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Spécial week-end | Proche d’Israël mais tournée vers ses intérêts : pourquoi l’Inde ménage aussi l’Iran
Fidèle à sa tradition diplomatique, l’Inde entend rester partenaire de tous, sans s’aligner pleinement sur personne


Pour de nombreux observateurs israéliens, les relations entre Israël et l’Inde apparaissent ces dernières années comme un partenariat stratégique solide. Coopération militaire croissante, achats massifs d’équipements israéliens, échanges politiques réguliers : New Delhi s’est imposée comme l’un des partenaires majeurs d’Israël en Asie. Pourtant, derrière cette proximité affichée, l’Inde continue de préserver ses liens avec l’Iran, guidée avant tout par ses propres intérêts géopolitiques.
Le récent accueil dans des ports indiens de deux pétroliers iraniens, une première depuis près de sept ans, illustre cette stratégie d’équilibre. Malgré les sanctions américaines et les tensions régionales, New Delhi entend conserver une relation fonctionnelle avec Téhéran. Pour les dirigeants indiens, il ne s’agit pas d’un choix idéologique, mais d’une nécessité stratégique.
Sur le plan sécuritaire, la coopération avec Israël atteint pourtant un niveau record. Depuis le début des années 2000, l’Inde a acquis pour plusieurs milliards de dollars de systèmes d’armement israéliens, faisant d’Israël l’un de ses principaux fournisseurs aux côtés des États-Unis et de la France. Ce partenariat dépasse désormais le simple cadre commercial, avec des projets conjoints dans les drones, l’intelligence artificielle et la cybersécurité.
Mais ces liens ne suffisent pas à effacer la dépendance indienne envers l’Iran. La principale raison tient à la géographie : pour contourner le Pakistan, rival historique de l’Inde, l’Iran représente un corridor essentiel vers l’Afghanistan et l’Asie centrale. Le port iranien de Chabahar, exploité par l’Inde dans le cadre d’un accord de long terme signé en 2024, constitue un atout stratégique majeur. Il s’inscrit dans le corridor international Nord-Sud, destiné à raccourcir considérablement les routes commerciales vers l’Europe.
L’énergie est un autre facteur décisif. L’Inde, l’un des plus grands consommateurs mondiaux, a besoin d’approvisionnements abondants et compétitifs pour soutenir sa croissance. Avant les sanctions, l’Iran couvrait une part importante de ses importations pétrolières. Le retour progressif du brut iranien traduit la volonté de New Delhi de diversifier ses sources d’approvisionnement.
Le Premier ministre Narendra Modi doit également composer avec des enjeux internes et internationaux. L’Inde compte près de 200 millions de musulmans, dont une importante communauté chiite. En parallèle, New Delhi surveille l’influence croissante de la Chine, déjà fortement implantée en Iran grâce à un vaste partenariat stratégique. Laisser Téhéran à Pékin reviendrait, pour l’Inde, à perdre un levier régional essentiel.
Pour Israël, la leçon est claire : le rapprochement avec l’Inde repose d’abord sur des intérêts convergents, non sur une vision commune du Moyen-Orient. New Delhi continuera probablement à coopérer étroitement avec Jérusalem sur les questions de défense, tout en refusant de rompre avec Téhéran. Fidèle à sa tradition diplomatique, l’Inde entend rester partenaire de tous, sans s’aligner pleinement sur personne.