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"La police menait des enquêtes à mon insu" : l’ex-procureur général Mandelblit témoigne au procès Netanyahou
A l'issue de l'audience, le président de la Knesset, Amir Ohana, a aussitôt lancé un appel eu président Herzog afin qu'il gracie Netanyahou


L’ancien procureur général Avichai Mandelblit a été entendu ce dimanche par le tribunal de district de Jérusalem dans le cadre du procès Netanyahou, à la demande des avocats de ce dernier. Le Premier ministre, qui est arrivé au tribunal en cours d’audience, a assisté à une partie des débats.
Interrogé par Me Amit Haddad, l’un des avocats de la défense, l’ancien haut magistrat, qui a lui-même inculpé le Premier ministre dans les affaires, 1000, 2000 et 4000, a admis ne pas avoir suivi chaque étape de la procédure. « Je n’ai pas assisté aux interrogatoires de police et je n'ai pas été informé de chaque action », a-t-il déclaré, expliquant qu’il était normal que la police mène les actions principales qu’il a validées, mais qu’il n’avait approuvé aucune action en particulier. Il a aussi concédé qu’il pouvait avoir dit que la police menait des enquêtes à son insu.
Me Haddad lui a alors lancé : « Il y a là des omissions colossales, et on vous en tient responsable ! » Mandelblit a ainsi évoqué une opération de police de mise sur écoute de Nathan Eshel, l'ex-directeur de cabinet de Netanyahou, dont il aurait appris l’existence après coup. « On m’a dit qu’une action avait été entreprise, ce qui m’a indigné. J’ai donc demandé son annulation, et c’est ce qui a été fait », a-t-il affirmé, disant avoir voulu préserver l’honneur de la personne visée et éviter tout problème. Il a jugé cette action inacceptable, n’en ayant pas été informé.
À l’ouverture de l’audience, il a assuré s’être préparé de son mieux, n’avoir parlé à personne de l’affaire et avoir tenté, dans le peu de temps dont il disposait, de se remémorer les faits en consultant des articles et documents en ligne. « Je ne vous traiterai pas de criminel, je veux que vous m’aidiez », lui a dit Me Haddad. « Et je veux aider le tribunal », a répondu Mandelblit.
La défense a demandé à l’entendre pendant environ sept jours, avant un contre-interrogatoire par l’accusation. Il est très rare qu’un ancien procureur général soit appelé à témoigner dans un dossier qu’il a lui-même traité dans l’exercice de ses fonctions. Son prédécesseur, Yehuda Weinstein, avait certes déjà déposé dans cette affaire, mais en qualité d’avocat personnel de Netanyahou.
Les avocats de la défense entendent surtout l’interroger sur l’absence des autorisations que la Loi fondamentale exige pour ouvrir une enquête visant un Premier ministre. L’accusation soutient pour sa part que toutes les démarches ont été conduites légalement.
Mandelblit avait d’abord sollicité un report de son témoignage à novembre, disant avoir été convoqué à la dernière minute, en pleine période de fêtes. Il avait aussi fait valoir ses nouvelles fonctions de doyen de la faculté de droit du Ramat Gan Academic College, qui l’obligent à préparer la rentrée universitaire. Les juges ont rejeté sa requête.
A l'issue de l'audience, le président de la Knesset, Amir Ohana, qui a assisté à l’audience, a adressé une lettre au président Yitzhak Herzog pour exiger qu’il accepte la demande de grâce de Benjamin Netanyahuu, déposée il y a environ sept mois. Selon lui, les éléments révélés par ce témoignage obligent le chef de l’État à se prononcer.
« J’ai été choqué de découvrir, grâce au témoignage de l’ancien procureur général, que même les accusations restantes, après que le collège de juges a suggéré à deux reprises au parquet de retirer l’accusation de corruption, reposent sur des actions d’enquête illégales, menées à son insu et sans son approbation », écrit-il. Il met en avant que Mandelblit n’avait pas lu les allégations relatives aux 315 occurrences de couverture médiatique favorable que Netanyahou aurait obtenues, qui figurent dans l’acte d’accusation modifié, et qu’il ne se souvient pas s’il l’a lui-même signé.
Amir Ohana estime que cette conduite, qui révèle selon lui « une série d’omissions, de manquements et de violations de la loi », ne peut se limiter à alimenter des articles à sensation. Il met aussi en cause le Département des grâces et le conseiller juridique du gouvernement, dont l’attitude, telle qu’elle ressort de la recommandation présentée par le ministre Amichai Eliyahu et des points de presse, démontrerait que « le système est déterminé à mettre fin à la carrière politique du Premier ministre et n’acceptera qu’un compromis permettant d’atteindre cet objectif ».
Se prévalant de son expérience juridique, ayant selon lui accompagné « des dizaines, voire des centaines de mises en accusation », il conclut que « la décision juste, courageuse et appropriée » est d’accorder la grâce. Il déplore enfin la lenteur des procédures, « l’un des maux les plus déplorables du système judiciaire », et juge que les faits désormais révélés suffisent à statuer.