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Bagelstein, Simone Veil et Ilan Halimi: l’antisémitisme en France en 2019

Le portrait de Simone Veil sur une boîte aux lettres recouvert de graffitis antisémites, le 11 février 2019 à Paris
AFP / JACQUES DEMARTHON

Cela fait maintenant près de trois mois que les manifestations des "gilets jaunes" ont lieu en France: contre l’augmentation de l’essence au départ puis contre le coût de la vie et désormais contre tout et tous: ce mouvement qui se dit apolitique a agrégé toutes les frustrations, des plus légitimes aux plus ignobles et compte aujourd’hui en son sein - et même si ce n’était pas l’idée de départ - osons le dire les pires ennemis de la République.

D’après une étude publiée hier, dont il faut lire l’intégralité pour trouver ce chiffre effrayant (bien qu’ils le soient tous), 50% des gilets jaunes "actifs" soit ceux qui ont déjà participé à des actions du mouvement, croient en l’existence d’un complot sioniste mondial - contre 22% des Français.

Ils sont nombreux également à croire en d’autres thèses complotistes mais ce chiffre, ces 50%, sort du lot pour la simple et bonne raison qu’il s’accompagne d’une explosion des actes antisémites qui rappellent les pires heures de l’Histoire et font ouvertement et dangereusement écho à l’Allemagne nazie et à Vichy.

"Juden" (juif en allemand) taggué en jaune sur un commerce "repéré comme juif", croix gammée sur le visage de l’immense Simone Veil ancienne ministre rescapée d’Auschwitz, tag "Truie juive" sur un mur dans Paris et enfin profanation d’arbres plantés en mémoire d’Ilan Halimi: toute cette horreur en l’espace de moins de 48 heures, en France, en 2019.

Et si l’idée n’est pas ici d’imputer ces actes aux "gilets jaunes", la justice trouvera les coupables espérons-le, elle est bien d’affirmer que ce mouvement a ouvert la boîte de Pandore à tous les fachos qui n’hésitent plus à commettre les actes les plus sordides rappelant la nuit de Cristal et se garde bien de condamner cette explosion de l'antisémitisme depuis le début, et en marge, des manifestations.

L’Arc de Triomphe a été saccagé et pillé, tout comme des centaines de commerces; on appelle à prendre d’assaut l’Elysée sur un plateau télé: du coup les quenelles en public, les banderoles ouvertement antisémites et les tags du même acabit se mêlent à l'ambiance générale de chaos: tous les filtres ont sauté et le poison antisémite se répand désormais partout, en ligne d'abord, mais aussi dans les rues.

Certes il n’a pas attendu les "gilets jaunes" pour exister et il a même augmenté de 74% en 2018, comme l’annonçait hier le ministre de l’Intérieur mais on assiste depuis quelques mois à une libération de la parole et une multiplication des actes qu’on ne peut faire mine d’ignorer.

On ne le peut pas au regard d’une communauté qui vit toujours avec le traumatisme d’attentats comme celui de Toulouse, de l’Hyper Cacher, avec les meurtres de Sébastien Sellam, Ilan Halimi, Mireille Knoll et Sarah Halimi tous tués parce que Juifs, en France depuis le début des années 2000 par la haine antisémite des terroristes islamistes.

On ne le peut pas pour Simone Veil, qui a connu l'enfer des camps et a réussi grâce à une résilience sans pareille à se construire un destin d'exception. Voir son visage souillé d'une croix gammée un an après sa mort est une abomination tout comme voir un commerce "juif" visé.

Pour eux, au moins, il est inadmissible de regarder se multiplier ces références au nazisme en plein Paris en se contentant de les condamner les unes après les autres: rappelons-le, le devoir de mémoire n’a jamais été aussi indispensable, surtout au regard d’une récente étude qui révèle qu’un Français sur dix et un jeune sur cinq ne connaît pas l’existence de la Shoah.

Le temps est à l'action. Celui de la condamnation et de l'indignation est déjà largement écoulé.

Marion Bernard est rédactrice en chef du site internet en français d'i24NEWS (@MarionBernardM)

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