Attaque chimique: Washington enquête sur une éventuelle complicité de Moscou

Le président russe Vladimir Poutine, au Kremlin à Moscou, le 5 avril 2017
Pavel Golovkin (POOL/AFP)
Washington accuse Moscou de "semer la confusion dans le monde" sur le rôle du régime syrien dans cette attaque

Les Etats-Unis enquêtent sur une éventuelle complicité de la Russie dans l'attaque chimique en Syrie imputée au régime de Bachar al-Assad, a indiqué mardi un haut responsable américain.

"Comment est-ce possible que leurs forces (russes, ndlr) se trouvaient dans la même base que les forces syriennes qui ont préparé, planifié et mené cette attaque (...) et ne l'aient pas su à l'avance?", s'est demandé ce responsable qui a requis l'anonymat.

Selon un autre responsable de l'administration, Washington accuse Moscou de "semer la confusion dans le monde" sur le rôle du régime syrien dans cette attaque chimique, pour tenter de mettre en cause les rebelles ou les djihadistes du groupe Etat Islamique (EI).

Washington a conclu lundi que la Russie savait d'avance que la Syrie allait commettre une attaque chimique, la semaine dernière, a rapporté l'Associated Press.

Une personnes haut placée au gouvernement, citée par l'AP mais qui a demandé de garder l'anonymat, a rapporté qu'un drone russe a survolé un hôpital syrien au moment où les victimes de l'attaque étaient transportées pour recevoir des traitements.

Des représailles en cas de nouvelle attaque chimique 

La déclaration est survenue alors que la Maison Blanche a prévenu lundi le régime syrien qu'un nouveau recours à des armes chimiques pourrait entraîner des représailles de la part de l'armée américaine.

"Si vous gazez un bébé ou lâchez un baril d'explosifs sur une personne innocente, vous verrez une réaction de la part de ce président", a affirmé Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche, lors d'une conférence de presse, incluant pour la première fois l'usage de barils d'explosifs.

Mais il n'a pas précisé s'il évoquait tous les types de barils d'explosifs ou simplement ceux contenant du chlore.

M. Spicer a également insisté sur le départ nécessaire de Bachar al-Assad: "On ne peut imaginer une Syrie stable et en paix avec Assad aux commandes".

Omar haj kadour (AFP)

Le président américain Donald Trump a ordonné à l'armée américaine de mener la semaine dernière des frappes contre la base aérienne d'Al-Chaayrate, dans la province centrale de Homs.

Selon les services américains de renseignement, elle a servi de point de départ au bombardement syrien utilisant un gaz contenant des agents neurotoxiques sur Khan Cheikhoun (nord-ouest). L'attaque de cette localité rebelle a fait 87 morts le 4 avril.

Le gouvernement syrien a nié avoir mené cette attaque chimique, soulignant avoir ratifié en 2013 la Convention sur l'interdiction des armes chimiques. Il est supposé avoir démantelé ses stocks d'armes chimiques dans le cadre de cet accord américano-russe mais il a, depuis, été accusé à plusieurs reprises d'en avoir utilisé.

Affaiblir les capacités à court terme des Syriens

Le colonel John Thomas, porte-parole du commandement des forces américaines au Moyen-Orient (Centcom), a indiqué de son côté lundi matin à la presse que des armes chimiques étaient probablement stockées sur la base syrienne bombardée dans la nuit de jeudi à vendredi par l'armée américaine.

Les missiles Tomahawk américains ont évité les installations chimiques parce qu'il y avait "une probabilité importante" que des munitions chimiques soient toujours à l'intérieur, a relevé le colonel.

Toru YAMANAKA (AFP)

Le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, a pour sa part déclaré que la frappe américaine sur la base aérienne syrienne la semaine dernière a détruit "20% des appareils opérationnels" du régime de Bachar al-Assad.

"Le gouvernement syrien serait mal avisé d'utiliser des armes chimiques à nouveau", a ajouté le chef du Pentagone dans un communiqué.

Certains observateurs aux Etats-Unis ont en revanche regretté que ces frappes n'aient pas cherché à détruire la piste de la base aérienne. Des avions ont en effet réutilisé cette piste dès le lendemain, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

"Nous ne voulions pas rendre la base inopérante sur le long terme", a expliqué le colonel Thomas. "Nous avons affaibli les capacités à court terme des Syriens à mener des attaques chimiques depuis cette base".

Le porte-parole du Centcom a par ailleurs refusé de dire si militaires américains et russes communiquaient encore afin d'éviter des incidents entre leurs avions sillonnant le ciel syrien.

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