Mike Brant: retour sur les origines d'une légende internationale dans une exposition exceptionnelle à Haïfa

Caroline Haïat

Journaliste web i24NEWS

10 min
Exposition sur Mike Brant, musée de la ville de Haïfa, Israël
Caroline Haïat/i24NEWSExposition sur Mike Brant, musée de la ville de Haïfa, Israël

Des objets authentiques ayant appartenu au chanteur sont exposés

Une exposition rendant un hommage saisissant au célèbre chanteur israélien Mike Brant a été inaugurée le mois dernier au musée de la ville de Haïfa, dans le nord d’Israël. Redonner vie à Mike Brant et transmettre son héritage si particulier, telle était la volonté d’Inbar Dror Lax, commissaire de l’exposition, lorsqu’elle a créé cet événement qui n'a qu'une seule mission: "ramener Mike à la maison." 

Mike Brant a grandi et vécu à Haïfa jusqu’à ses 20 ans, avant de partir à la quête du succès en France, "il était donc assez évident d’organiser l’exposition dans sa ville", a affirmé Inbar Dror Lax à i24NEWS.

"Nous souhaitions raconter l’histoire de Mike et celle de sa famille en montrant qu’elles font partie intégrante de l’histoire culturelle d'Israël. Nous avons donc lié sa carrière à son pays d’origine et mis en lumière son identité israélienne", a déclaré Inbar.

A l’entrée, une photo en grande dimension de Mike Brant accueille le visiteur, puis le texte d’une chanson en français écrite en hébreu phonétique en 1974, annonce la couleur en jouant sur l’ambivalence: Mike Brant a connu un succès fulgurant en France mais Israël a toujours eu dans son cœur une place de choix.

"Pour son frère, Tzvika, il était crucial de rassembler tout ce qui se référait à Mike depuis ses débuts dans la musique jusqu’à nos jours et d’en faire don au musée, afin de faire perdurer sa mémoire", a poursuivi Inbar.

Aux murs, une chronologie dévoile en parallèle les dates clés de la carrière de Mike Brant et les événements qui se déroulaient en Israël à la même époque, permettant de mieux s’imprégner de l’univers de l’artiste.

En 1969, il enregistre notamment son tube légendaire Laisse moi t’aimer, que la grande majorité des Israéliens entonnent encore aujourd’hui.

Des objets authentiques ayant appartenu à Mike comme le prix du micro d’or d’Europe 1, ses 19 pochettes de disques ou encore son permis de conduire, confèrent un caractère unique à l’exposition.

Musée de la ville de Haïfa
Musée de la ville de HaïfaPrix du micro d'or Europe 1 reçu par Mike Brant, 1973

Un attachement sans nom à Israël

Ayant connu la gloire majoritairement en France avec plus de 33 millions de disques vendus, Mike Brant revenait toutefois souvent en Israël rendre visite à sa mère et son frère dont il était très proche. Il donnait également des concerts en hébreu, devant les soldats ou dans les lobbys d'hôtels.

"Même quand il était à l’étranger, ce qui se passait en Israël était très important pour lui et l’accompagnait partout", a déclaré Inbar à i24NEWS.

Musée de la ville de Haïfa
Musée de la ville de HaïfaMike Brant rend visite à son frère Tzvika et sa mère Bronia à Haïfa en 1971

Cette exposition met en effet l’accent sur la répercussion en Israël de la réussite internationale qu’a su atteindre cet artiste hors du commun, dans le monde de la musique. Alors qu’à l’époque, certains chanteurs israéliens pouvaient lui faire de l’ombre, il a su acquérir à la postérité une renommée sans précédent.

Dans les escaliers qui mènent à la suite de la visite, sont disposés aux murs des collages réalisés par 4 artistes qui nous révèlent davantage l’intimité du chanteur. Sur l’un d’eux, une carte postale que Mike avait envoyée à sa mère depuis la France a été reconstituée tandis qu'un autre collage le représente en concert à l’hôtel Zion de Haïfa.

Musée de la ville de Haïfa
Musée de la ville de HaïfaCollage représentant une carte postale que Mike Brant a envoyée à sa mère depuis la France, réalisé par Dave Yaakov

Au premier étage, les différentes salles traitent chacune d’un aspect de la vie de Mike Brant, au rythme de ses tubes qui résonnent en boucle, émanant d’une radio aux allures d’époque.

