Quantcast i24NEWS - Analyse: Macron et Pétain, décryptage d’un acte manqué

Analyse: Macron et Pétain, décryptage d’un acte manqué

Five men and one woman were detained on Tuesday by France's DGSI domestic intelligence agency, as part of an investigation into a suspected plot against French President Emmanuel Macron
LUDOVIC MARIN (POOL/AFP)

Emmanuel Macron a raison, Pétain était un grand soldat. Il a raison, la nature humaine est complexe. Mais Emmanuel Macron a tort: toute vérité historique ne vaut pas un hommage national. De la vie d'un homme qui a pris la tête de la France pour entériner sa défaite et a couvert son pays de honte pendant toute une guerre, on ne peut retenir l'éclat d'une victoire passée.

"L'itinérance mémorielle" du président était - au-delà d'une vaste commémoration de la Première guerre mondiale - une vaste opération de communication pour l'Elysée, destinée à rassembler autour d'un événement historique qui ne divise plus personne depuis longtemps. C'est raté.

Samedi 10 novembre seront honorés les maréchaux présents aux Invalides, Pétain n'en fait toutefois pas partie. Malgré cette tardive précision destinée à étouffer une polémique non prévue au programme, les propos de Macron gardent une résonance dérangeante.

Le président affirme ne rien pardonner, mais aussi ne rien gommer. C'est peut-être faire les choses à l'envers. De Gaulle avait gracié Pétain, mais l'avait exclu de tout hommage militaire, lui qui avait pourtant servi sous ses ordres pendant la Grande guerre avant de le combattre depuis Londres.

Parmi les nombreuses réactions politiques, François Hollande a très bien identifié la faille du raisonnement présidentiel: "L'histoire n'isole pas une étape même glorieuse d'un parcours militaire", soulignant qu'elle "juge" celui qui a "délibérément couvert de son nom et de son prestige, la trahison, la collaboration et la déportation de milliers de Juifs de France".


Or, Macron en relevant le passé du soldat victorieux fait passer au second plan les crimes bien plus lourds du dirigeant politique de Vichy.

Le gouvernement est rapidement monté au front pour dénoncer une fausse polémique, un mauvais procès: une classique manœuvre d'auto-défense, qui rejette la faute d'une maladresse affirmée avec aplomb sur les médias et l'opposition.

Sauf que face à cette douloureuse page de l'histoire - que la France a si tardivement accepté d'éclairer et d’assumer - les cafouillages sont interdits, et les marche-arrières insuffisantes.

Pétain était-il un grand soldat? Oui. Mais ce glorieux passé militaire ne pèse plus grand chose face au poids de sa trahison et de sa responsabilité dans la mort de dizaines de milliers de Juifs. Parmi eux beaucoup de Juifs français ont servi pendant cette même guerre de 1914. Certains avaient d'ailleurs été décorés. Mais la Croix de Guerre ne les a pas sauvés de la déportation.

LUDOVIC MARIN (POOL/AFP)

Pourtant, il faut rappeler que la position de Macron n'est pas si éloignée de celles de bien des présidents français avant lui. De Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand ont régulièrement fait fleurir la tombe du maréchal déchu, de même qu'ils ont cité son passé militaire glorieux.

Mais si la gloire de Verdun ne s'oublie pas, son aura s'est éteinte à Vichy dans l'ombre de l'armistice et de la collaboration.

Jacques Chirac avait fait une déclaration similaire sur le soldat Pétain en 2006 mais il a été aussi le président qui a le premier assumé la responsabilité de l'État dans la déportation des 24.000 Juifs français. Pour le centenaire de Verdun, François Hollande ne l'a même pas cité. Lui qui est allé encore plus loin que Chirac en parlant en 2012 au Vel d'hiv d'un crime commis "en France et par la France".

En énonçant avec aplomb ce qui ressemblait à une justification pour un hommage national à Pétain, Emmanuel Macron a oublié que l'histoire est aussi un héritage et que certaines actions pèsent plus que d'autres sur la balance du temps et des hommes.

La traîtrise a pour Pétain supprimé le droit à l'hommage sans effacer rien de son parcours: comme l'a résumé le porte-parole de l'Elysée, Pétain a servi la patrie en 14 et l'a trahie en 40.

Mais à cette synthèse lapidaire, il faut ajouter que l'ampleur de la faute supplante tous les mérites passés.

La vérité historique ne s'écrit pas en noir et blanc et elle n'est pas non plus linéaire. Dans les livres scolaires tout doit être dit mais il est de la responsabilité des enseignants et des représentants politiques de la France de mettre bon ordre dans ce qui doit être mis en avant.

S'il faut s'attarder sur le parcours de l'ex-maréchal Pétain - reconnu coupable d'indignité nationale et condamné à la dégradation nationale - c'est pour comprendre comment le héros est devenu un traître; le sauveur, un meurtrier et le vainqueur combatif, un défaitiste humilié.

Avant de donner des leçons l'histoire, Macron devrait prendre quelques cours de pédagogie.

Myriam Danan est journaliste pour la chaîne française i24NEWS

Commentaires

(7)

ce ne sont pas 24000 juifs qui furent assassinés mais plus de 70000. Et, indépendamment de l'attitude de tous ces présidents qui, avant Macron, se sont cru obligés de s'avilir en rendant hommage à petain, n'oublions pas l'attitude de celui qui "reconnut la responsabilité de l'état français etc etc, ", parla de "repentance, etc, etc" Car, si monsieur Chirac reconnut la responsabilité de l'état français, il ne fit alors rien de plus que le constat d'un fait établi : pas de quoi justifier l'enthousiasme communautaire qui scène suivi, d'autant que.. d'autant plus, qu'en Israël, il eu un comportement scandaleux, mettant ainsi au point une politique qui, depuis, n'a pas variée ; être dans la commémoration larmoyante à l'égard des juifs morts, condamner systématiquement Israël ...et depuis un certain temps de désintéresser des juifs français, comme l'atteste l'affaire Halimi !

Allez lire mon commentaire sur l'article d'hier, 18h46. Petain, est-ce un cauchemar ?

Rien à attendre de ces Fonctionnaires , tous les mêmes. Il n’y en a pas un pour racheter l’autre. La « direction «  de l’Europe est en train d’imploser sous la médiocrité et l’indigence de ses minables dirigeants

Indigence intellectuelle évidemment

De 2 choses l'une, qui acculé ta Macron à une triste vérité :soit il approuvé la collaboration, soit il la nie. À vous de choisir.

j aimerais reconnaire a i24 que cet article et d une justesse magnifique. Bravo

De l’itinérance à l’errance mémorielle il n’y a qu’un pas , et c’est un faux pas de plus de ce président qui sent le vent tourner et tente de prendre des voix à l’extrême droite.

8Article précédentAnalyse: Macron et Pétain, décryptage d’un acte manqué
8Article suivantPétain mérite un hommage, selon Jean-Marie Le Pen