Quantcast i24NEWS - “En Israël, ceux qui s’opposent à l'occupation sont des traîtres” (Noam Chomsky à i24NEWS)

“En Israël, ceux qui s’opposent à l'occupation sont des traîtres” (Noam Chomsky à i24NEWS)

Jewish-American scholar and activist Noam Chomsky attends a conference at the Islamic University in Gaza City, Saturday, Oct. 20 , 2012. Chomsky entered Gaza Strip from Egypt Thursday for his first visit to Gaza.
(AP photo/Hatem Moussa)

Dissident politique, linguiste et intellectuel reconnu, Noam Chomsky a déclaré lors d’une interview accordé à i24NEWS que les "tendances judéo-nazies" en Israël se renforçaient considérablement alors que les Palestiniens comptent de plus en plus sur l’aide et la solidarité internationales.

Chomsky, qui a longtemps critiqué les mesures prises en Israël contre les Palestiniens, fait ici référence à des propos déjà tenus par Yeshayahu Leibowitz, un intellectuel israélien de renom, qui a mis en garde le public contre les conséquences de l’occupation.

"Leibowitz a averti que si l’occupation continue, les Juifs israéliens vont devenir ce qu’il a appelé des Judéo-Nazis. C’est un terme très fort en Israël. Quand on l’utilise, on ne peut pas s’en sortir impunément mais lui, oui. Il a dit que cela se produira par le simple mécanisme de l’occupation", a déclaré Chomsky à i24NEWS.

"Si vous maintenez une personne au sol avec votre pied sur sa nuque, vous devez pouvoir justifier cela. Donc, on rejette la faute sur les victimes. La mise en garde de Leibowitz était une allusion directe à l’occupation permanente, à l’humiliation des peuples, à la dégradation et aux attentats terroristes du gouvernement israélien", a-t-il expliqué.

Et d’ajouter: "L’Histoire nous en fournit de nombreux exemples. L’Europe aussi. Et je pense que c’est ce à quoi on assiste en Israël".

L’ancien linguiste a également affirmé que quiconque critique l’occupation en Israël de nos jours est automatiquement qualifié de "traître", un phénomène qui a causé la quasi-disparition de la gauche sur l’échiquier politique.

Il donne d’ailleurs comme exemple l’opposition israélienne dans le cas de la situation dans la bande de Gaza - qu’il compare à un camp de concentration - ayant conduit à une "délégitimisation de la gauche".

"Prenez Gaza. Si vous enfermez deux millions de gens dans un camp de concentration et que vous les assiégez, vous devez vous demander si vous pouvez justifier ce que vous faites. Ceux qui s’y opposent sont des traîtres, ceux qui aiment les Arabes et les autres. On a déjà vu ça en Europe auparavant, pas besoin que je vous donne des exemples", a-t-il ajouté.

Depuis 1967, les dirigeants israéliens de tous bords affirment que la présence militaire en Cisjordanie est nécessaire pour des raisons de sécurité. Chomsky réfute cette thèse et dit que c’est l’inverse qui est vrai : pour lui, "l’occupation militaire" de la Cisjordanie ne fait que mettre en danger la sécurité d’Israël.

"Demandez à n’importe quel analyste stratégique israélien. Ils ont tous compris que l’occupation de la Cisjordanie est une menace pour la sécurité du pays. Pendant la guerre de 1973, quand la Syrie a envahi Israël par le Nord, Tsahal n’a pas pu réagir immédiatement parce qu’il a d’abord fallu évacuer les habitants des implantations".

MAHMUD HAMS (AFP)

Chomsky est revenu sur plusieurs incidents au cours desquels des dirigeants arabes ont proposé à Israël la paix en échange du retrait de Cisjordanie. Toutes ces propositions ont été rejetées par Israël.

Selon lui, Israël privilégie délibérément l’expansion à la sécurité. Il cite pour illustrer ce propos l’ancien président Ezer Weizman qui avait pointé ce fait du doigt en 1970. Si Israël choisissait la paix, le pays ne pourrait pas "vivre à l’échelle de ce qui pourrait être acquis par l’occupation".

Les mesures de Trump

En Israël, on salue Donald Trump pour deux décisions qu’il a prises : le gel des financements à l’UNRWA - l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens - et la reconnaissance Jérusalem comme capitale d’Israël.

