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Argentine: Cristina Kirchner visée par un mandat d'arrêt pour trahison

L'ex-présidente argentine Cristina Kirchner, s'exprimant devant des journalistes à sa sortie du tribunal de Buenos Aires, le 26 octobre 2017
EITAN ABRAMOVICH (AFP)
Elle a été arrêtée pour entrave à l'enquête sur l'attentat contre une mutuelle juive qui avait fait 85 morts

L'horizon judiciaire de l'ancienne présidente argentine Cristina Kirchner s'assombrit: un juge a demandé jeudi son arrestation pour entrave à l'enquête au profit de l'Iran sur l'attentat contre une mutuelle juive qui avait fait 85 morts en 1994.

L'ancienne présidente de gauche (2007-2015), élue sénatrice en octobre, bénéficie d'une immunité parlementaire qui la met pour l'instant à l'abri d'une incarcération. 

C'est le juge fédéral Carlos Bonadio qui a mis en examen Mme Kirchner pour "trahison" et demandé son placement en détention. En octobre, il l'avait convoquée et l'ex-présidente avait rejeté ses accusations.

Le juge considère qu'un pacte qu'elle avait conclu en 2012 avec l'Iran a permis aux suspects iraniens de se dérober à la justice argentine.

L'accord prévoyait que des hauts fonctionnaires iraniens, soupçonnés d'avoir commandité l'attentat contre la mutuelle Amia à Buenos Aires, soient entendus par des magistrats argentins à Téhéran, faute de pouvoir le faire à Buenos Aires. L'Argentine avait demandé en vain leur extradition.

Le pacte avait été approuvé par le Parlement argentin, mais l'Iran n'avait finalement pas respecté les termes de l'accord.

Accusation "absurde" 

L'accusation du juge Claudio Bonadio est "absurde", a réagi Mme Kirchner lors d'une conférence de presse, "c'est un acte de politique extérieure qui n'est pas punissable. C'est un excès, qui viole l'Etat de droit".

Elle contre-attaque et accuse le président argentin Mauricio Macri de "manipuler la justice" pour écarter sa principale opposante. Il est "le chef d'orchestre et (le juge) Bonadio exécute la partition judiciaire", a-t-elle dénoncé.

Le gouvernement ne s'est pas exprimé jeudi, mais le pouvoir politique assure qu'il n'exerce pas la moindre ingérence sur la justice.

Cristina Kirchner, 64 ans, a prêté serment la semaine dernière comme sénatrice. Avant tout placement en détention, le Sénat devrait d'abord voter la levée de son immunité.

Il semble toutefois peu probable que le Sénat puisse rallier les deux tiers des voix pour lever cette immunité.

A partir du 10 décembre, la coalition gouvernementale disposera de 25 sièges sur 72 au Sénat, alors que le mouvement péroniste auquel appartient Mme Kirchner en comptera 32, mais seulement une dizaine répondant directement aux ordres de l'ex-chef d'Etat.

L'accusation pour entrave à l'enquête au profit de l'Iran avait d'abord été lancée en 2015 par le procureur Alberto Nisman, à la tête du parquet.

Mais la veille de présenter son accusation contre Mme Kirchner au Parlement, il était retrouvé mort dans son appartement de Buenos Aires.

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