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Les Juifs de Chemnitz luttent contre les manifestations d'extrême droite et le salut hitlérien

Demonstrators brandish German flags at a rally organised by the right-wing populist "Pro Chemnitz" movement, the far-right Alternative for Germany (AfD) party and the anti-Islam Pegida movement in Chemnitz, scene of attacks by a racist mob in recent days
John MACDOUGALL (AFP/File)

Alors que les prières du vendredi s’arrêtent et que des centaines de partisans de droite redescendent dans les rues de Chemnitz en signe de protestation xénophobe, la représentante de la communauté juive locale décide de montrer l’exemple: elle se joint aux contre-manifestations pour reconquérir sa ville.

"Les personnes âgées de la communauté ont peur, elles hésitent à venir prier parce que cela signifie passer par le centre-ville", a déclaré Ruth Röcher à i24NEWS. "Je ne peux pas permettre cela."

Au cours des deux dernières semaines, suite à l'attaque au couteau mortelle qui a coûté la vie à un ressortissant allemand de 35 ans, Chemnitz est devenu l'épicentre des manifestations de droite, dont beaucoup sont devenues violentes.

Les informations faisant état de personnes perçues comme étrangères "traquées" dans les rues par des émeutiers, ainsi que des images de manifestants effectuant le salut nazi, ont choqué non seulement les politiciens allemands, mais surtout la population locale.

Courtesy JFDA

Dans la communauté juive, certains membres ont appelé à annuler les cérémonies de prière le week-end qui a suivi les premières manifestations. "J'ai entendu cela et je me suis dit que je n'aurais pas fait comme cela, ce n'est pas la bonne réponse."

Röcher et ses collègues ont commencé à appeler des amis, des gens qui ne venaient généralement pas à la prière, les exhortant à venir samedi en renfort. Et puis ils se sont exprimés à ce sujet. "C'était très émouvant parfois", se souvient-elle. "En particulier, les membres les plus âgés de la communauté, qui ne parlent pas allemand et ne lisent pas les journaux et obtiennent toutes leurs informations via la télévision russe, ils ne savent pas quoi faire."

"On pouvait voir que les gens pensaient vraiment à ce qui s’était passé, que leur vie quotidienne avait changé. Au début du discours, la plupart des gens ont pensé qu’il était préférable de rester chez eux, d’être en sécurité, mais en fin de compte, un groupe de notre communauté a rejoint la contre-manifestation et s’y est rendu avec des drapeaux israéliens. "Ils étaient plus que bienvenus" a déclaré Röcher. "Les gens sont même venus prendre un selfie avec nous."

Sebastian Willnow (dpa/AFP/File)

Après la guerre, 45 Juifs sont retournés à Chemnitz. Mais les manifestations d’antisémitisme sous le régime communiste dans les années 50 ont poussé bon nombre d’entre eux à traverser la frontière pour se rendre en Allemagne de l’Ouest. Lorsque le mur a été érigé, seuls 12 Juifs vivaient encore à Chemnitz, le plus jeune étant âgé de 60 ans.

Aujourd'hui, la communauté compte officiellement 600 personnes, dont la majorité sont des Juifs russophones, qui ont immigré dans les années 90. Malgré la réputation xénophobe de l’Allemagne de l’Est, la communauté n’a jamais connu d’hostilités, a souligné Röcher.

Lorsque des partisans de droite locaux ont tenté de fonder une section locale du mouvement anti-migrants PEGIDA, seules 30 personnes se sont jointes à eux, a-t-elle noté. Aujourd'hui, 20% des participants aux manifestations de Chemnitz seraient des locaux.

"Nous n'avons aucun problème avec l'antisémitisme ici", insiste Röcher. "Quand je suis arrivée il y a 20 ans, je me souviens avoir reçu des coups de téléphone anonymes de la part de personnes malveillantes ou une lettre anonyme par-ci par-là, mais ces dernières années, nous n'avons jamais été ciblés directement."

Ce sentiment de sécurité relative a rendu les événements de ces dernières semaines d'autant plus inquiétants. "J'ai été surprise de voir avec quelle rapidité les forces de droite ont réussi à se mobiliser et à se rassembler dans quatre États voisins. Je trouve ça effrayant."

