Quantcast i24NEWS - Trump-Kim: l'accord ne représente qu'"1% du processus" (ex-conseiller de B. Clinton à i24NEWS)

Trump-Kim: l'accord ne représente qu'"1% du processus" (ex-conseiller de B. Clinton à i24NEWS)

Former US Secretary of Defense William Perry is interviewed by i24NEWS in Geneva on June 12 2018.

Genève – Le monde a encore du mal à croire à la poignée de mains et aux grands sourires du président des Etats-Unis Donald Trump et du dictateur nord-coréen Kim Jong-un hier au cours de leur rencontre à Singapour. Une question se pose: et maintenant ?

William Perry a été secrétaire de la Défense des Etats-Unis et est l’une des rares personnes à savoir combien la route sera longue et semée d’embûches avant de parvenir à une avancée avec la Corée du Nord.

"Nous ne pouvions pas espérer de meilleurs résultats pour cette rencontre", a déclaré à i24NEWS l’ancien chef d’Etat-major sous l’administration de Bill Clinton. "Mais cela ne représente qu’un pourcent du processus", a-t-il tempéré.

En tant que chef d’Etat-major américain et conseiller personnel de Bill Clinton, Perry a orchestré l’accord de 1994 sur la restructuration du programme nucléaire nord-coréen qui obligeait Pyongyang à stopper son programme nucléaire. Cet accord avait rapproché la péninsule coréenne de la paix.

"Nous ne pouvions pas espérer de meilleurs résultats pour cette rencontre donc je suis très content", a déclaré Perry lors de cet entretien exclusif, "mais il faut bien comprendre que ces déclarations de principe relatives à ce qu’ils auraient pu faire ne représentent qu’un pas de souris par rapport à l’objectif final".

"Mais c’est un pas très important".

Hier, mardi 12 juin, Trump et Kim ont convenu d’un accord historique, quoique rudimentaire, dans lequel Pyongyang s’engage à une "dénucléarisation totale" en échange de "garanties de sécurité" américaines non-spécifiées.

AP Photo/Evan Vucci

La mise en place de liens diplomatiques exhaustifs et des visites des deux Chefs d’Etat dans leurs capitales respectives étaient également à l’ordre du jour.

Mais la grande question qui se pose est: "et après ?". Il est vrai qu’une étape majeure a été franchie mais Trump lui-même l’a affirmé: il va falloir beaucoup travailler et la route sera sinueuse.

"Nous devons à présent nous mettre d’accord sur des premières étapes concrètes", a estimé Perry qui a occupé le poste de secrétaire de la Défense entre février 1994 et janvier 1997. "Avant toute chose, définir l’essence du processus, en quoi il consistera et ensuite, agir concrètement pour le désarmement. Je pense que les experts devraient prendre la relève à présent", a-t-il détaillé.

"Je crains que nous n’ayons trop d’exigences sur la rapidité dont les choses peuvent être accomplies. Le processus va être long et prendra beaucoup de temps, aussi bien pour des raisons politiques que techniques".

En parlant de raisons techniques, Perry fait allusion au processus de désarmement qui est "une procédure très complexe qui se fera lentement. A mon avis, cela prendra deux ans. Et pour des motifs politiques également, il faudra beaucoup de temps".

Perry approuve le fait qu’un processus de dénucléarisation totale doit s’accompagner d’une normalisation des relations diplomatiques entre les deux Etats. "S’ils décident de renoncer aux armes nucléaires, ils renoncent également aux moyens de dissuader les Etats-Unis, ce qui est une question importante pour eux. Mais si nous procédons à une normalisation des relations bilatérales en même temps qu’à une dénucléarisation, cela aidera beaucoup".

AP Photo/ Yun Jai-hyoung

Ce n’est que récemment que Perry a révélé qu’en 1994, l’administration Clinton avait mis en place un plan visant à détruire les sites nucléaires à l’aide de missiles de croisière, et avait recommandé au président de l'époque (qui était prêt à le faire) d’envoyer également en Corée pas moins de 30 000 soldats américains pour défendre Séoul en cas d’attaque surprise de la Corée du Nord.

A cette époque, Pyongyang avait décerné à Perry le titre de "fou de la guerre".

