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Contre le harcèlement sexuel en boîte de nuit, une ONG israélienne s'engage

Layla Tov founding members (left to right): Shelly Ben Shahar, Gali Piflaks, Hagar Shezaf, Yasmin Wachs, Shira Makin, Keren Greenblatt, Yael Elbaz, Silan Dalal
Hadas Peretz
Pus de 50 bars et boîtes de nuit se sont engagés à former leur personnel à la tolérance zéro

Demandez aux femmes: elles savent ce que c'est de ne pas réussir à se débarrasser d'une personne un peu trop insistante dans un bar ou d'un homme qui danse un peu trop près en boîte de nuit. Or, une virée nocturne en ville ne devrait pas constamment être synonyme de combat contre le harcèlement sexuel ni contre des comportements qui tendent à rendre cette pratique acceptable.

L'organisation Layla Tov ("Bonne nuit" en hébreu) est née à partir du postulat que toute personne doit pouvoir apprécier la vie nocturne israélienne sans avoir à craindre de se faire agresser sexuellement. Le travail de cette association est un grand pas en avant dans le combat contre un phénomène qui est récemment revenu sur le devant de la scène depuis que de nombreuses actrices ont dénoncé les comportements du magnat américain Harvey Weinstein et depuis les campagnes virales sur les réseaux sociaux qui ont suivi comme #MeToo (#MoiAussi).

Le projet Layla Tov a débuté il y a trois ans de cela quand Gili Ron, fondatrice du mouvement, a publié sur Facebook un post coup de poing intitulé "Danser en pleurant" dans lequel elle relatait le harcèlement sexuel dont elle avait été victime dans une boîte de nuit de Tel Aviv.

Ce post a généré une conversation et, peu de temps après, les membres fondatrices de Layla Tov Gili Ron, Yasmin Wachs, Keren Greenblat, Shira Makin, Shelly Bar Shachar, Yael Elbaz, Gali Piflaks, Silan Dallal, Tamar Gomel et Hagar Shezaf ont convié les gérants de quelques-uns des bars et boîtes de nuit les plus branchés de la ville pour une conversation franche autour du harcèlement sexuel.

"Pour la première fois, il y a eu un dialogue entre des femmes et des figures incontournables de la vie nocturne - des hommes pour la plupart - à propos du harcèlement sexuel et ce que les femmes vivent quand elles sortent", explique Hagar Shezaf.

"Nous ne croyons pas que le harcèlement sexuel puisse être éradiqué. Il sévit partout, et pas uniquement dans les bars et les boîtes de nuits. Mais il est vrai qu'en boîte de nuit, on observe beaucoup de violence et d'autres comportements répréhensibles. C'est un endroit où il est plus simple d'établir ses propres règles, ce que l'on défend ou ce que l'on ne défend pas", poursuit Shezaf.

Layla Tov et les gérants d'établissements de Tel Aviv ont rédigé conjointement un code de bonne conduite qui décrit les démarches à adopter contre le harcèlement sexuel. Cela passe notamment par l'affichage de signes indiquant une tolérance zéro contre le harcèlement sexuel et des formations annuelles destinées au personnel afin de pouvoir identifier les incidents potentiels et les régler.

Courtesy Layla Tov

La mission de Layla Tov et les méthodes qu'elle employe sont identiques à celles de la campagne britannique "Good Night Out" ("Bonne soirée" en anglais). L'organisation fait également partie d'une liste qui ne cesse de s'allonger et qui comprend de nombreux mouvements du monde entier menés par des militants qui œuvrent contre le harcèlement sexuel dans le monde de la nuit et d'autres secteurs.

"En tant que clientes, nous avons le pouvoir. Mais nous nous sommes soudain rendu compte que nous pouvons et devons exiger ces mesures", témoigne Shezaf.

Jonathan Lipitz, patron du Kuli Alma à Tel Aviv, a été l'un des premiers à adhérer au projet Layla Tov.

"Quand je suis sorti de cette réunion, j'étais plein d'admiration pour ces femmes qui ont décidé de prendre les choses en main et pour le courage dont elles font preuve pour faire remonter les problèmes à la surface et créer des connexions. En tant que personne et en tant que patron du Kuli Alma, je me devais de faire partie de ce projet", affirme Lipitz.

Le lancement officiel de Layla Tov a eu lieu au Kuli Alma en 2016 et, après une première campagne de départ couronnée de succès qui a permis de multiplier par deux les 25 000 dollars de collecte de fonds initialement prévus, le groupe est officiellement devenu une organisation à but non-lucratif. Un peu plus tôt cette année, elle a même embauché sa première recrue à temps complet, Yahel Azulay Sharabi, responsable de campagne.

Aujourd'hui, 54 bars et boîtes de nuits sont membres de Layla Tov et l'organisation souhaite se développer en-dehors de Tel Aviv, à Jérusalem, à Haïfa dans le Nord et à Beer Sheva dans le Sud.