De l’autre côté, à la suite de ces décisions, les Palestiniens ont coupé les ponts avec les Etats-Unis. Pour Chomsky, c’est un avenir sombre qui attend les Palestiniens et seules l’aide et la solidarité internationales pourront sauver la population.

"La situation des Palestiniens est sinistre. Le gouvernement Trump est le plus extrême dans son support de l’expansion et de la répression israélienne. C’est le premier gouvernement à avoir accepté la prise de pouvoir israélienne à Jérusalem. Et il faut rappeler que ce n’est pas la Jérusalem historique. Ce que nous appelons aujourd’hui Jérusalem est une ville cinq fois plus grande que la Jérusalem historique. Elle englobe des zones palestiniennes de Cisjordanie", a-t-il détaillé.

AP Photo/Evan Vucci

Chomsky a ajouté que "l’accord ultime" de paix que Jared Kushner - gendre et conseiller de Trump - est en train de mettre en place, "privera les Palestiniens de tous leurs des droits".

"Dans le camp de réfugiés de Shatila, les écoles de l’UNRWA représentaient le seul espoir des populations. Mais maintenant, c’est terminé. Où qu’ils soient, les Palestiniens ne peuvent désormais plus compter que sur la solidarité internationale".

Trump, de son côté, a déclaré qu’il espérait qu’Israéliens et Palestiniens feraient des concessions. Il a déclaré qu’Israël devrait "payer un prix plus élevé" maintenant qu’il avait "retiré" Jérusalem de la table des négociations en reconnaissant la ville comme capitale du pays.

Bien que Chomsky trouve que la plupart des réformes de Trump soient désastreuses - notamment la décision de se retirer de l’accord sur le climat de Paris - il reconnaît que le président américain a tout de même mis en place des mesures pour lesquelles il devrait être félicité.

Chomsky a longtemps demandé que les relations entre les Etats-Unis et la Russie redeviennent cordiales et voulu une réconciliation des deux Corées.

Il a également souhaité que les Etats-Unis se retirent de certains accords comme l'accord de partenariat transpacifique (TPP) et l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Trump a fait tout cela, même si Chomsky déplore que l’ALENA a quasiment été "remplacé par un accord semblable".

La rencontre entre Trump et Poutine qui s’est tenue à Helsinki en juillet dernier a été vue par de nombreux députés et chroniqueurs américains comme une trahison, notamment en raison des soupçons qui pèsent sur la Russie qui aurait interféré dans l’élection présidentielle américaine de 2016.

(AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

Malgré tout, pour Chomsky qui a beaucoup écrit sur l’interférence des Etats-Unis dans le monde, cela ne devrait pas être une raison pour empêcher un retour à la normale des relations avec la Russie. "Je pense qu’il a raison quand il dit que nous devons faire quelque chose pour apaiser les tensions avec la Russie", a affirmé Chomsky.

Selon lui, la Corée du Nord est un autre dossier pour lequel on ne peut que saluer la politique étrangère de Trump. Après des décennies de tensions entre les deux Etats, le conflit devait être résolu de manière diplomatique et c’est ce que Trump a essayé de faire.

Discours et populisme

L’expert en linguistique explique que la vague actuelle de populisme d’extrême-droite et la xénophobie qui déferlent sur l’Europe et les Etats-Unis est souvent attribuée aux flux migratoires vers ces deux continents mais ne traite pas les racines de ces phénomènes.

Il fait référence à une étude menée par des économistes qui se sont intéressés de près à la montée de l’extrême-droite en Suède, pays qui a accueilli de nombreux migrants au cours de ces dernières années.

"Cette étude a montré que la montée de l’extrême-droite est due aux flux migratoires. Il est évident que la situation s’est détériorée davantage avec la venue des migrants", dit-il soulignant toutefois l’importance des politiques et des programmes néo-libéraux, qui font que "les richesses sont concentrées dans certains secteurs et qu’une grande partie de la population qui ne profite plus du fonctionnement de la société est mise à l’écart".

Pour Chomsky, c’est également valable aux Etats-Unis où la xénophobie et la misogynie sont des symptômes pathologiques que Trump utilise pour rallier des partisans. "Dans de telles circonstances, des symptômes pathologiques se forment et ils seront exploités par les démagogues" a déclaré Chomsky en guise de conclusion.

Jotam Confino est éditeur web et journaliste pour i24NEWS en anglais. Il est titulaire d'une licence en relations internationales et d'une maîtrise en sécurité et diplomatie.

Commentaires

(1)

Un personnage éclairé ce Chomsky

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