Souvenirs rangés dans une vitrine, livres et films posthumes, posters à son effigie, photos de ses concerts, disques d’or encadrés, habits originels placés sur des mannequins ou encore collage réalisé par Ovadia Benichou dépeignant Mike dans un style israélien assis dans son salon: tout a été mis en place pour démontrer qu’il vit toujours, à travers ses fans. 

Dans la dernière salle, on découvre une affiche du classement du hit-parade de RTL en 1974, où Mike apparaît en top devant Dalida, John Lennon, Charles Aznavour et les Rolling Stones, preuve là encore de son immense talent. 

Son succès en France fait la fierté des Israéliens

En 1968, Mike (Moshe), intègre la célèbre troupe du grand music-hall d'Israël "Karmon" et pendant deux ans, il fait connaître les airs du folklore israélien en Afrique, en Australie et aux États-Unis. Il est ensuite embauché au club Baccara à Téhéran en Iran où il sera remarqué par Sylvie Vartan et Carlos qui lui proposent de se produire en France. La carrière de Mike prend alors un véritable tournant.

"A son arrivée à Paris, il ne parlait pas un mot de français et a réussi à créer de véritables tubes dans cette langue. Les Français considèrent qu’il est un héros de leur culture, ils lui ont d’ailleurs créé un look européen et lui ont dit ce qu’il fallait faire pour réussir et cela a marché", a déclaré Inbar.

"Le fait que sa réussite ait eu lieu hors d’Israël est lourd de sens. Son succès a débuté dans les années 60 et à cette époque-là en Israël, la musique était très sioniste avec des chansons en hébreu uniquement, mais Mike était différent. Il ne trouvait pas vraiment sa place avec le genre musical qu’il proposait, il voulait conquérir le monde", a-t-elle ajouté.

Dès ses premières années en France, les Israéliens ont très vite mesuré l’ampleur de ses performances et quand il rentrait, il était accueilli avec un amour démesuré. C’était une immense fierté pour le peuple israélien et c'est ainsi qu'il a commencé à composer des chansons en hébreu et à se produire dans sa langue maternelle devant son public.

Caroline Haïat/i24NEWS
Caroline Haïat/i24NEWSDisques de Mike Brant, exposition au musée de la ville de Haïfa

Une icône intemporelle 

Le 25 avril 1975, jour de sortie de son nouveau disque, Mike Brant bascule du 6e étage d’un immeuble dans le 16e arrondissement de Paris et meurt sur le coup à l’âge de 28 ans.

"Il a réussi dans sa vie mais aussi surtout dans sa mort. Beaucoup d’artistes ont fait de belles carrières et sont ensuite tombés dans le domaine de l’oubli. La légende de Mike vit au contraire à travers les âges et en cela, on peut le définir comme une icône intemporelle. C’est tellement dommage qu’il ne puisse pas voir l’impact qu’il a laissé", a regretté Inbar Dror Lax.

Musée de la ville de Haïfa
Musée de la ville de HaïfaCollage réalisé par Ovadia Bénichou, exposition Mike Brant, musée de la ville de Haïfa, Israël

Accident? Assassinat? Suicide? L’exposition a consacré une "salle de la conspiration" à cette question, où des articles de journaux parus sur la mort de Mike sont affichés aux murs et permettent d’envisager toutes les hypothèses autour de son décès. 47 ans après, le mystère n’a toujours pas été élucidé.

"L’histoire tragique de Mike trouve un écho aujourd’hui avec le phénomène des enfants stars qui se cherchent et se perdent en raison de la notoriété qu’ils connaissent jeunes. Mike était seul, il a perdu son père très tôt et a souffert de dépressions. Sa mère l’avait exhorté à rentrer en Israël après sa première tentative de suicide, mais cela signifiait échouer et pour Mike, l’échec était tout simplement inenvisageable", a conclu Inbar.

L’exposition a lieu jusqu’à la fin mai 2023 au musée de la ville de Haïfa.

Caroline Haïat est journaliste pour le site français d'i24NEWS

Cet article a reçu 3 commentaires