Les affichages signés du logo dynamique de Layla Tov, une carte à jouer représentant une dame avec la main levée en signe de désaccord, sont devenus un élément familier du décor dans les bars et les boîtes de nuit les plus tendance de Tel Aviv, notamment le Block, le Kuli Alma, le Radio EPGB, le Teder et le Hoodna Bar, pour ne citer qu'eux.

Shezaf insiste sur le fait que Layla Tov n'a pas vocation à être une unité de police nocturne, ni a réguler la consommation d'alcool et d'autres substances par les clients de ces établissements.

"Layla Tov n'est pas une association qui lutte contre le sexe, la drogue, l'alcool ou le plaisir, bien au contraire. Nous voulons nous amuser, nous avons créé ce mouvement justement pour pouvoir nous amuser. Si je me fais agresser sexuellement, je ne m'amuse pas du tout", précise-t-elle.

Layla Tov veut que les clients des bars et boîtes de nuits se sentent à l'aise pour en parler quand ils sont témoins de harcèlement sexuel ou qu'ils en sont victimes. Et c'est exactement le message que véhicule la dame du logo de l'association, conçu par le créateur israélien Afik Naim.

"Quand on parle de harcèlement sexuel, l'image qui revient le plus souvent est une femme recroquevillée en position fœtale dans un coin. Ce n'est pas très rassurant", constate Shezaf. "Si nous sortons, c'est pour nous amuser, et il était primordial que notre logo soit puissant, coloré et qu'il véhicule une idée de force, pas qu'il accable la victime".

Si vous voyez le logo Layla Tov dans l'un des bars ou boîtes de nuit d'Israël, cela signifie que l'établissement applique une politique de tolérance zéro contre le harcèlement sexuel et que le personnel a suivi une formation pour contrer ce phénomène, que la victime soit un client ou un membre du personnel.

"Nous avons des réunions régulièrement auxquelles tout le personnel et les gérants du Kuli Alma assistent avec des représentants de Layla Tov. Nous organisons des ateliers, nous parlons des lois en vigueur et des expériences que les membres du personnel ont vécues", raconte Lipitz.

"Quand la nuit est terminée, nous ne comptons pas seulement le nombre de clients que nous avons reçus ou l'argent que nous avons récolté. Nous parlons aussi de ces cas. C'est tout le temps à l'ordre du jour, nous ne faisons pas mine de l'oublier", précise-t-il. "Pour nous, ce sujet est comme un muscle et nous devons bien l'entraîner. Si nous ne le faisons pas travailler suffisamment, il ne sera pas actif".

Pour terminer, Shezaf confie qu'elle aimerait que le travail de Layla Tov soit repris par le gouvernement israélien.

"Quand on monte une affaire, on doit obtenir une licence du gouvernement qui fixe certaines conditions, comme l'interdiction de fumer, par exemple. Pourquoi ne pourrait-il pas y avoir dans les conditions d'acquisition de licence une clause de tolérance zéro contre le harcèlement sexuel et un engagement pour des formations annuelles ?", suggère Shezaf.

En attendant que les députés jouent un rôle plus actif pour que ce phénomène prenne encore davantage d'ampleur, Layla Tov continue son travail et multiplie les partenariats avec des militants locaux qui connaissent bien les bars et boîtes de nuits dans de nombreuses villes israéliennes.

Emily Gatt est journaliste pour le site anglais d' i24NEWS.

Commentaires

(4)

Personne ne vous a dit d aller en boîte de nuit. Les personnes malveillantes et autres détraqués sexuelle se retrouvent dans les boîtes de nuit. Donc ne venez pas dire que l on ai embêté en boite.

au sujet des boites de nuit, n’oubliez pas non plus de parler des abus d’alcool, des trafics de drogue, et de la prostitution. Et aussi, demandez aux boites de veuillez à mieux contrôler l’âge des clients. c’est pas normal de laisser entrer des ados de 15 ou 16 ans.

Danser est indispensable pour la jeunesse (et même après). Et quand tu dances, tu transpires ton alcool. L'homme bourré peut devenir un porc. Quoi dire ? Faut se défouler et faut se retenir. Un homme qui n'a pas de retenue doit être exfiltré, expulsé. Ça demande des videurs rapides et intelligents. Ça demande aussi des potes qui vont convaincre leur copain bourré à dessoûler dehors. Au lieu de cela, on voit plutôt des bagarres que des attitudes adultes. La retenue et la Rhorhma sont devenues denrées très rares.

Pour ma part, je ne vais JAMAIS dans les boîtes de nuit. La musique y est effroyable, du moins à mes oreilles ( je suis musicien et 1er prix de conservatoire), certains s’y amusent; pas moi. À supposer qu’on puisse y entendre de la conversation ; c’est d’une médiocrité affligeante. Tout ce que la société compte de faiblards en tous genre vient d’y concentrer. Grand bien leur fasse ! Je sais que mon attitude peut être prise pour de l’intolérance mais je trouve déprimante l’idée que des gens affirment s’amuser en allant dans des bars ou dans des boîtes de nuit. Triste époque...suivisme, moutonisme , fashion victimes.

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