Quantcast i24NEWS - Sicile/migrants: des canots de fortune vers le chemin difficile de l'intégration

Sicile/migrants: des canots de fortune vers le chemin difficile de l'intégration


SPRAR
En une semaine, il peut arriver jusqu'à 6.000 personnes en provenance de la Lybie à placer dans des centres

1.348 migrants ont été recueillis samedi en mer Méditerranée dans le canal de Sicile lors de onze opérations distinctes, a annoncé à Rome le centre opérationnel des gardes-côtes italiens qui les a coordonnées.

Quarante-cinq clandestins afghans, pakistanais et yéménites, dont une dizaine de mineurs, ont par ailleurs débarqué près d'Otrante (sud de l'Italie) au milieu de la nuit de vendredi à samedi. Ils ont été conduits dans un centre d'accueil par la police italienne. L'embarcation dont ils avaient débarqué a été retrouvée en mer, et trois passeurs présumés de nationalité géorgienne ont été interpellés pour être interrogés.

En Italie, plus particulièrement en Sicile, de nombreuses organisations oeuvrent dans le but d'accueillir les migrants qui embarquent sur des canots de fortune à partir des côtes libyennes et de permettre l'intégration de ces réfugiés en provenance en majorité de pays d'Afrique sub-saharienne.

A Floridia, une petite commune à 10km de Syracuse, le centre "Obioma" pour la protection des demandeurs d'asile et des réfugiés (SPRAR) héberge environ 35 demandeurs d'asile et réfugiés de différentes nationalités, notamment des Gambiens et des Maliens.

SPRAR

L'institution compte également en son sein plusieurs personnes venant du Bangladesh, du Pakistan, du Nigeria, de la Côte d'Ivoire, de Guinée Conakry et du Sénégal, où ils vont séjourner pendant toute la période nécessaire aux procédures qui leur permettront d'obtenir une protection internationale.

"Nous offrons des services 24h/24. Une fois arrivés, nous leur expliquons où ils sont et quelles sont les règles du centre d'accueil. On leur donne du matériel de première nécessité (brosse, savons, vêtements, chaussures, etc..), ils reçoivent trois repas par jour, l'assistance médicale et ils suivent des cours de langue italienne au sein d'une école publique où ils recevront un certificat, qui permettra aux plus doués de se diriger vers une formation professionnelle plus spécifique", explique Damiano, en charge de l'intégration au sein du centre "Obioma".

A cela s'ajoute des rencontres avec les écoles, la mairie et la communauté locale pour organiser des événements favorisant l'intégration, comme des marches pour la paix, contre le racisme ou des repas multiethniques à l'occasion des fêtes religieuses de Noël ou du Ramadan. "On organise aussi des ciné forum, de débats sur l'intégration et des visites des sites touristiques de Syracuse pour faire connaître (aux migrants) l'histoire de la ville où ils vivent", détaille Damiano.

SPRAR

Dans sa région des milliers de migrants arrivent chaque semaine par bateau depuis la Lybie: en seulement une semaine, il peut arriver jusqu'à 6.000 personnes. Une fois arrivés dans les ports, ce sont les autorités locales qui se chargent de déterminer qui a le droit de faire une demande de protection et qui n'en a pas le droit.

"Je dois dire que la méthode utilisée pour déterminer qui peut formuler une demande dépend des personnes qui travaillent pendant le débarquement. Par exemple, certains diront que les personnes qui arrivent de Gambie n'ont pas ce droit alors que le pays n'est pas une vraie démocratie et les homosexuels y sont emprisonnés. Comment peut-on distinguer un migrant économique d'un réfugié? Par rapport au pays?", s’interroge-t-il.

"Le Sénégal n'est pas un pays en guerre, mais il y a certains parcours individuels qui doivent justifier le droit à une protection internationale. Ainsi, souvent les autorités italiennes refusent ou acceptent des demandeurs d'asile sans aucune logique", explique Damiano.

"Ceux qui sont acceptés sont envoyés dans des centres comme celui où je travaille (SPRAR). Les autres sont renvoyés dans leur pays d'origine si l'Italie a des accords avec le pays, sinon, leur sort est même pire: ils sont mis à la rue", continue-t-il. Dans ce cas, un document d'expulsion est délivré et les migrants ont sept jours afin de quitter le pays par leurs propres moyens.

"Evidement personne ne part et ils restent sans papiers dans les rues des villes, ou dans les campagnes. Un soir, j'ai trouvé quatre Africains qui cherchaient à manger dans la poubelle de ma maison", déclare-t-il. Les quatre Africains avaient reçu un avis d'expulsion mais ils ne savaient pas où aller.

Avec l'aide des associations locales et d'avocats, Damiano essaye de faire rentrer ces personnes dans la légalité, mais la tâche est énorme car pour chaque 50-100 personnes qu'ils aident, 1.000 autres peuvent arriver en l'espace d'une seule journée. "On se sent abandonnés par l'Europe qui érige des murs et par l'Italie aussi", confie-t-il.

Selon le comptage établi par le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) avant les opérations de secours de ces derniers jours, plus de 48.000 migrants, presque tous originaires d'Afrique subsaharienne, sont arrivés en Italie depuis le début de l'année, soit à peu près autant que l'année dernière.

Nathalie Boehler est journaliste et rédactrice Web pour le site internet français de I24NEWS.

Commentaires

(0)
8Article précédentEuro-2016: Cazeneuve condamne le "comportement irresponsable et délibéré de pseudo-supporters"
8Article suivantPanama Papers: le Modigliani de Genève n'est pas le tableau d'un antiquaire juif