Lévana Zamir allumera un flambeau d'indépendance : témoignage d'une réfugiée juive d'Égypte
Pour cette survivante de l'exode forcé des juifs des pays arabes, le 14 mai 1948 reste gravé comme un traumatisme indélébile


À la veille du Jour de l'Indépendance d'Israël, Lévana Zamir, chercheuse et conférencière spécialiste des communautés juives, arabes et de l'islam, a partagé son histoire sur i24NEWS. Issue d'une famille aristocratique juive égyptienne, elle a été choisie pour allumer l'un des flambeaux lors de la cérémonie officielle marquant les 77 ans de l'État hébreu.
Pour cette survivante de l'exode forcé des juifs des pays arabes, le 14 mai 1948 reste gravé comme un traumatisme indélébile. "À minuit, dix officiers égyptiens ont tapé à notre porte très fort, jusqu'à la casser", raconte-t-elle. Les forces égyptiennes ont alors fouillé toute la maison familiale avant d'arrêter son oncle Habib pour "sionisme" et de l'emprisonner pendant un an et demi. Le lendemain, l'imprimerie familiale qui travaillait pour des ministères et des tribunaux fut confisquée. "Nous nous sommes retrouvés dépourvus de tout", se souvient-elle avec émotion. Contrairement aux idées reçues, sa famille n'était pas particulièrement sioniste : "Nous n'aurions jamais quitté l'Égypte sans cela."
Lorsque son oncle fut finalement libéré, ce fut à condition que toute la famille quitte immédiatement le pays. À douze ans, c'est dans un camp de réfugiés à Marseille qu'ils atterrirent d'abord. "De toute la vie que nous avions en Égypte, avec des serveurs et des domestiques, notre maison est devenue un simple mur pour neuf personnes", relate-t-elle.
La famille dut ensuite s'installer dans un camp de réfugiés à Tibériade, en Israël, où les conditions étaient particulièrement difficiles. "La tente s'envolait au milieu de la nuit et la pluie tombait sur nous", se souvient-elle.
C'est ce parcours exemplaire, de réfugiée à personnalité reconnue, qui a motivé la ministre Miri Regev à la choisir pour allumer un flambeau lors de la cérémonie d'indépendance. "Tu es une fille de Mahabarot [camps de réfugiés] qui est sortie du statut de réfugiée. Tu as accompli plein de choses et parmi cela, tu as relevé la reconnaissance d'un million de juifs des pays arabes qui ont été expulsés ou obligés de s'enfuir après les persécutions", lui a confié la ministre. Cette reconnaissance émut profondément Lévana Zamir, dont la mère avait dû cacher des bijoux dans l'ourlet de son manteau pour permettre à la famille de survivre après leur fuite précipitée d'Égypte. Dans une symbolique puissante, cette ancienne réfugiée allumera mercredi soir un flambeau représentant la résilience et la liberté retrouvée, 77 ans après les événements qui ont bouleversé sa vie.