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France: l'heure du jugement pour Jawad Bendaoud, le logeur de Daesh

Un croquis d'audience montre Jawad Bendaoud, lors de son procès au palais de Justice de Paris, le 24 janvier 2018
Benoit PEYRUCQ (AFP)

Le logeur de deux des auteurs des attentats djihadistes du 13 novembre 2015 dans son appartement à Saint-Denis, Jawad Bendaoud, qui a toujours clamé son innocence, sera fixé mercredi sur son sort.

Ses avocats ont demandé la relaxe, le parquet lui a requis quatre ans de prison ferme. Isabelle Prévost-Desprez, présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, spécialisée dans les affaires terroristes, rendra ce jugement très attendu à 15H00 GMT.

Ce procès hors norme a vu se succéder depuis le 24 janvier quelque 700 parties civiles, plus de 100 avocats (mais seulement six pour la défense), des rires déclenchés par les propos insolites de Jawad Bendaoud, aux allures de one-man-show, des larmes des victimes des attentats.

Le jugement marquera l'épilogue du premier procès en lien avec les attaques perpétrées sur le sol français par trois commandos djihadistes, qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés à Paris et Saint-Denis (nord de la capitale), laissant la France en état de choc.

Jawad Bendaoud, communément surnommé "le logeur de Daech", est jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes". Depuis son interpellation le 18 novembre 2015, il nie avoir été au courant que les deux hommes faisaient partie des commandos djihadistes.

"Je ne savais pas que c'étaient des terroristes", a-t-il martelé lors de son procès qui a démarré le 24 janvier, ajoutant "même pour 150.000 euros, je n'aurais pas hébergé des terroristes".

Au dernier jour de l'audience, Jawad Bendaoud a lancé: "Je parie à 80% que je vais être condamné. Il y a l'opinion publique, les familles des victimes".

Délinquant multirécidiviste, l'homme de 31 ans encourt six ans de prison au maximum pour avoir mis à disposition d'Abdelhamid Abaaoud, l'un des cerveaux présumés des attentats, et de son complice, Chakib Akrouh, un squat où ils s'étaient repliés à Saint-Denis.

Ils étaient arrivés le 17 novembre au soir dans l'appartement où ils sont morts le lendemain tôt dans l'assaut des policiers. Peu après, Jawad Bendaoud a été interpellé alors qu'il venait d'expliquer à des journalistes de BFMTV que l'assaut avait eu lieu chez lui. Son ton et ses propos décalés l'avaient conduit à devenir la risée d'un pays traumatisé par des attaques les plus meurtrières qu'ait connu la France.

- (BFMTV/AFP/Archives)

Trois prévenus 

"Je ne suis pas dans la case terroriste, mais dans la case voyou, délinquant, racaille", a renchéri son voisin dans le box, Mohamed Soumah, également jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes".

Ce dernier a joué le rôle d'intermédiaire, en mettant en contact Hasna Aït Boulahcen, qui cherchait une planque pour les deux djihadistes, et Jawad Bendaoud.

Le procureur Nicolas Le Bris a été en partie convaincu par les arguments de Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah.

"Il n'y a pas suffisamment d'éléments pour pouvoir affirmer qu'ils connaissaient et savaient que ces deux fuyards avaient participé aux attentats", a dit le procureur.

En revanche, "ni Mohamed Soumah ni Jawad Bendaoud ne pouvaient ignorer qu'ils apportaient leur aide à des criminels en fuite", a-t-il ajouté.

Quatre ans de prison ferme ont été requis contre ces deux prévenus, pour qui le procureur a demandé un maintien en détention.

AFP

Les réquisitions les plus lourdes ont visé le troisième prévenu, Youssef Aït Boulahcen, jugé pour "non-dénonciation de crime". Il est le cousin d'Abdelhamid Abaaoud et le frère d'Hasna Aït Boulahcen, morte aux côtés des djihadistes dans l'assaut d'une unité d'élite de la police. Le procureur a requis cinq ans de prison avec mandat de dépôt contre lui.

Youssef Aït Boulahcen a cherché à "masquer un projet d'attentat d'Abdelhamid Abaaoud, qui voulait frapper à nouveau", selon le procureur.

L'intéressé nie être lié au groupe Etat islamique qu'il qualifie d'"idéologie de destruction".

"Je respecte scrupuleusement la loi française, je travaille, je paie mes impôts", s'est-il défendu, ajoutant "Oui, Abdelhamid Abaaoud est mon cousin germain, mais ce n'est pas de ma faute".

Les avocats des trois prévenus ont demandé la relaxe.

(avec agence)

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