Affaire des enfants yéménites : une quatrième tombe ouverte pour identification
La famille de la petite-fille n'a jamais cru à sa mort


Une quatrième tombe sera ouverte mardi dans l'ancien cimetière de Netanya, pour tenter d'élucider un autre cas dans l'affaire des enfants yéménites disparus. La sépulture en question est celle d'une petite fille du nom de Saada Karni, qui sera ouverte à la demande de la famille par des représentants de l'Institut médico-légal, conformément à la loi sur l'ouverture de tombe d'un mineur du Yémen, de l'Est ou des Balkans à des fins d'identification et de réalisation d'un test génétique pour les liens familiaux. La manœuvre vise à prélever l'empreinte ADN de la dépouille afin de déterminer si l'enfant inhumé est bien Saada Karni.
Les avocats de la famille soulignent que selon les conclusions du comité d'enquête de l'État Cohen Kadami, "Saada, fille d'Avraham et d'Esther Karni, est décédée le 7 octobre 1949 et a été enterrée au cimetière de Netanya".
La famille Karni a immigré du Yémen en Israël en 1949. Abraham Karni, le père de famille, s'est installé dans le pays avec ses deux épouses Shulamit et Esther ainsi que ses quatre enfants : Yona, 16 ans, un fils décédé plus tard alors qu'il était encore jeune, Saada, trois ans, et Yadid, un bébé de huit mois.
La famille était alors logée dans le camp de Beit Lied, dans deux tentes séparées. Un jour, alors qu'Esther était occupée à cuisiner dans une tente et que Yona veillait sur les enfants dans la seconde tente, une infirmière est entrée dans celle-ci, demandant à emmener Saada et Yadid pour des examens généraux à la clinique de l'autre côté de la rue. Yona a catégoriquement refusé de remettre les enfants à l'infirmière, mais cette dernière les a pris de force des genoux de la jeune fille. Yona a alors accompagné l'infirmière à la clinique, avant de retourner à la tente pour informer son père et sa mère de ce qui était arrivé.
Les parents, effrayés, se sont immédiatement rendus sur place pour récupérer les petits, mais le personnel a refusé de les rendre, permettant toutefois à la mère de venir les allaiter. C'est ainsi que celle-ci se rendait quotidiennement à la clinique pour les nourrir, tandis que Yona leur rendait visite et jouait avec eux. Les deux enfants étaient alors en parfaite santé.
Mais après quelques jours, alors qu'Esther était arrivée à la clinque pour allaiter les bébés, le personnel l'a informée que Saada et Yadid étaient décédés et qu'ils avaient été enterrés. Esther est devenue folle, refusant de croire qu'ils étaient morts. Elle était convaincue que ses enfants allaient bien et qu'ils avaient été enlevés. Rapidement rejointe par son mari, tous deux sont restés à la clinique plusieurs jours, refusant de partir. Le personnel de la clinique a alors rendu le petit Yadid à ses parents, laissant ces derniers convaincus que Saada était elle aussi bien vivante.
Esther et Abraham Karni ont fait tout leur possible pour savoir ce qui était arrivé à Saada, et ce jusqu'à leur décès. Yona et Shoshana, les sœurs de Saada, ont ensuite pris la relève et déposé plainte.
Le comité d'enquête missionné dans l'affaire des enfants yéménites disparus a déterminé que Saada était décédée et avait été enterrée dans le cimetière de Netanya à l'âge de cinq ans. Les représentants de la famille ont alors fait part de leur étonnement, étant donné que la petite fille avait disparu à l'âge de trois ans.
La cause du décès de la fillette demeure également mystérieuse selon la famille. D'après le comité, Saada est décédée après avoir souffert de paludisme et de dystrophie musculaire durant deux ans, ce dont la famille doute, s'étonnant de n'avoir jamais pu voir la petite fille durant cette période. Les avocats de la famille notent en outre que Saada avait toujours été en parfaite santé.
Comme des milliers d'enfants yéménites ou issus d'autres pays orientaux dans les années 50 en Israël, la petite Saada pourrait avoir été retirée à sa famille avec la complicité des autorités et de membres du personnel médical, afin d'être confiée à un couple ashkénaze qui ne pouvait pas avoir d'enfant. Ce scandale d'Etat révélé au grand jour durant la dernière décennie est connu comme l'affaire des enfants yéménites.