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Pourquoi la Reine n'est-elle jamais venue en Israël?
Elizabeth avait élevé à la noblesse les grands rabbins Emmanuel Jakobovits et Jonathan Sacks


Au cours de son long règne qui a couvert une grande partie du 20è siècle, la reine Elizabeth a entretenu des liens amicaux avec les responsables de la communauté juive. Cependant, malgré des relations cordiales avec les différents dirigeants israéliens, elle n’a jamais visité Israël, alors même qu’elle a été en visite officielle dans des dizaines de pays.
En réalité, c'est bien un "boycott" officieux qui préside aux relations entre les deux pays, puisqu’aucun membre de la famille royale ne s'est jamais rendu en Israël à titre officiel jusqu'en 2018. Cette année-là, le prince William, héritier du trône, a effectué pour la première fois une visite officielle en Israël, mettant fin à ce « boycott » du pays par la royauté.
Le prince Philip avait bien effectué une visite personnelle en 1994, pour honorer sa mère, la princesse Alice de Grèce, enterrée sur le mont des Oliviers à Jérusalem. Le prince Charles s’y était aussi rendu en 1995 et 2016 pour assister aux funérailles d'Yitzhak Rabin et de Shimon Peres. Mais ces séjours n'étaient pas considérés par la Couronne comme "officiels".
"Il y a eu des périodes prolongées durant lesquelles les gouvernements britanniques observaient une attitude froide, tiède à l'égard d'Israël, alors même que d'autres gouvernements manifestaient de la sympathie et une proximité", analyse le journaliste Michel Gurfinkiel. "Pendant les 40 premières années de l'Histoire d'Israël, de nombreux pays ont évité d'organiser des visites officielles en Israël, mais ce genre de réserves est tombé par la suite. Par exemple, c'est seulement en 1982 qu'un président français s'y est rendu".
Le long refus britannique, prolongé sur des décennies, a donc passablement contrarié nombre de politiciens israéliens et membres de la communauté juive britannique. "On se représente très mal le degré d'animosité qui a pu exister en Grande-Bretagne, dans tous les milieux aussi bien à gauche qu'à droite à cette époque contre le nouvel Etat juif. Jusqu'en 1955, l'armée anglaise faisait de manière routinière des plans pour attaquer Israël, condamner Israël dans une éventuelle nouvelle guerre du Moyen-Orient", explique le journaliste.
"Les choses n'ont commencé à évoluer sur ce plan au moment de Suez, lorsque Anthony Suez, le successeur de Churchill à la tête du gouvernement britannique a donné son feu vert pour une coopération avec les Israéliens contre l'Egypte".
Mais la reine, elle, a toujours veillé à entretenir des liens étroits avec les Juifs et a rencontré de nombreux dignitaires israéliens en visite. Elle acceptait également les lettres de créance des ambassadeurs d'Israël au Royaume-Uni. Pour autant, elle protégeait ses relations avec les pays arabes, et en particulier les monarchies arabes qu'elle ne voulait pas froisser. "On a même pu parler d'une espèce de club monarchique du Moyen-Orient qui comptait la reine Elisabeth, le roi d'Arabie saoudite, les émirs du Golfe persique, le sultan d'Oman", raconte Michel Gurfinkiel.
Il était ainsi communément admis que le ministère britannique des Affaires étrangères conseillait lui-même à la reine de ne pas se rendre en Israël, par crainte des réactions arabes. Un fonctionnaire anonyme du gouvernement britannique avait déclaré au Telegraph en 2015 que "tant qu'il n'y a pas de règlement du conflit entre Israël et l'Autorité palestinienne, la famille royale ne peut pas vraiment s'y rendre."
Ces raisons diplomatiques n'ont pas entamé ses missions "nationales" et son engagement auprès de la communauté juive. Elizabeth avait ainsi élevé à la noblesse les grands rabbins Emmanuel Jakobovits et Jonathan Sacks, et accordé des titres de chevalier à de nombreux Juifs britanniques.
Ses relations avec la communauté juive de Grande-Bretagne étaient bonnes et les Juifs britanniques ont toujours manifesté leur fidélité et leur gratitude envers la reine. Lorsqu’un tabloïd britannique avait publié une vidéo de la future Elizabeth II âgée de 7 ans faisant un salut nazi, les juifs de Grande-Bretagne avaient largement défendu leur monarque.
"Pour les Juifs, son règne a été une période de calme intense, au cours de laquelle notre loyauté envers la Grande-Bretagne et la famille royale a été réciproque à tous les niveaux, de la banalité de la vie quotidienne de la communauté juive aux plus hauts échelons du pouvoir et de la société", écrivait The Jewish Chronicle ce 9 septembre, dans un article titré "Pour les Juifs, la Reine représentait tout ce que nous aimons dans ce pays".
Lors de son dernier voyage officiel à l'étranger, en 2015, la reine Elizabeth s'était rendue en Allemagne et avait visité pour la première fois un camp de concentration. Elle avait déposé une gerbe à Bergen-Belsen et rencontré des survivants de la Shoah.