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"Le recours à la prison est trop fréquent en France" (Contrôleur général des prisons à i24NEWS)

Adeline Hazan
i24NEWS

Adeline Hazan, contrôleur général des lieux de privation de liberté, dit communément contrôleur général des prisons, est revenue mercredi dans "Conversations avec Anna Cabana" sur i24NEWS, sur les récents incidents dans les établissements pénitentiaires français.

Le 11 janvier dernier, trois surveillants ont été agressés par un détenu radicalisé dans la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Puis lundi, sept surveillants ont été agressés au centre pénitencier de Mont-de-Marsan dans les Landes et hier une surveillante à Tarascon a reçu un coup de poing au visage.

Depuis, plusieurs centres pénitentiaires ont été bloqués par leur personnel. En réaction, la ministre de la Justice Nicole Belloubet s'est rendue mardi sur le site de Vendin-le-Vieil à la rencontre des syndicats et des gardiens, mais a eu beaucoup de mal à se faire entendre.

"La situation actuellement est vraiment explosive et catastrophique", a affirmé Adeline Hazan.

"Il y a des difficultés énormes: un manque de personnel, un budget tout à fait insuffisant, des mesures qui ne sont pas suffisantes", a-t-elle ajouté. "Mais surtout, le recours à la prison est beaucoup trop fréquent" en France", selon elle.

Le président de la République Emmanuel Macron a exigé un plan pénitentiaire global avant fin 2018, qui concerne les questions immobilières et le personnel pénitentiaire, mais aussi le renseignement en prison et d'une manière plus générale le statut de détenu.

"Le problème pour le gouvernement de M. Macron comme les précédents gouvernements, est qu'ils annoncent que la prison ne doit pas être la panacée, mais en même temps l'intégralité du budget pénitentiaire va sur la construction de nouvelles prisons et pas justement sur des peines ou des mesures qui permettraient d'éviter la prison. C'est une forme d'hypocrisie", a-t-elle dénonc", faisant référence à l'utilisation du budget pour l'année 2018.

"Pour le moment rien n'a changé: on annonce des nouvelles places de prisons et pas suffisamment de moyens hors prison, pour essayer de faire en sorte que l'on puisse éviter la prison", a-t-elle insisté.


"La construction de 15.000 places de prison est une erreur", a-t-elle martelée montrant très critique au regard de la hiérarchie des actions prises dans le secteur pénitentiaire.

Si Adeline Hazan soutient que la construction de places de prison est nécessaire en raison de la surpopulation carcérale inédite ("1.500 détenus dorment sur des matelas par terre dans des cellules de 9 mètres carrés à quatre personnes"), elle a dénoncé l'incarcération comme recours beaucoup trop courant.

"Il y a trente ans, il y avait moitié moins de place. On a doublé le nombre de places, on est passés de 30.000 à 60.000, et il n'y a jamais eu autant de surpopulation. Plus on construit, plus on emprisonne", a-t-elle résumé.

La contrôleur général des prisons a également soutenu que le taux de récidive en France est élevé de nos jours en raison des mauvaises prises en charge pendant la détention: "tout le monde a à gagner à un changement total de paradigme".

"Il faut au maximum éviter la prison. Il existe déjà des mesures (alternatives à la prison) sur le papier, pas besoin de les inventer", a-t-elle précisé, évoquant notamment le sursis avec mise à l'épreuve et le sursis assorti de l'obligation d'accomplir un travail d'intérêt général.

"J'ai fait une proposition au président de la République, qu'il a trouvé intéressante, mais que je retrouve toujours pas dans son programme. Il s'agissait de mettre en place une régulation carcérale, de dire que quand une prison est à 120-130% d'occupation, il est nécessaire de libérer des gens avant d'en incarcérer de nouveaux", a-t-elle affirmé.

Revoir en intégralité l'interview d'Adeline Hazan dans "Conversations avec Anna Cabana" sur i24NEWS:

Commentaires

(2)

On marche sur la tête. Une bonne partie des peines ne sont pas exécutées en raison de la surpopulation carcérale. C'est un vaste plan de construction de prisons qu'il faut lancer pour améliorer les conditions de détention et pas réduire le nombre de condamnations qui est déjà ridicule.

Les victimes sont toujours sous la main les voleurs on peut toujours courir....

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