Israël: la Cour suprême maintient l'interdiction des projections du documentaire "Jenin, Jenin"

Jérémie Elfassy

Journaliste

4 min
Mohammad Bakri assiste à une audience de la Cour suprême à Jérusalem concernant son film " Jenin, Jenin ", le 16 mai 2021.
Yonatan Sindel/ Flash90Mohammad Bakri assiste à une audience de la Cour suprême à Jérusalem concernant son film " Jenin, Jenin ", le 16 mai 2021.

Le tribunal a interjeté l'appel du réalisateur, condamné à payer des dommages et intérêts

La Cour suprême a rejeté mercredi l'appel du cinéaste arabe israélien Mohammad Bakri, interdisant ainsi définitivement la projection en Israël de son documentaire controversé "Jenin, Jenin" sorti en 2002 à la suite d'un procès en diffamation. Le lieutenant-colonel de réserve Nissim Magnagi avait porté plainte contre le cinéaste en novembre 2016, demandant 2,6 millions de shekels (730 000 euros) de dommages et intérêts et l'arrêt de la projection du documentaire.

Le jugement de mercredi confirme une décision rendue en janvier 2021 par le tribunal de district de Lod, qui avait ordonné à Bakri de verser à Magnagi 175 000 shekels (49 200 euros) ainsi que 50 000 shekels (14 000 euros) pour couvrir ses frais de justice.

Video poster

Le film prétendait à tort que l'armée israélienne avait massacré des civils dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, pendant la campagne militaire de l'opération Rempart, au plus fort de la deuxième Intifada. Au cours de la bataille de 11 jours dans la ville en avril 2002, 52 Palestiniens avaient été tués par les forces israéliennes. La plupart d'entre eux (27 selon Human Rights Watch ; 48, selon Tsahal) étaient des terroristes, tandis que 23 soldats israéliens avaient perdu la vie dans les combats.

Jénine était un point central dans l'entraînement et l'envoi des kamikazes palestiniens lors de la deuxième Intifada, au cours de laquelle des centaines d'Israéliens ont été tués. Tsahal avait alors déployé ses troupes dans la région pour s'attaquer à ce qu'Israël avait qualifié d'"infrastructure du terrorisme".

Des rumeurs de massacre s'étaient répandues à la suite d'une décision de l'armée de couper tous les liens extérieurs avec Jénine pendant les combats, ce qui a incité Bakri à entrer dans la ville avec une équipe de tournage pour interviewer les habitants.

SAIF DAHLAH / AFP
SAIF DAHLAH / AFPDes garçons palestiniens jettent des pierres sur un char israélien dans les rues de la ville de Jénine le 5 septembre 2002

Peu après la sortie du film en 2002, cinq réservistes de Tsahal avaient poursuivi Bakri pour diffamation, arguant qu'ils avaient été dépeints comme des criminels de guerre dans le film. Après une longue bataille juridique, la Cour suprême a rejeté l'affaire des réservistes en 2011. Les juges ont estimé que même si le documentaire était "effectivement empli de nombreux éléments qui n'étaient pas vrais" et qu'il diffamait Tsahal, les plaignants n'étaient pas spécifiquement identifiés dans le film et n'avaient donc pas la qualité pour prétendre qu'ils étaient personnellement diffamés.

Cependant, Magnagi apparaissait dans le documentaire et, par conséquent, avait une base légale pour une action en diffamation. Magnagi a fait valoir que son "nom a été entaché, son honneur brisé et son identité en tant que soldat moral et éthique affecté." Dans sa plainte, il a indiqué qu'il ferait don de la majeure partie de l'argent aux anciens combattants de l'opération de 2002 à Jénine et aux familles des soldats tués.

Cet article a reçu 3 commentaires