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Djerba : verdict attendu ce mardi dans le procès de l’attentat de la synagogue de la Ghriba
Une trentaine de personnes comparaissent aujourd’hui qui encourent jusqu’à la peine de mort théoriquement en vigueur mais non appliquée


Le tribunal de première instance de Tunis doit rendre ce mardi son verdict dans le procès lié à l’attentat terroriste perpétré en mai 2023 contre la synagogue de la Ghriba, à Djerba. L’attaque avait fait cinq morts et neuf blessés, parmi lesquels trois policiers, un pèlerin français, Benjamin Haddad et son cousin israélien, Aviel Haddad. Une affaire douloureuse, que les parties civiles craignent de voir sombrer dans l’oubli.
Le 9 mai 2023, Wissem El Khazri, membre de la garde nationale maritime, abat d’abord un collègue, s’empare de ses armes, puis parcourt près de 20 kilomètres en direction de la Ghriba, où se déroulait le pèlerinage juif annuel de Lag Ba’omer. À son arrivée, il tue un autre agent et ouvre le feu sur Benjamin et Aviel Haddad, deux cousins présents sur le parking, avant d’être finalement abattu après un échange de tirs. L’attaque terroriste n’a pas été revendiquée.
Une trentaine de personnes comparaissent aujourd’hui, dont deux détenues depuis 2023. Elles sont soupçonnées d’avoir été en lien avec le terroriste, notamment via l’échange de contenus djihadistes ou l’acheminement de fonds. Un ancien policier, déjà emprisonné pour une autre affaire, est présenté comme un possible mentor de l’auteur de l’attaque. Tous encourent jusqu’à la peine de mort théoriquement en vigueur mais non appliquée.
Pour l’Association française des victimes de terrorisme, il s’agirait vraisemblablement d’un "loup solitaire", même si les familles expriment de forts doutes. La sœur de Benjamin Haddad pose des questions restées sans réponse : comment le terroriste a-t-il pu circuler armé sur une telle distance ? Pourquoi n’a-t-il pas fait l’objet d’une enquête plus approfondie malgré des signalements ? Et pourquoi certaines procédures après l’attaque ont-elles semblé irrégulières ?
Dès le lendemain du drame, les autorités tunisiennes avaient privilégié la qualification "criminelle" plutôt que terroriste, suscitant l’incompréhension. Dans un pays très majoritairement pro-palestinien, la communauté juive tunisienne, qui compte environ 1 500 à 2 000 personnes, dont beaucoup à Djerba, reste discrète et prudente. Peu ont choisi de se constituer partie civile, par crainte de tensions et pour éviter de raviver la peur.
L’attentat de 2023 s’inscrit dans une histoire déjà marquée par la violence : en 2002, un attentat-suicide avait tué 19 personnes, et en 1985, un soldat tunisien avait ouvert le feu dans l’enceinte de la synagogue. Depuis, le pèlerinage de la Ghriba est maintenu mais fortement encadré, reflet d’une communauté juive déterminée à préserver sa présence… malgré la blessure encore vive laissée par l’attaque terroriste de 2023.