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Poutine accueilli par Macron au Château de Versailles pour leur première rencontre

Vladimir Poutine et Emmanuel Macron
AFP
En octobre 2016, les tensions entre Paris et Moscou concernant Alep a conduit à annuler la visite de Poutine

Emmanuel Macron a accueilli en grande pompe lundi vers 14H15 son homologue russe Vladimir Poutine au château de Versailles pour leur première rencontre qui portera sur une série de dossiers, au premier rangs desquels la situation en Syrie et en Ukraine.

Après une poignée de main appuyée et chaleureuse sur le tapis rouge déroulé dans la Cour de marbre du château, les deux chefs d'État, salués par la Garde républicaine, ont gagné un salon pour entrer dans le vif du sujet avec une rencontre en petit comité, avant un déjeuner élargi et une conférence de presse.

Le nouveau chef de l'Etat français achève ainsi un marathon diplomatique qui l'avait conduit jeudi au sommet de l'OTAN à Bruxelles puis au G7 de Taormina (Italie) en fin de semaine, dont les rapports de forces ont été illustrés par une poignée de main virile devant les caméras avec le président américain.

"Donald Trump, le président turc (Recep Tayyip Erdogan) ou le président russe sont dans une logique de rapport de forces, ce qui ne me dérange pas", a confié Emmanuel Macron au Journal du Dimanche.

Le chef d'Etat français assure qu'il compte ne "rien laisser passer" dans ses conversations avec ses homologues et se faire "respecter", promettant un "dialogue exigeant" avec Vladimir Poutine, lors d'une rencontre qui représente un nouveau test diplomatique majeur pour le nouveau président élu au début du mois de mai.

"Il faut montrer qu'on ne fera pas de petites concessions, même symboliques, mais ne rien surmédiatiser non plus", a-t-il poursuivi.

Recréer des relations franco-russes sur un lieu historique

Au programme de la journée, les deux dirigeants vont d'abord se retrouver en tête-à-tête peu avant 14H00, puis ils déjeuneront au château, entourés de leurs délégations, tiendront une conférence de presse conjointe et enfin inaugureront, au Grand Trianon, l'exposition servant de prétexte à cette rencontre.

"Pierre le Grand, un tsar en France", ressuscite la mémoire de la visite à Versailles, en mai et juin 1717, de cette figure historique chère à Vladimir Poutine. L'événement avait été marqué, il y a donc trois siècles, par l'établissement des relations diplomatiques entre la France et la Russie.

"L'idée est de souligner, à travers une visite conjointe de l'exposition, l'ancienneté et la profondeur du lien entre les deux pays", explique-t-on à l'Elysée.

Un endroit très symbolique donc, choisi par le président Macron, pour tenter de recréer des liens avec l'Etat russe, qui ont été fortement détériorées ces dernières années, à l'image de l'escalade verbale entre Paris et Moscou en octobre 2016 provoquée par la campagne militaire du régime syrien et de son allié russe contre la partie rebelle d'Alep, qui avait conduit Vladimir Poutine à renoncer à ce déplacement.

Alexander Zemlianichenko (POOL/AFP/Archives)

Avant de regagner Moscou, Vladimir Poutine se rendra aussi, mais seul, au nouveau Centre spirituel et culturel orthodoxe russe, avec sa cathédrale à bulbes dorés érigée quai Branly à Paris, qui aurait dû être inauguré lors de sa visite, annulée, d'octobre 2016.

Sur le fond, Emmanuel Macron juge nécessaire de "parler avec la Russie" de la crise syrienne afin de "changer le cadre de sortie de la crise militaire" et de "construire de manière beaucoup plus collective une solution politique inclusive".

Méfiance réciproque entre les deux administrations

Le président français estime que la mise à l'écart des Occidentaux sur le dossier syrien, au profit d'un processus de cessez-le-feu parrainé par la Russie, l'Iran et la Turquie, signait leur "défaite".

De la même manière, il compte discuter pied à pied du dossier ukrainien.

"La Russie a envahi l'Ukraine", a-t-il même lancé à l'issue du G7, alors que Moscou dément toute implication dans le conflit.

J'aurai un dialogue exigeant avec la Russie. Il est indispensable pour construire une solution inclusive à la crise syrienne. pic.twitter.com/OcFAw9qaHt

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) 27 mai 2017

La cellule diplomatique de l'Elysée a également reçu cette semaine des ONG engagées dans la défense des droits de l'Homme afin d'évoquer la situation des homosexuels en Tchétchénie et la liberté d'association en Russie.

Pour nouer une relation personnelle, chacun devra donc faire un pas vers l'autre. Emmanuel Macron avait affirmé, durant sa campagne, ne "pas faire partie de ceux qui sont fascinés par Vladimir Poutine", alors que son mouvement, En Marche !, était la cible de piratages informatiques attribués à des hackers russes.

De son côté, Vladimir Poutine l'avait exhorté à "surmonter la méfiance mutuelle" dans son message de félicitations à son jeune homologue français, au lendemain de son élection le 8 mai 2017.

Le président russe entend donc "corriger l'image très négative qu'il a laissée pendant la campagne présidentielle française, en recevant Marine Le Pen, notamment", soutient Thomas Gomart, directeur de l'Institut français des relations internationales (IFRI).

La France, quant à elle, a l'intention de rappeler que sa "priorité" reste "l'Allemagne et le projet européen, alors que Moscou avait parié sur le délitement de l'Europe", ajoute-t-il.

A Moscou, Fiodor Loukianov, président du Conseil pour la politique extérieure et de défense, estime pour sa part "évident que la partie russe cherche à faire sortir la situation de l'impasse".

Pour autant, tempère-t-il, "il ne faut rien attendre de cette visite: il s'agit pour les deux dirigeants de faire connaissance et de créer une ambiance positive... ou pas".

Du côté français, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a prévenu: "Dialoguer, ce n'est pas s'aligner", faisant notamment référence aux différends sur les dossiers ukrainien et syrien.

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