Yeruham : un rabbin pris pour cible après avoir soutenu l'ouverture de la piscine le samedi
Des pressions sont également exercées sur la famille et les enfants du rabbin Pinhas Peretz, conseiller municipal, afin qu'il change de position


Une vive polémique secoue la ville de Yeruham, dans le sud d'Israël, autour d'un projet de modernisation du complexe aquatique municipal qui prévoit son maintien en activité le samedi, conformément au statu quo en vigueur depuis plusieurs décennies. La controverse a récemment pris une tournure personnelle après un incident impliquant le rabbin Pinhas Peretz, conseiller municipal, et des proches d'un autre élu local opposé au projet.
Selon des images diffusées par les médias israéliens, le rabbin Peretz aurait été empêché de poursuivre son chemin vers la synagogue par Shlomi Avraham, fils du conseiller municipal Aryeh Avraham. Le différend trouve son origine dans un vote du conseil municipal en faveur de la rénovation du complexe, un projet qui permettrait son ouverture le samedi.
Le rabbin Peretz affirme être depuis la cible d'une campagne de harcèlement. Il déclare vivre sous la menace permanente et affirme qu'une tente a même été installée devant son domicile dans le cadre d'une manifestation. Selon lui, des pressions sont également exercées sur sa famille et ses enfants afin qu'il change de position. Malgré ces accusations, il indique ne pas souhaiter déposer plainte auprès de la police afin d'éviter une nouvelle escalade.
Au-delà de la question religieuse, plusieurs acteurs locaux estiment que le conflit est avant tout politique. Aryeh Avraham et Pinhas Peretz siègent tous deux au conseil municipal au sein d'une même liste représentant les partis orthodoxes Shas et Judaïsme unifié de la Torah. Les relations entre les deux hommes se seraient toutefois fortement dégradées ces dernières années, notamment après le limogeage d'Avraham de son poste de vice-président du conseil municipal à la suite de désaccords répétés.
Pour Pinhas Peretz, la question du complexe aquatique ne devrait pas remettre en cause l'équilibre existant dans la ville. Il souligne que la piscine municipale fonctionne le samedi depuis plusieurs dizaines d'années et que les habitants religieux et laïques ont jusqu'à présent coexisté dans le respect mutuel. Selon lui, s'opposer au projet risquerait de provoquer une intervention du ministère de l'Intérieur et la nomination d'une administration provisoire, ce qui pourrait freiner le développement de la commune.
Le conseiller municipal affirme également que le projet s'inscrit dans un vaste plan d'investissements destiné à favoriser la croissance de Yeruham. Il estime que les habitants doivent pouvoir bénéficier des nouvelles infrastructures, quelles que soient leurs pratiques religieuses, dans le respect du statu quo local.
De son côté, Shlomi Avraham rejette les accusations d'intimidation. Dans une déclaration transmise aux médias, il affirme que sa famille est elle-même victime d'un traitement injuste depuis l'arrivée de la nouvelle maire, évoquant notamment des procédures administratives et des mesures affectant les activités professionnelles de ses proches. Concernant la manifestation devant le domicile du rabbin Peretz, il assure qu'il s'agissait d'une protestation pacifique et légale destinée à exprimer la position d'une partie de la communauté. Il affirme enfin que son opposition au projet est motivée par des considérations religieuses et communautaires, estimant que le rabbin agit désormais à l'encontre des positions traditionnellement défendues par la communauté qu'il représente.
Cette affaire met en lumière les tensions récurrentes autour du respect du statu quo religieux dans certaines collectivités israéliennes, où des désaccords politiques, communautaires et personnels peuvent parfois se mêler à des débats sur la place du shabbat dans l'espace public.