Uwe Dziuballa, propriétaire du restaurant juif qui a été attaqué pendant les premiers jours de la manifestation, décrit le même sentiment:

"Je ne m'attendais pas à cela. Ces dernières années, nous n'avons connu que quelques cas de lancer d'œufs. Auparavant, lorsque nous étions situés plus près du centre-ville, nous trouvions des croix gammées dessinées, une tête de cochon posée devant notre porte mais ici tout semblait plus calme. Donc, quand j'ai vu ce qui se passait à la télévision et entendu les hélicoptères tourner au-dessus de la ville, je me sentais toujours en sécurité", a-t-il affirmé.

Dans la soirée du lundi 27 août, il était occupé à nettoyer son restaurant "Schalom" quand il entendit du bruit à l'extérieur, il sortit et tomba nez à nez avec une douzaine d'hommes vêtus d'habits sombres.
"A ce moment, des objets ont commencé à voler en direction du restaurant et de moi-même. J'ai trouvé une bouteille, une pipe, des pierres. Ils ont atteint le panneau au-dessus de la porte, une fenêtre et mon épaule. J'ai été très choqué", a-t-il déclaré à i24NEWS

Polina Garaev

"Ce n'est pas arrivé en raison d'un changement à Chemnitz", assure-t-il. "Les gens utilisent simplement la mort du jeune homme pour transformer Chemnitz en une plate-forme pour exprimer - outre les critiques légitimes contre certaines décisions politiques - simplement leur colère et leur haine envers les autres. Et nous sommes simplement pris à parti."

Maintenant, il ne se sent plus en sécurité. "Je ne suis pas un homme qui a généralement peur, mais après ce lancer de pierre, je ne peux plus être détendu. Quand je traverse la ville, je regarde autour de moi. Si quelqu'un me regarde trop longtemps, je me demande pourquoi, ce que je n'avais jamais fait auparavant. Quand je suis avec des enfants, je réfléchis à deux fois si je dois couvrir ma kippa avec un chapeau. Ce genre de pensée, je n'en ai jamais eu avant et je ne l'aime pas", a-t-il ajouté.

Certains habitants refusent de laisser la réputation de leur ville se ternir. Le jour avant que la place entourant le monument Karl Marx, ne soit remplie de manifestants de droite, un message de mise en garde a été envoyé: dix sculptures représentant des loups gris en bronze, dont certaines avaient la patte droite levée ont été installées sur la place à côté des panneaux jaunes, mettant en garde contre le renforcement des forces de droite.

Tout au long de la journée, la place est devenue un point de rencontre pour les citoyens concernés, des deux tendances politiques. Au milieu des loups, ils ont discuté avec passion non seulement des événements récents, mais aussi de la démocratie, du mariage gay et de l’écologie. "Les verts protègent l'environnement, mais qui va protéger les gens?", a déclaré un partisan de l'AfD.

Polina Garaev

L'artiste Rainer Opolka voyageait avec son oeuvre "The Wolfe are back" à travers l'Allemagne depuis 2016, à Dresde, Berlin et Potsdam. En l'apportant à Chemnitz en réponse aux récents événements, il a mis à jour ses affiches, critiquant notamment les tentatives du ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seeofer, et de l’Office fédéral de protection de la constitution, Hans-Georg Maaßen, de minimiser les manifestations à Chemnitz.

"Le signe principal du temps des Nazis a été le salut hitlérien. Est-ce encore moderne? "C'est quelque chose que nous ne pouvons plus jamais revoir", a déclaré Opolka à i24NEWS. "Et nous devons être vigilants pour que ces forces ne deviennent pas plus influentes. Si nous ne faisons pas attention, et que nous ne nous opposons pas à cela, alors cela pourrait se reproduire."

Jeudi a également eu lieu la première condamnation d'un homme ayant effectué le salut d'Hitler lors des rassemblements de Chemnitz. Au tribunal, l'homme de 33 ans, a fait valoir qu'il ne faisait "que saluer ses amis et que, de loin, cela pouvait ressembler au salut d'Hitler". La sentence peut paraître dérisoire: huit mois de probation et une amende de 2.000 euros.

Selon Röcher, la situation est préoccupante: "Après ce qui s’est passé, tous les ministres ici en Saxe ont dit 'C’est un appel au réveil!' À cause de Chemnitz, nous sommes vigilants et nous devons nous assurer que la Justice sait qu’elle ne peut pas faire ce qu’elle veut. Alors que le premier procès a eu lieu et que les résultats ne sont pas concluant, j'espère que nous assisterons bientôt à un changement", a-t-elle conclu.

Polina Garaev est la correspondante d'i24NEWS en Allemagne

Commentaires

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Aaaahh l’Europe

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