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Serge Moati: "de nombreux Juifs ne se reconnaissent plus dans la France"

Serge Moati sur le plateau d'i24NEWS, Vendredi 3 mars 2017
I24NEWS
Le livre "Les Juifs de France, pourquoi partir" dresse le portrait de Juifs récemment installés en Israël

Le journaliste Serge Moati, qui donnait une conférence à l'Institut français de Tel Aviv jeudi soir pour présenter son livre "Les Juifs de France, pourquoi partir", a pu mesurer combien la question du destin de ses coreligionnaires agite au plus haut point la communauté française installée en Israël.

Dans son dernier ouvrage, Serge Moati dresse un portrait de ces milliers de Juifs venus récemment s'installer en Israël, suite aux violents actes antisémites qui ont touché la France ces dernières années (Ilan Halimi, tuerie de Toulouse, tuerie de l'Hypercacher). Ces-derniers racontent, parfois de façon très crue, les raisons qui les ont poussés à partir.

Devant une salle agitée, Moati raconte les origines de l'idée du livre : lors de la grande manifestation du 11 janvier 2015 qui a suivi les attentats de l'Hypercacher et de Charlie Hebdo, il rencontre plusieurs personnes qui lui disent "La France, c'est fini. On ne la reconnait plus. On part en Israël".

Interloqué devant ces témoignages répétées qui l’ont "ému", celui qui fut conseiller de François Mitterrand, décide d'en faire un film. "Mais impossible de faire ça à la télévision française. On me dit que ça va créer de l’antisémitisme", révèle-t-il. Face au refus surprenant des télévisions de financer un sujet qui touche pourtant à un phénomène massif et sans précédent, Moati se rabat sur l'édition.

Éric Feferberg / AFP

Le journaliste part alors en Israël recueillir le témoignage de ces Juifs, venus seuls ou en famille, ouvrir un nouveau chapitre de leur vie. Le constat est sans appel et très sévère : les Juifs du livre de Moati sont "une minorité angoissée" qui sent qu'elle ne "pesait plus rien en France" et dont le récit évoque "un sentiment de catastrophe".

Les témoignages sont très crues et sans équivoque. Une grande majorité des personnes rencontrées reconnaissent que la "menace" que représente l'immigration arabe est la principale cause qui a motivé leur départ.

Pour lui, qui se définit à la fois comme juif, laïque, républicain et patriote, la confrontation avec ces Juifs religieux et nationalistes est troublante.

"Ces gens-là sont mes frères et mes sœurs, et pourtant ils m’ont fait remarquer qu’on n’a pas la même vie, que je ne vais pas à la synagogue, que je ne fréquente pas la communauté, que je n'habite pas, comme eux, dans des quartiers difficiles", raconte-t-il devant le public qui interagit, de façon à la fois outrageuse et amicale.

"On a du mal à parler d'antisémitisme en France"

Moati insiste sur le fait que le mot identité est beaucoup revenu dans les entretiens. "Les gens disent 'En Israël, on sera majoritaire, on va pouvoir vivre notre identité, être ce que nous sommes (…) nous partons tant que c’est encore possible, pour nos enfants'". Pour l’auteur, cette idée que l’avenir de ces gens-là n’est plus en France ne fait que creuser davantage le fossé entre eux et lui.

Serge Moati s'étend également sur les 30% de Juifs qui sont revenus en France, après avoir "échoué" en Israël. "Ces gens-là m'ont touché. Ils avaient une espérance formidable dans l'Alya, qui a été brisée par l'échec". Le journaliste pointe alors les difficultés de la vie dans cette Terre si promise: le prix des loyers, la non-reconnaissance des diplômes ou encore une protection sociale moins complète qu'en France.

Car aucune de ces "Yéridot" ("descente", le fait de quitter Israël) n'a été motivée par un quelconque sentiment d'insécurité dans l'Etat hébreu, en dépit des roquettes et autres attaques terroristes qui frappent régulièrement le pays. C'est là un des paradoxes que souligne Moati, qui reconnaît aussi l’émergence d’une nouvelle forme d’antisémitisme.

"C'est vrai qu'en France, on a du mal à parler de l’antisémitisme. C’est un truc difficile. On a l’impression qu’il n’y a que les Juifs qui en parlent", reconnait-il, sous l'approbation franche du public.

Mais même si, selon Moati, la France est restée relativement silencieuse après la tuerie de Toulouse, ou après la récente agression d'un instituteur juif à Toulouse, l'antisémitisme "se combat". Pour lui, l'avenir des Juifs de France peut s'améliorer, et il rend hommage au gouvernement de Manuel Valls "qui a été impeccable" et qui a déployé de gros moyens pour assurer la sécurité des institutions juives.

Car Moati ressent un amour profond et viscéral pour le pays des Lumières. Ainsi, "les paroles exprimées sur la France, qu’on ne reconnait pas, qu’on n’aime plus" sont douloureuses à ses yeux, mais "il est important que ces paroles soient entendues".

"J'avoue ne pas ressentir cet antisémitisme, mais je respecte et j'entends ce qu'ils disent", admet-il, se désolant toutefois de voir autant de Juifs partir. "C’est laisser les autres gagner!".

Avant de quitter la salle, Serge Moati revient une dernière fois sur sa relation si complexe avec Israël, qu’il a connu et aimé à une époque où l’Etat hébreu était plus "de gauche", et qu'il voit aujourd’hui comme une "figure maternelle".

"Israël est quelque chose comme un cœur battant qui me touche beaucoup et qui ne m’a pas suffisamment pris dans ses bras", regrette-t-il avec beaucoup de malice.

Jérémie Elfassy est journaliste pour le site français d'i24NEWS

Commentaires

(5)

Il est bien ce Serge Monti. Et je pense comme lui. Merci d'y avoir mis les mots.

Pourquoi avez-vous effacé les précédents commentaires ?

Et alors ?

Il dit lui même que de faire un film sur ce sujet en France sera difficile, il a donc fait un livre que peut de gens achèteront, et il trouve bizarre que des personnes avec une culture française partent dans un pays où ils seront à leurs tour immigrés ? Faut se réveiller Mr Moati

islamer2, je pense que vous êtes bien informé sur sa Judaïté. Ah oui c'est vrai vous n'étiez pas présent à sa brit riiire. Désolée, je pense que là il est trop tard pour vous.

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