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Des documents trouvés à Gaza révèlent l'étendue de la coopération entre le Hamas et Al-Jazeera
Selon le rapport, cette relation s’appuie sur une coordination méthodique entre les responsables de l’information du Hamas et les équipes éditoriales d’Al-Jazeera


Une série de documents saisis par l’armée israélienne dans la bande de Gaza met en lumière des liens opérationnels étroits entre le Hamas et la chaîne d'information Al-Jazeera, basée au Qatar. C’est ce que révèle une étude récemment publiée par le Centre Meir Amit pour le renseignement et le terrorisme, qui évoque une coopération bien au-delà de l’alignement idéologique.
Selon le rapport, cette relation s’appuie sur une coordination méthodique entre les responsables de l’information du Hamas et les équipes éditoriales d’Al-Jazeera, allant jusqu’à des instructions précises sur le vocabulaire à employer et la manière de présenter les événements sur le terrain. L’objectif : renforcer la communication du Hamas tout en limitant les critiques.
Propagande, sémantique contrôlée et ligne éditoriale alignée
L’analyse, dirigée par le chercheur Avishai Karo, démontre que des consignes émanant directement de l’appareil médiatique du Hamas auraient été transmises aux journalistes d’Al-Jazeera. L’une d’elles, datée de 2022, ordonnait de ne pas qualifier de « massacre » la mort de civils causée par une roquette du Jihad islamique à Jabaliya, et d’éviter toute mention d’une possible responsabilité palestinienne. Le rapport affirme que la chaîne aurait appliqué ces consignes.
L’étude évoque également l’existence d’un canal sécurisé surnommé le « téléphone Al-Jazeera », censé permettre une communication directe entre les bureaux de la chaîne à Doha et le centre de commandement du Hamas à Gaza, notamment en période d’opérations militaires. Cet outil aurait servi à transmettre en temps réel les éléments de langage à adopter et les informations à taire ou à mettre en avant.
Des journalistes identifiés comme membres des brigades armées
Le rapport confirme par ailleurs que plusieurs journalistes employés ou affiliés à Al-Jazeera étaient également des terroristes actifs au sein des Brigades Izz al-Din al-Qassam, la branche militaire du Hamas. Cinq noms sont cités.
Parmi eux, Anas al-Sharif, tué lors d’une frappe israélienne en août 2025, est présenté comme commandant local et chef du service d'information d'une unité de Jabaliya. D'autres, comme Ismail Abu Ammar ou Talal Al-Arouki, sont décrits comme officiers dans des unités combattantes tout en exerçant des fonctions médiatiques.
Certains étaient également présents lors de l’attaque du 7 octobre, selon le rapport, ce qui laisse entendre qu’ils disposaient d’informations en amont de l’opération.
Contrôle du discours et suppression des critiques
L’étude documente également des cas de censure en direct sur la chaîne. Lors d’un reportage dans un hôpital de Gaza en novembre 2023, un blessé ayant critiqué le Hamas avait vu son intervention brusquement interrompue par le journaliste. Des épisodes similaires auraient visé des témoignages hostiles au Qatar ou à la Turquie, selon le centre, qui y voit une volonté délibérée de museler les voix dissidentes.
« Cette approche n’est pas seulement éditoriale », affirme le rapport. « Elle participe à un effort global de guerre psychologique dans lequel Al-Jazeera est un acteur à part entière. »
Même après la conclusion du cessez-le-feu, négocié sous l’égide des États-Unis, la chaîne qatarie aurait poursuivi la diffusion d’un narratif favorable au Hamas, mettant en avant la résilience du mouvement et sa capacité à maintenir la pression militaire. Par contraste, les moments de joie et d’émotion liés au retour des otages israéliens ont reçu une couverture quasi absente, selon le centre.
Al-Jazeera aurait par ailleurs bénéficié d’un accès exclusif à certains points de transfert des otages, notamment les lieux de passage vers la Croix-Rouge, alors que d’autres médias restaient à l’écart
Au terme de son analyse, le Centre Meir Amit conclut qu’Al-Jazeera est un vecteur actif de la stratégie d’influence du Hamas. « Il ne s’agit plus de relais d’information, mais de participation consciente à une campagne de désinformation et de manipulation de l’opinion publique », affirme le rapport.