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Le renoncement de Bouteflika: victoire de la rue ou ruse du pouvoir?

Abdelaziz Bouteflika, shown here in 2009, helped foster peace in Algeria after a decade-long civil war in the 1990s
FAYEZ NURELDINE (AFP/File)

C’est l’une des annonces qui restera dans l’Histoire: le renoncement d’Abdelaziz Bouteflika à briguer un cinquième mandat après 20 ans de règne sans partage sur l’Algérie, le lundi 11 mars 2019.

Celui qui était la cible de toutes les attaques depuis plus de deux semaines a cédé à la rue et obéi aux slogans "dégage" que scandait son peuple, à travers le pays et le monde, en amont de la présidentielle prévue initialement le 18 avril.

Ce peuple algérien uni, debout, digne, a réussi à prendre son destin en main en manifestant pacifiquement, une leçon pour toutes les démocraties, à commencer, ironiquement, par la France.

Il a rejeté ce qui semblait être une simple formalité: la réélection d’un président qui, selon tous les spécialistes, n’est plus en mesure de prétendre exercer quelque autorité que ce soit mais qui, grâce à la forteresse qu’il a construite autour de lui notamment en partenariat avec l’armée et les renseignements, a réussi à préserver son titre et ses intérêts alors même qu'il ne s'est pas exprimé depuis son AVC en 2013.

...Jusqu’à ce que les réseaux sociaux s’en mêlent, que la jeunesse bouscule les codes, l’ordre établi et refuse cette opacité du pouvoir dont personne ne sait qui l’exerce véritablement. Une jeunesse, qui comme l'ont rappelé de nombreux spécialistes de l'Algérie, ne connaît son président qu'en photo.

Et si cette mobilisation pacifique est à saluer sans équivoque, le renoncement du chef de l'Etat algérien est lui un succès en demi-teinte pour un peuple avide de démocratie: d'un point de vue symbolique, c'est une victoire totale car si d’autres leaders ont attendu des effusions de sang pour "tomber", le peuple algérien a lui su "faire plier" son président à coup de slogans. Concrètement toutefois, les modalités de ce renoncement sont floues et surtout, continuent d'être dictées par celui qui donne l'apparence de s'incliner.

A l’inverse du printemps arabe au cours duquel une répression sans nom a été exercée sur les manifestants, Bouteflika, du moins son cercle, a compris qu’il était trop tard et qu’à défaut de briguer un cinquième mandat, il fallait décider de l’issue de cette mobilisation et prendre le temps d’organiser les affaires de ceux qui ont bénéficié des faveurs présidentielles durant ces vingt dernières années.

Bouteflika dehors certes, mais à ses propres conditions, qui visent surtout à faire gagner du temps à son cercle et lui permettent d'assurer une transition qui lui soit également favorable.

La prochaine présidentielle "aura lieu dans le prolongement de la conférence nationale inclusive et indépendante (...) équitablement représentative de la société algérienne comme des sensibilités qui la parcourent" qui "devra s’efforcer de compléter son mandat avant la fin de l’année 2019", a indiqué M. Bouteflika lundi soir: renoncement oui mais au prix d'une transition à durée indéterminée…

Passée la phase d'apparente satisfaction, pas sûr que les Algériens se laissent duper par ce qui peut s'apparenter à une ruse du pouvoir, qui feint la compréhension pour mieux maintenir la barre et décider du cap.

Le monde a aujourd'hui les yeux rivés sur Alger, qui inaugure un printemps d'un genre nouveau.

Marion Bernard est rédactrice en chef du site internet en français d'i24NEWS (@MarionBernardM)

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