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Russie/Turquie: Poutine souhaite réanimer la "coopération économique"

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Vladimir Poutine (g) et Recep Tayyip Erdogan, le 5 septembre 2013 à Saint-Pétersbourg
ERIC FEFERBERG (AFP/Archives)Vladimir Poutine (g) et Recep Tayyip Erdogan, le 5 septembre 2013 à Saint-Pétersbourg

"Si Gülen n'est pas extradé, les USA sacrifieront les relations bilatérales" (ministre turc de la Justice)

Le président russe Vladimir Poutine a déclaré mardi s'attendre à un "travail difficile pour "réanimer" la coopération économique" avec la Turquie, à l'issue d'une rencontre avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, après neuf mois de crise diplomatique.

Vu la forte baisse subie par les échanges commerciaux entre les deux pays ces derniers mois, "la tendance est très triste. Nous avons un travail difficile à faire pour réanimer la coopération économique et commerciale", a annoncé M. Poutine, lors d'une conférence de presse avec M. Erdogan, après une rencontre qualifiée de "constructive" et "franche".

"Ce processus a déjà été lancé, mais il prendra un certain temps", a-t-il précisé.

"Nos pays ont toutes les possibilités pour rétablir pleinement la coopération bilatérale", a toutefois assuré M. Poutine, en soulignant que la "priorité" est de faire revenir cette coopération "au niveau d'avant la crise".

"Nous pensons que les relations russo-turques deviendront encore plus robustes", a estimé pour sa part M. Erdogan.

Le crash d'un bombardier russe abattu par l'aviation turque au-dessus de la frontière turco-syrienne avait déclenché en novembre une grave crise dans les relations entre Moscou et Ankara. La Russie avait alors adopté des mesures de rétorsion économique contre la Turquie.

Après des mois d'invectives entre les deux dirigeants, les relations russo-turques se sont apaisées fin juin lorsque M. Erdogan a envoyé à Vladimir Poutine une lettre exprimant des "regrets" pour la destruction de l'avion russe.

"Nous avons traversé une période très difficile dans nos relations et nous voudrions, et nous sentons que nos amis aussi le voudraient, la surmonter", a estimé M. Poutine, assurant que ce rapprochement n'était pas dicté uniquement par le "pragmatisme" mais par les "intérêts des peuples".

Cette visite montre que "nous tous voulons rétablir le dialogue et les relations russo-turques", a déclaré M. Poutine, après une poignée de mains entre les deux dirigeants.

Les relations entre Moscou et Ankara s'étaient considérablement détériorées après la destruction en novembre d'un avion de combat russe par l'aviation turque au-dessus de la frontière turco-syrienne.

Cette visite est la première à l'étranger pour le dirigeant turc depuis le putsch raté.

ALEXANDER NEMENOV (AFP)
ALEXANDER NEMENOV (AFP)Vladimir Putin welcomes Recep Tayyip Erdogan at the start of the G20 summit in Saint Petersburg in 2013

Le fait que M. Erdogan se rende à Saint-Pétersbourg, dans le nord-ouest de la Russie, peu après le putsch raté "est une preuve que les Turcs sont vraiment intéressés à rétablir les relations avec la Russie", a déclaré un conseiller du Kremlin, Iouri Ouchakov, à la presse.

Vladimir Poutine a été l'un des premiers dirigeants étrangers à appeler au téléphone M. Erdogan pour condamner le coup de force.

Dans un entretien exclusif au Monde samedi, le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé le manque d'"empathie" de ses alliés occidentaux après la tentative de putsch, allant jusqu'à déplorer un manque de solidarité internationale en contraste avec l'élan de soutien à la France après l'attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015.

Même si les relations entre Moscou et Ankara "connaissent leurs propres incertitudes, la détérioration des relations avec les puissances occidentales pourrait accélérer un rapprochement", souligne une analyse du European Council on Foreign Relations.

Si M. Erdogan insiste toujours sur le départ du pouvoir du président syrien Bachar al-Assad, auquel Moscou s'oppose fermement, il a reconnu le rôle crucial des Russes dans le règlement du conflit, dans une interview à des médias publics russes.

"La Russie est un acteur clé et très important pour l'instauration de la paix en Syrie", a déclaré M. Erdogan, en soulignant que "ce problème doit être réglé à l'aide des mesures communes prises par la Russie et la Turquie".

La Turquie a par ailleurs mis en garde mardi les Etats-Unis, par la voix de son ministre de la Justice, de ne pas sacrifier les relations bilatérales en raison du "terroriste" Fethullah Gülen, responsable selon Ankara, du putsch avorté du 15 juillet.

"Si Gülen n'est pas extradé, les Etats-Unis sacrifieront les relations (bilatérales) à cause de ce terroriste", a déclaré Bekir Bozdag à l'agence de presse progouvernementale Anadolu, soulignant que le sentiment antiaméricain au sein de la population turque avait atteint un pic en raison de ce différend entre les deux alliés de l'Otan.

(avec Agence)