Mais malgré tout cela, l’homme de 90 ans a toujours préconisé la solution diplomatique avec la Corée du Nord, et ce, en raison de sa longue expérience avec le régime connu pour son inconstance. "Nous devons tout d’abord comprendre pourquoi la Corée du Nord a dépensé de telles sommes et déployé de tels efforts pour construire une dissuasion nucléaire".

"Car les dirigeants nord-coréens, et plus particulièrement les dirigeants militaires, pensent que les Etats-Unis ont non seulement la capacité de détruire leur régime, mais en ont également l’intention. Et ils sont conscients que leurs forces militaires ne peuvent pas faire le poids à une attaque américaine".

Par conséquent, ajoute Perry, ils ont jugé bon de rajouter à leur arsenal de base des armes atomiques.

"Nous pourrions minimiser cela et dire que c’est faux, mais c'est ce qu’ils croient, et ils ont donc construit cette déférence. Nous devons donc fournir une alternative à la déférence nucléaire afin de les faire accepter", a déclaré l'ex-conseiller qui siège désormais aux conseils d'administration de plusieurs entreprises et institutions académiques.

Une autre tentative de résolution de ce conflit de longue date a émergé en 1999, lorsque Perry était le conseiller spécial de Clinton. Il passa quelques jours inoubliables à Pyongyang au cours desquels il eut l’occasion devoir de ses propres yeux la réalité nord-coréenne.

"Les dirigeants nord-coréens ne sont pas fous, ils sont rationnels. Nous n'aimons pas leurs objectifs, mais ce sont des objectifs rationnels qui sont toujours restés très constants".

Le conseil de l'armée au gouvernement est que les bombes atomiques sont nécessaires à la survie du régime en place. Perry soutient que cela doit être prioritaire au moment où le gouvernement Trump lance le lent processus d'élaboration de l'accord des leaders.

AP Photo/Korea Central News Agency via Korea News Service

"Quels sont leurs objectifs? Et comment pouvons-nous apaiser leurs inquiétudes concernant leurs objectifs au moment où nous parvenons à notre objectif d'une péninsule dénucléarisée ?"

Tout en saluant la dynamique et la bonne entente du sommet de Singapour, Perry estime que la paix recherchée entre le Nord et le Sud - qui n'a signé un accord d'armistice qu'à la fin de la guerre de Corée en 1953 - ne doit pas être négligée.

"Je n'ai rien lu au sujet de la normalisation dans la péninsule, le sujet n’a même pas été abordé lors de discussions", remarque-t-il. "C'est un peu décevant, je suis convaincu que le processus de normalisation doit se poursuivre en marge de la procédure de dénucléarisation. Les dirigeants pourraient très bien venir du président sud-coréen Moon et ils ont déjà très bien commencé".

Perry, qui pourrait être considéré comme un membre de la vieille école, apprécie le mode opératoire non-conventionnel du Président Trump. "Je pense que nous devrions envisager une diplomatie qui sort des sentiers battus et non orthodoxe. Dans ce cas, je trouve que c'était efficace", admet Perry, tout en ajoutant que cela doit être suivi par de minutieuses négociations.

Il estime également que Trump a une plus grande influence pour mettre en place un accord au milieu d'une scène politique américaine quelque peu désordonnée. "Si un président démocrate était parvenu à cet accord, les républicains au Congrès l’auraient été sévèrement critiqué et il n'aurait peut-être pas pu le mettre en œuvre", a suggéré Perry.

"Un exemple? Quand Clinton a négocié l’accord de 1994, il n'a pas obtenu de soutien du Congrès. Je crois que le président Trump ... a obtenu ce soutien du Congrès pour [un accord] et que ça été très important pour le succès et la mise en œuvre de celui-ci".

Perry conclut en disant que nous vivons "une époque intéressante". Et il y a fort à parier que cet homme, qui fut l’un des principaux acteurs lors du dernier round Etats-Unis/Corée du Nord sait très bien de quoi il parle.

Ellie Hochenberg est journaliste spécialiste des affaires politiques internationales pour i24NEWS.

Commentaires

(1)

Ce conseiller n'a même pas obtenu moins de 1% de la Corée du Nord lorsqu'il était en fonction..... Facile de critiquer TRUMP qui lui, l'a obtenu... Toujours les mêmes critiques des "Démocrates" qui ne se remettront jamais de la défaite d'Hillary, il est grand temps d'intégrer la victoire de TRUMP à la présidence des USA, et de reconnaitre qu'il fait un boulot qu'aucun autre président avant lui n'avait réussi.....

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