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Analyse: les Russes voient juste

Le président russe Vladimir Poutine lors d'un discours à Moscou en avril, et son homologue turc Recep Tayyip Erdoğan lors d'une cérémonie à Kars en mars 2015
AFP
La Russie a prédit la création de l'EI il y a longtemps; la Turquie pousse l'OTAN à défendre ses intérêts

Les récentes tensions entre la Russie et la Turquie m'ont rappelé deux rencontres qui datent de plusieurs années, l'une avec un Russe et l'autre avec un Turc, qui peuvent fournir un éclairage supplémentaire sur l’attitude adoptée aujourd’hui par les deux pays.

Il y a environ 11 ans, le directeur d'un institut de recherche russe est venu en Israël. Lors de notre rencontre - j’étais alors chef du Conseil national de sécurité - avec d'autres responsables israéliens, il a affirmé que le plus grand danger pour la paix mondiale était l'existence du groupe État islamique (EI). Certes, le nom “EI” n'avait pas été mentionné, mais il avait prédit le phénomène représenté par l’EI avec une précision étonnante.

Il avait parlé de la création d'un califat islamique sur les ruines de l’Irak qui essaierait de prendre le Moyen-Orient et d'étendre ses tentacules vers le nord en direction de la Russie à travers les républiques islamiques de l'ancienne Union soviétique. Simultanément, il profiterait également de la faiblesse de l'Occident et se tournerait vers l'Europe. Sa conclusion était que la Russie, les pays occidentaux et Israël auraient un ennemi commun et un intérêt suprême partagé à le vaincre.

Lorsque j’ai rencontré d’autres officiels russes, ils ont répété la même affirmation, critiquant les États-Unis de mener une “guerre folle” en Irak qui allait accélérer cette tendance.

Environ un an plus tôt, j’avais rencontré un fonctionnaire turc de haut rang - la relation entre Israël et la Turquie était excellente à l'époque - et il m’avait parlé ouvertement de la perception nationale turque. “Nous comprenons que nous ne serons plus en mesure de reprendre les terres contrôlées par l'Empire ottoman jusqu'en 1917, mais ne pensez pas que nous acceptons les frontières qui nous été imposées après la Première Guerre mondiale par les pays vainqueurs dirigés par la Grande-Bretagne et France," avait-il dit.

"La Turquie va trouver le moyen de revenir à ses frontières méridionales naturelles que sont la ligne reliant Mossoul en Irak à Homs en Syrie. C’est une aspiration nationale juste et elle est également soutenue par l'existence d'une importante minorité turkmène dans la région."

Il est possible de tirer trois conclusions de ces rencontres face à la réalité d'aujourd'hui. Tout d'abord, la Russie avait prévu la création d'EI il y a longtemps et voit l'organisation comme une menace stratégique de première importance. Deuxièmement, les Russes sont en droit d’attendre que l'Occident ajuste ses priorités en matière de lutte contre l’EI, à savoir coopérer avec Moscou pour d’abord vaincre l’EI et seulement ensuite trouver le temps de résoudre les conflits internes.

Troisièmement, la Turquie est un Etat membre de l'OTAN, mais au lieu de travailler en faveur des intérêts communs de l'OTAN, elle l’entraîne dans la défense de ses intérêts, en s’attaquant aux Kurdes, qui sont les seuls à combattre l’EI sur le terrain. Cela provoque inutilement la Russie, qui accuse en retour la Turquie d’aider économiquement l’EI.

La conclusion est claire: la menace posée par l’EI est similaire dans son idéologie totalitaire à la menace que représentait l'Allemagne nazie. La coordination entre la Russie et l'Occident n’est pas une condition suffisante pour gagner cette guerre, mais elle est une condition nécessaire. La personne qui semble bien comprendre cela est le président français François Hollande et on ne peut qu'espérer qu'il réussisse à pousser l'OTAN à contenir les Turcs et à faire équipe avec la Russie.

Israël a prétendument des intérêts opposés sur cette question. Mais nous devons penser à la situation dans laquelle nous nous retrouverons si l’EI se renforce et parvient à contrôler la Syrie, la Jordanie et le Sinaï. Pour nous aussi, la conclusion est claire: vaincre l’EI est l’ultime priorité.

Le Major-général (réserviste) Giora Eiland est un ancien chef du Conseil national de sécurité d'Israël.

Cet article est publié avec l’autorisation de Ynet.

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(1)

Les russes visent juste.

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