Exclu i24NEWS: Sébastien Selam, un meurtre antisémite passé sous silence?

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Sebastien Sellam, alias "Dj LamC", est assassiné le 20 novembre 2003 dans son immeuble par son voisin et ami d'enfance
Sebastien Sellam, alias "Dj LamC", est assassiné le 20 novembre 2003 dans son immeuble par son voisin et ami d'enfance

Une enquête exclusive i24NEWS diffusée ce soir à 19h30 (FR)

Une semaine après l’assassinat de Mireille Knoll, qui officiellement porte le nombre de victimes de l’antisémitisme en France depuis la Seconde Guerre Mondiale à onze, i24NEWS a enquêté sur un autre meurtre, qui précède celui d’Ilan Halimi en 2006, et dont le caractère antisémite semble faire peu de doutes malgré le verdict de l’époque.

En 2003, un jeune juif de 23 ans, Sébastien Selam alias "DJ LamC", débute une carrière florissante de disc-jockey lorsqu’il est assassiné par son voisin et ami d’enfance de confession musulmane Adel Amastaibou.

Défiguré à coups de couteau et de fourchette, Sébastien est retrouvé mort dans le parking de son immeuble. Son assassin déclare le soir-même à la police: "Je suis content s’il est mort cet enculé, ce bâtard, s’il est mort, je suis trop content, ce putain de juif, sale juif", selon le procès verbal qu’i24NEWS a pu consulter.

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i24NEWSExtrait du procès verbal d'Adel Amastaibou, assassin de Sébastien Selam

Le même document précise: "Mentionnons que le comportement de AMASTAIBOU est manifestement sensé et volontaire" et que le suspect "se dit pleinement satisfait de son acte".

Malgré cette description, Amastaibou, qui a déjà fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, est envoyé à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de Police. La circonstance aggravante de l’antisémitisme n’est pas retenue.

Acte délirant et/ou antisémite?

Dans son rapport, l'expert psychiatre Daniel Zagury note que selon lui, "ce n’est pas un acte antisémite mais un acte délirant", avant de préciser que "le délire est alimenté d'une thématique antisémite ambiante".

Et si l'antisémitisme est "présent", "la pathologie du suspect "colonise la totalité du champ psychique" de l'individu, indique-t-il.

Des conclusions qui font écho à celles des experts après le meurtre de Sarah Halimi, qui dans un premier temps avaient conduit les juges à ne pas retenir le caractère antisémite de l'assassinat, avant de finalement retenir la circonstance aggravante réclamée par le parquet et les parties civiles, onze mois après.

Et si en 2003, "l’acte délirant" d'Amastaibou a exclu la reconnaissance d'un acte antisémite malgré les témoignages et les propos ouvertement antisémites du suspect, l’expertise psychiatrique dans le cas du meurtrier de Sarah Halimi conclut que "ce trouble psychotique n’est pas incompatible avec une dimension antisémite" et n’écarte pas sa responsabilité pénale.

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i24NEWSJuliette Selam, mère de Sébastien Selam assassiné en 2003

La mère de Sébastien, Juliette Selam, se souvient d'ailleurs de la mère de l'assassin de son fils: "Elle était antisémite (...) Elle arrachait les mezzouza des juifs, d'à côté; de partout, elle traitait les gens de sales juifs", raconte-t-elle à i24NEWS.

14 ans après, Mme Selam déclare s’être battue pour que le caractère antisémite soit reconnu. "Ca fait 14 ans que je me bats pour ça", dit-elle.

Le premier avocat de la famille, Me Axel Metzker, était tout juste diplômé au moment des faits: il dénonce une injustice.

"Si on avait combattu l’affaire Selam comme il le faut, avec un vrai procès d’assise on aurait dicté un message en 2003. On ne s’attaque pas à un juif en France", lance-t-il, 14 ans après les faits et le meurtre de onze autres Juifs tués parce juifs.

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i24NEWSMe Axel Metzker, principal avocat de la famille Selam

Interrogé sur le dossier, Guillaume Didier, ancien membre de cabinet au Ministère de la Justice tente d’expliquer comment, malgré les propos accablants du suspect, le motif antisémite n’a pas été retenu.

"A l’époque, ni pour le législateur, ni pour l’institution judiciaire, ni même pour la société, il n'était très naturel de relever ces circonstances aggravantes d’antisémitisme. Pour une très simple raison, cette circonstance aggravante de crime antisémite ne date dans le code pénal français que de 2003, l’année même du meurtre de Sébastien Selam".

Les réseaux sociaux sont encore loin et les juges non familiers de ce type d'affaires.

La mobilisation et l’indignation de la communauté juive autour du meurtre de Sarah Halimi, dont le caractère antisémite a été retenu 11 mois après les faits, a également fait défaut à l’époque de l'assassinat de Sébastien Selam.

Francis Kalifat, président du CRIF, avouait d’ailleurs cette semaine sur i24NEWS une erreur de la part de la communauté juive, qui n’a pas su, mesurer à l’époque, l’ampleur des faits...

Document exclusif i24NEWS diffusé ce soir à 19h30 (FR)

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