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Le Mali aux urnes pour une présidentielle sous tension mais sans passion

Un soldat malien monte la garde lors du dernier meeting avant la présidentielle du président malien et candidat à sa propre sucession, Ibrahim Boubacar Keita, le 10 août à Bamako
Michele CATTANI, Michele CATTANI (AFP)

Plus de huit millions de Maliens sont appelés aux urnes dimanche pour élire leur président lors d'un second tour placé sous haute sécurité mais qui ne déclenche pas les passions, la victoire étant pour beaucoup déjà promise au chef de l'Etat sortant Ibrahim Boubacar Keïta.

Mais avant même l'ouverture des bureaux de vote, dans la nuit de samedi à dimanche, le camp de l'opposant Soumaïla Cissé, en lice face au président sortant, a affirmé qu'une fraude était en préparation.

"Cela fait trois jours qu'on apprend que des bulletins de vote circulent dans le pays", a déclaré à l'AFP le chef de la campagne de M. Cissé, Tiébilé Dramé. "Ces bulletins devraient être sous scellés et ouverts seulement en présence des assesseurs, des délégués et des mandataires des candidats", a-t-il ajouté.

La tension était déjà montée samedi lorsque les services de renseignements maliens ont arrêté trois membres d'un commando, qualifié de "groupe terroriste", au moment où il "planifiait des attaques ciblées à Bamako pendant le weekend".

La nature de ces attaques n'a pas été précisée, mais les trois Maliens sont soupçonnés d'être les auteurs d'un braquage contre un péage qui avait fait trois morts en octobre 2016 à une trentaine de kilomètres de Bamako. 

Les 23.000 bureaux de vote doivent ouvrir de 08H00 à 18H00 (GMT et locale) dans cet immense pays du Sahel toujours confronté à la menace djihadiste malgré cinq ans d'interventions militaires internationales, les résultats étant attendus dans quatre ou cinq jours.

Le vainqueur, qui entrera en fonction début septembre, aura la lourde tâche de relancer l'accord de paix conclu en 2015 par le gouvernement et l'ex-rébellion à dominante touareg, dont l'application accumule les retards. L'accord avait été signé après l'intervention de l'armée française qui, en 2013, avait repris le contrôle du nord du Mali, où les djihadistes avaient instauré la charia pendant un an.

Lors du premier tour, le 29 juillet, 871 bureaux (plus de 3%) étaient restés fermés en raison de violences, empêchant près de 250.000 Maliens de voter, surtout dans le Centre et le Nord.

Sécurité renforcée 

Cette fois, quelque 36.000 militaires maliens, soit 6.000 de plus qu'il y a 15 jours, seront mobilisés afin de "renforcer" la démocratie et "crédibiliser le processus à travers une participation massive de la population", selon Cheick Oumar Coulibaly, un conseiller du Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga.

Le chef du gouvernement s'est lui-même rendu samedi à Mopti pour vérifier si "tout est en place" dans cette région en proie à des violences ethniques attisées par des groupes djihadistes.

Michele CATTANI (AFP/File)

L'armée malienne sera à nouveau appuyée par les Casques bleus de l'ONU, les forces françaises de l'opération Barkhane et, dans le Nord, où l'Etat est peu ou pas présent, par des groupes signataires de l'accord de paix.

L'UE, premier bailleur international du Mali, a réclamé un accès garanti à tous les centre de vote pour les électeurs. Grâce aux renforts militaires, ses observateurs vont cette fois pouvoir suivre le déroulement du vote à Gao (Nord), mais toujours pas à Tombouctou et Kidal (Nord), ni Mopti.

Le scrutin, déterminant pour l'avenir du Sahel, se tient dans une relative indifférence de la population, fatiguée par plus de six ans de violences djihadistes et ethniques et dont près de la moitié vit sous le seuil de pauvreté malgré un taux de croissance supérieur à 5% depuis plusieurs années.

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