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Analyse: Macron et Trump, le duo improbable

US President Donald Trump, right, and France's Emmanuel Macron talk regularly, have shared memorable handshakes and claim an "unbreakable" friendship
ALAIN JOCARD (AFP/File)

Emmanuel Macron, premier dirigeant européen reçu à la Maison Blanche par Donald Trump est arrivé lundi à Washington. Un déplacement en grande pompe que le président français effectue accompagné d'une cinquantaine d'acteurs politiques et économiques, signe de son importance majeure.

Si les deux leaders ont un style aux antipodes, l’un marqué par son modernisme et sa jeunesse, l’autre par son impulsivité et son imprévisibilité désormais légendaires, et sont en désaccord sur de nombreux dossiers, qui figureront à l’ordre du jour de leurs entretiens à venir, il semble pourtant et alors que rien ne le laissait présager, qu’ils aient tissé une relation de confiance et même d’amitié, basée sur un "anticonformisme" commun, comme l’a confié Emmanuel Macron lors de son interview à Fox News dimanche.

Les deux "outsiders" des élections présidentielles de leur pays respectifs partagent en effet cette forme d’inexpérience politique qui les entraîne à faire de la politique autrement, tant sur la forme que sur le fond: produits du "rejet" des élites traditionnelles, ils incarnent, chacun à leur manière une rupture avec l’ordre établi et le chamboulement de codes ancrés depuis des décennies. Une élection "historique" qui leur confère une légitimité particulière et les conduit, l’un comme l’autre, à faire preuve d'une certaine forme d’arrogance.

Saul Loeb/AFP

On se souvient de leur première poignée de mains musclée à Bruxelles en mai 2017, qui avait fait la Une des médias et dont l’intensité en disait déjà long sur la relation qui démarrait entre deux hommes avides de leadership et prêts à faire leurs preuves sur la scène internationale.

Il y eut aussi le "Make Our Planet Great Again", coup marketing de l’équipe d’Emmanuel Macron, véritable pied de nez à Donald Trump et son slogan "Make America Great Again" sur le sujet du réchauffement climatique, véritable pomme de discorde entre Paris et Washington.

Et si Emmanuel Macron soigne sa communication outre-atlantique, notamment avec des prises de parole en anglais, comme ce fut rarement voire jamais le cas pour ses prédécesseurs, c’est aussi dans le but de faire rayonner la France à l’étranger et d’imposer une forme de "soft power" à la française, pour en finir avec l'hégémonie américaine.

C’est d’ailleurs dans la langue de Shakespeare que le président français s’exprimera devant le Congrès américain mercredi, une première depuis Valéry Giscard d’Estaing en 1976.

Mais cette relation de rivalité "bon enfant" a toutefois des limites et chacun, surtout le président français, sait où s’arrêter pour ne pas risquer de froisser son partenaire historique dont l’imprévisibilité amuse autant qu’elle effraie, surtout les victimes de ses salves de tweets incendiaires.

Sur les enjeux internationaux majeurs, Paris et Washington ont en effet des positions largement concordantes notamment dans la lutte contre le terrorisme et la défense des droits de l’homme qui les a en partie conduit à intervenir militairement, ensemble, en Syrie le 13 avril, en riposte à l’attaque chimique attribuée au régime de Bachar al-Assad.

Marie ALBERT (AFP)

Sur l'Iran, un dossier qui devrait monopoliser les discussions cette semaine, Emmanuel Macron devrait tenter de convaincre son homologue américain de ne pas sortir de l’accord nucléaire sans "avoir de plan B": toutefois, les deux leaders s’accordent pour dénoncer les velléités hégémoniques de la République islamique au Moyen-Orient, de quoi imaginer qu’ils puissent parvenir à un compromis en modifiant l’accord existant sans le "déchirer" comme Trump l’avait promis lors de sa campagne: c’est en tout cas l’un des paris du président français, qui se fait également le porte-voix des Allemands sur ce dossier avant la visite d'Angela Merkel à Washington le 27 avril.

Et il faudra à Emmanuel Macron manier l'art de convaincre à merveille pour assouplir la position américaine sur la question iranienne, tant elle s’aligne sur celle d’Israël et de l’Arabie saoudite, ennemis numéro un de Téhéran et alliés de taille de l’administration Trump, déterminés à enterrer cet accord une bonne fois pour toute.

Enfin, la question commerciale devrait tenir une place importante dans leurs échanges suite notamment à l’annonce par le président américain d’une hausse des taxes douanières, fustigée par Paris et Berlin. Sur Fox News, Emmanuel Macron a déjà appelé dimanche le président américain à exempter de manière définitive l’Europe des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium, tout en mettant en avant "la relation spéciale" entre les deux pays, et sa "relation personnelle très forte" avec son homologue: l’art de la diplomatie et du "en même temps"….!

De son côté, Donald Trump, qui n'avait pas tari d'éloges sur sa visite officielle à Paris et s'était dit impressionné par le défilé du 14 Juillet qu'il souhaite même exporter, devrait lui aussi tenter d'en mettre plein la vue à son homologue: un véritable combat de coqs!

Marion Bernard est rédactrice en chef du site internet d'i24NEWS en français (@MarionBernardM)

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