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Israël: le secret de la longévité de Bibi

Myriam Danan

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors du Conseil des ministres hebdomadaire, le 23 décembre 2018 à Jérusalem
RONEN ZVULUN (POOL/AFP/Archives)Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors du Conseil des ministres hebdomadaire, le 23 décembre 2018 à Jérusalem

Avec l’annonce des élections s’ouvre le temps des illusions.

Celles d’Avi Gabbay, pour qui le scrutin du 9 avril se joue entre lui et Benyamin Netanyahou.

Le leader travailliste se plaît à rappeler qu’une fois seulement dans l’histoire politique israélienne, le gouvernement a été composé par un chef de parti autre que le Likoud ou les Travaillistes. Mais il oublie trop facilement que depuis 20 ans, son parti voit son vivier électoral se réduire à peau de chagrin, et que la gauche peine à retrouver un programme et des idées qui suscitent une véritable adhésion au sein de la société israélienne.

Pour Tzipi Livni, traditionnelle rivale et habituée des bancs de l’opposition, Bibi est un danger pour la démocratie israélienne. Mais ses déclarations radicales et répétitives n’ont pas eu jusqu'à present un effet suffisant dans les urnes.

khalil mazraawi (AFP/File)
khalil mazraawi (AFP/File)Former Israeli foreign minister Tzipi Livni attends the World Economic Forum held in Jordan on May 20, 2017

Le camp sioniste semble bloqué sur ses slogans du scrutin précédent, une campagne visant à « dégager Bibi», oubliant de travailler sur le désamour de la population à son égard, oubliant, que l’idée de la gauche est à ré-inventer et que ce n’est d’ailleurs pas seulement un problème israélien.

Au centre aussi on veut y croire. Pour Yaïr Lapid pas de doute le 9 avril, sera son jour. Peut être. Si des têtes d’affiche le rejoignent, si sa plate-forme idéologique s’étoffe, si la victoire à ses yeux prend la forme d’une participation à une future coalition, sans absolument prétendre à en tenir les rênes, si le centre et la gauche font le pari de s’unir plutôt que de courir divisés.

Chaque chef de parti aspire et réclame le titre suprême. Un jeu de légitimation destiné à consolider l’image aux yeux des électeurs de leaders politiques capables d’assumer le poste de commandant en chef.

Un slogan et une manoeuvre électorale dont plus personne n’est dupe, pas plus que de la combine politique qui a déclenché ces nouvelles élections.

La 20e Knesset est officiellement dissoute à cause de l’impossible entente autour de la loi pour l’enrôlement des orthodoxes dans l'armée. Avigdor Lieberman et Yaïr Lapid refusent de soutenir le texte dans sa mouture actuelle et les partis orthodoxes eux même peinent à s’entendre.

JACK GUEZ (AFP/Archives)
JACK GUEZ (AFP/Archives)L'ancien ministre israélien des Finances Yaïr Lapid, lors d'une conférence à Herzliya, en Israël, le 22 juin 2017

C’est là un grand classique, les coalitions israéliennes ne tombent que rarement sur des problèmes et défaillances sécuritaires, mais plutôt sur des questions sociales, religieuses, ou … la mise en cause du chef de gouvernement dans des affaires de corruption.

Ce n’est pas par exemple à cause du Rapport Winograd sur les graves défaillances de l’armée et du gouvernement lors de la Seconde guerre du Liban qu’Olmert a démissionné, mais le 21 septembre 2008, deux semaines après les recommandations de la police d’une inculpation pour corruption. Déjà en 1977 Yitzhak Rabin avait démissionné avant même que la police ne se prononce sur l’affaire des dollars (le compte de Léa Rabin resté actif aux Etats Unis).

Netanyahou malgré ou à cause de la multitude d’enquêtes à son encontre semble s’être fixé d’autres lignes rouges que ces prédécesseurs.

Les recommandations de la police le 2 décembre l’ont laissé de marbre, mais la déclaration du procureur général adjoint Shaï Nitzan sur la fin de son travail sur les affaires Netanyahou a probablement été un électrochoc dont les conséquences ne sont visibles qu’avec quelques jours de retard.

Sa défense et ses éléments de langages n’ont pas changé, « il n’y aura rien parce qu’il n’y a rien » . Mais si ses proches dénoncent avec application des dossiers vides et une chasse aux sorcières des médias contre le Premier ministre, Netanyahou a de plus en plus de chances de devoir rendre des comptes un jour prochain devant les tribunaux.

En attendant pas question de démissionner mais plutôt de gagner du temps.

Et quoi de mieux que de s’en remettre aux jugement des électeurs, ce qui lui a réussi jusque là ?

Mais même pendant la campagne le compteur tourne. Et la décision du procureur général, Avichai Mandelblit est une véritable bombe à retardement.

Peut être que sa décision sera rendue pendant la campagne, par devoir de transparence, peut être justement pas, par devoir de précaution. Et si ce n’est pas au moment des élections qu’elle est publiée, une potentielle recommandation du conseiller juridique pour une inculpation rendra aussi plus difficile la constitution d’une coalition.

Les calendriers politiques et judiciaires ne répondent pas souvent aux mêmes impératifs. Mais il est probable qu’un jour, dans deux mois, six mois, un an, la collision soit inévitable.

Au delà des Affaires Netanyahou, ces élections sont plus que jamais un référendum pour ou contre l’homme fort de la droite israélienne de ces 15 dernières années, parce que c’est ce qu'ont décidé à en faire ses rivaux.

AP Photo/Tsafrir Abayov
AP Photo/Tsafrir AbayovAvi Gabbay speaks to supporters following his victory in Tel Aviv, Israel, Monday, July 10, 2017

Certains ont une énième revanche à prendre, tels Livni ou Gabbay. Plusieurs adversaires sont aussi dans son propre camp faute d’avoir accepter de les faire grandir à ses côtés, tels Gideon Sa'ar, qui sera candidat aux primaires du Likoud, ou Moshe Yaʿalon, ex ministre de la Défense, désormais à la tête d’un nouveau parti, et qui mène là un combat personnel.

Le grand talent de Benyamin Netanyahou ces dernières années, le secret de sa longévité politique - 13 ans cumulés à la tête de différents gouvernements - c’est d’avoir convaincu ses électeurs que personne d’autre ne peut le remplacer, que personne d’autre n’a son expérience et son charisme pour affronter les menaces - réelles - qui pèsent sur l’Etat juif.

L‘argument a lassé ses dauphins, fatigués d’attendre dans l’ombre. Peut être trop convaincu par son propre discours Benyamin Netanyahou a accumulé ces derniers mois les casquettes, refusant de déléguer au sein de son camp ou même de son parti. Premier ministre, Ministre des Affaires Étrangères, de l’Intégration et de la Santé…

Ces élections laissent à Bibi une chance de défendre son bilan, la justice lui permet de tabler encore sur la présomption d’innocence, mais la démocratie lui impose l’exemplarité, la transparence, et le partage des tâches.

Le 9 Avril, seuls les électeurs seront ses juges.