Le Liban s'enlise dans le marasme économique et politique

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Un policier libanais monte la garde près d'une fenêtre de banque qui a été brisée par des déposants pour sortir de la banque après l'avoir attaquée en essayant d'obtenir de l'argent bloqué, à Beyrouth, au Liban, le 14 septembre 2022.
AP Photo/Hussein Malla, FileUn policier libanais monte la garde près d'une fenêtre de banque qui a été brisée par des déposants pour sortir de la banque après l'avoir attaquée en essayant d'obtenir de l'argent bloqué, à Beyrouth, au Liban, le 14 septembre 2022.

"Avec une inertie structurelle du système libanais, rien ne semble possible sans réforme profonde"

Autrefois considéré comme la Suisse du Moyen-Orient, le Liban est aujourd'hui proche de l'effondrement et vit depuis 2019 une des pires crises économiques de la planète. La dette atteint aujourd'hui entre 150 et 170% du PIB national, et le Liban importe environ les 4/5e de ce qu'il consomme ce qui traduit de graves lacunes de l'appareil productif. Dans un contexte de forte inflation et de déficit commercial, l'un des seuls points positifs reste encore le secteur du tourisme. Le Covid-19 a accentué la crise et la livre libanaise a atteint son plus bas niveau historique, avec une perte de 95% en 2 ans. Les clients des banques ne peuvent plus retirer leur argent en dollars et le taux de pauvreté explose à 80%, selon l'ONU.

Le PIB actuel du pays du Cèdre est devenu comme celui de l'Irak ou de la Jamaïque, et la fin des subventions sur les carburants et les produits de première nécessité ont accéléré la paupérisation de la population. Malgré le chaos, la classe dirigeante refuse de mettre en place des réformes qui seraient pourtant essentielles pour donner de la crédibilité au pays aux yeux de potentiels investisseurs.

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Dépendant plus que jamais des prêts du Fonds monétaire international (FMI), Thibault de la Barronière, responsable des investissements au sein du groupe Arcange, affirme que "les perspectives économiques du pays sont nuls".

"On parle souvent des personnes qui ont braqué les banques depuis l'année 2022, mais on parle moins souvent de ceux qui ont braqué directement depuis les comptes bancaires en enlevant des milliards de dollars et en les envoyant à l'étranger", a-t-il affirmé en ajoutant qu'il faut 8 ans et demi pour retirer 3000 dollars d'un compte en banque au Liban.

L'investisseur a pointé du doigt un échiquier politique "vérolé par un Hezbollah qui se nourrit de cette instabilité" et l'"incapacité des politiques à s'unir à cause d'intérêts très divergents".

Le Hezbollah, un obstacle majeur au redressement du Liban

Le Liban, autrefois connu comme étant un point de jonction entre le Moyen-Orient et l'Europe permettant la coexistence de trois communautés religieuses, voit le mouvement chiite se développer avec l'émergence du Hezbollah qui amène un déséquilibre profond.  

"La longue descente du Liban s'est accompagné d un changement au Moyen-Orient, l'argent est parti ailleurs notamment à Dubaï et les libanais ont beaucoup de mal à le retrouver", souligne le général Dominique Trinquand, spécialiste des relations internationales.

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Pour le général, le Hezbollah représente un "obstacle majeur car il est un parti politique très lié à l'étranger, notamment l'Iran, dont les intérêts sont de mettre la pression sur Israël". Alors que les accords d'Abraham ont permis moults accords et contrats économiques juteux, le Liban refuse de s'y joindre et s'affirme toujours être en état de guerre avec l'Etat hébreu.

Malgré le déplacement d'Emmanuel Macron qui n'a débouché sur aucune perspective, la France semble aujourd'hui impuissante à aider son pays ami. Avec une inertie structurelle du système libanais, rien ne semble possible sans réforme profonde du gouvernement.

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