Un livre de photos met en lumière 100 villas palestiniennes de luxe en Judée-Samarie
L’ONG israélienne Regavim présente 100 villas palestiniennes pour montrer une facette de la vie en Judée-Samarie qu’elle juge trop peu représentée.


Une piscine au centre d’une vaste cour, des fontaines, des façades ornées de colonnes et des jardins soigneusement aménagés. Ces images composent Real Estate Under Occupation, un livre dans lequel l’ONG israélienne Regavim présente 100 villas et propriétés palestiniennes en Judée-Samarie. L’organisation affirme que ses équipes ont photographié toutes les maisons réunies dans l’ouvrage en une seule journée.
À Shuqba, au nord-ouest de Ramallah, Regavim décrit un domaine de 4 800 mètres carrés, organisé autour d’une piscine et entouré d’espaces paysagers. À Nahalin, près de Bethléem, l’ouvrage présente une propriété de style néoclassique avec sept balcons, une tourelle, une fontaine et un bassin décoratif. À Khirbet Zif, dans la région de Hébron, les photographies montrent des ensembles résidentiels équipés, selon l’ONG, de jardins, de logements pour les invités, de saunas et de voies d’accès privées.
Les superficies publiées sont celles fournies par Regavim. Elles peuvent inclure les terrains et les dépendances : elles ne doivent donc pas toutes être comprises comme des surfaces habitables.
Regavim, une organisation engagée dans les questions foncières et le contrôle des constructions, assume l’objectif de cette publication. Elle estime que les images de pauvreté et de difficultés occupent une place disproportionnée dans la manière dont la vie palestinienne est présentée à l’étranger. Dans l’introduction du livre, des termes évoquant les privations et les épreuves du quotidien sont ainsi placés, sur un ton sarcastique, en regard des photographies de demeures luxueuses.
Naomi Kahn, directrice de la division internationale de l’ONG, affirme que l’équipe a voulu « tourner la caméra dans une autre direction ». Regavim soutient que ces exemples de richesse privée devraient aussi être pris en compte dans les discussions publiques et diplomatiques. L’organisation précise toutefois que son propos n’est pas de nier l’existence de la pauvreté.
Plusieurs propriétés photographiées se trouvent à Mukhmas, Deir Dibwan et Turmus Ayya, des localités entretenant des liens avec des communautés palestiniennes installées aux États-Unis. Certaines maisons semblaient inoccupées lors du passage des photographes, sans qu’une seule visite permette de déterminer si elles sont utilisées de façon saisonnière. Le maire de Turmus Ayya estime qu’environ 80 % des habitants de sa commune possèdent la nationalité américaine ; cette estimation ne vaut pas pour les autres villages.
Les images témoignent de l’existence de grandes fortunes privées, mais ne permettent pas de savoir quelle proportion de la population palestinienne vit dans de telles conditions. Elles ne constituent ni un recensement du patrimoine immobilier ni une mesure du niveau de vie moyen.
Les données économiques donnent une autre échelle de lecture. Dans son rapport de mai 2026, la Banque mondiale estime que l’économie de la Judée-Samarie a progressé d’environ 3 % en 2025, notamment grâce à une reprise partielle de l’emploi palestinien en Israël. Elle souligne cependant que l’activité demeure nettement inférieure à son niveau d’avant octobre 2023 et que le chômage atteignait encore 27,5 % à la fin de 2025.
La localisation des maisons importe également lorsqu’il est question de leur statut administratif. Certaines propriétés présentées se situent en zone B, d’autres en zone C, où la planification et les permis de construire relèvent des autorités israéliennes. Il faudrait connaître l’emplacement exact et consulter les dossiers de chaque maison pour établir si elle a été construite avec les autorisations requises. Les photographies, à elles seules, ne permettent pas de le déterminer. Les Nations unies documentent par ailleurs les difficultés rencontrées par les Palestiniens pour obtenir des permis en zone C.
Avec Real Estate Under Occupation, Regavim apporte donc au débat des images de richesse rarement associées à la Judée-Samarie. Leur portée reste celle de cent propriétés choisies et photographiées par une organisation défendant une thèse : elles montrent une réalité, sans résumer à elles seules celle de l’ensemble des habitants palestiniens.