël utile sans aller jusqu'à la réconciliation, comme l'Arabie saoudite ?

Le 7 octobre a ralenti le calendrier saoudien, mais cela ne signifie pas qu'il n'y a ni communication ni coopération. Il y a quelques jours encore, lors de l'épisode du vol Flydubai dérouté vers Riyad, il y a eu une coopération pleine et entière entre les services de sécurité israéliens, le CENTCOM et les Saoudiens. Que Riyad ait refusé qu'Israël envoie un autre avion pour récupérer ses passagers relève de la communication.

Ce qui compte, ce sont les faits. La région se perd parfois dans des récits, mais la réalité sur le terrain est là : la coopération entre Israël et ses voisins est aujourd'hui bien plus forte qu'elle ne l'était le 6 octobre 2023. Mais l’une des leçons du 7 octobre, c'est qu'on ne peut plus rien faire en faisant abstraction de la question palestinienne.

C'est peut-être ce qui manquait aux accords d'Abraham ?


Pas du tout. Si les journalistes faisaient leur travail, ils verraient que l'accord avec les Émirats arabes unis contient un engagement d'Israël à discuter et négocier avec l'Autorité palestinienne. Et l'accord sur Gaza signé en octobre 2025 prévoit, dans ses articles 19 et 20, la création d'un État palestinien au terme du processus de reconstruction. Il a été signé par le Premier ministre israélien. La différence, c'est que l'État vient à la fin du processus, pas au début.

Faire un État palestinien, c'est bien, mais avec quel contenu ? Nous avons tous entendu que le Hamas recevait des valises d'argent du Qatar. Avec l'accord, et même l'encouragement, du gouvernement israélien, depuis des années.

Oui. Mais on ne se demande jamais ce que le Hamas a fait de cet argent. Je veux bien un État palestinien. La question est de savoir s'il se construira avec des écoles et des hôpitaux, ou avec des tunnels. Quel contenu, et quel interlocuteur pour négocier ? Ce sont les deux questions essentielles. Ce que je reproche à la position française, c'est d'avoir mis la charrue avant les bœufs. Les gens n'ont plus de mémoire : au moment de cette reconnaissance à l'ONU, en septembre dernier, il y avait encore des otages à Gaza.

Ce que vous dites aussi, au fond, c'est que depuis le 7 octobre l'Europe, et la France en particulier, malgré les déclarations de principe, n'arrive pas à peser dans la région.

N'arrive plus. C'est bien de défendre des principes et de brandir le droit international. Mais le droit international n'appartient pas à un seul peuple : il concerne tout le monde, y compris Israël. Je le dis le cœur brisé, au vu de mon parcours : la politique étrangère de la France s'est complètement évaporée dans la région. La France a toujours été un architecte au Proche-Orient. La première formule que j'ai apprise comme porte-parole au Quai d'Orsay, c'est que la France est l'amie du Liban. Aujourd'hui, des négociations entre Libanais et Israéliens avancent. Où est la France ?

Peut-être que si ces négociations avancent, c'est justement parce que la France n'y est plus ?

Ce que je dis, c'est que la France est passée du statut d'architecte à celui de spectateur. Et ce n'est pas moi qui le dis : c'est le président Macron, qui a utilisé le mot « spectacle » lors de son dernier discours à l'Assemblée générale des Nations unies. Je trouve ce mot totalement inapproprié au regard de la souffrance des Israéliens tués, mais aussi du peuple palestinien, qui subit encore l'oppression du Hamas.

…………..

La Bascule, Frank Melloul, Éditions de l'Observatoire.

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