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Tel Aviv et la communauté LGBT célèbrent 20 ans de fierté

Deux participants à la 20ème Gay Pride de Tel Aviv, vendredi 8 juin 2018
Laura Jeanneau / i24NEWS

Les organisateurs de l’événement ont annoncé des chiffres de participation records… et pour cause: la Gay Pride de Tel Aviv fête cette année ses 20 ans! Des festivités qui coïncident avec le 10ème anniversaire du centre municipal LGBT de la ville blanche ainsi qu’avec les 70 ans de l’Etat d’Israël.

Le début des festivités avait été annoncé pour 10h00. Sur le verdoyant boulevard Ben Tsion, situé en plein centre de la ville, avant même cet horaire, de nombreuses associations avaient déjà installé leurs stands. Une grande estrade a été montée, elle servira de scène aux activistes et politiques qui doivent prendre la parole un peu plus tard. Le public a lui aussi répondu présent, en nombre.

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Dans l’une des rues fermées pour l’occasion, Shlomo attache son vélo. Né en Israël dans les années 50, il participe à la Gay Pride de Tel Aviv depuis son début, malgré le fait qu’il ne fasse pas partie de la communauté LGBT. "Je ne suis pas homosexuel, mais je suis fiers d’eux !", précise le sexagénaire dans sa combinaison de cycliste. "Je me rappelle, les premières années de la parade, c’était très différent. Les gens étaient beaucoup moins à l’aise, on voyait des couples gays qui osaient à peine se tenir la main", précise-t-il.

Les 250.000 participants à la parade annoncés par la police israélienne en milieu de matinée pourront en être témoins, la situation a bien changé. Chaleureuses accolades, embrassades et chorégraphies torrides sont des incontournables des défilés homosexuels contemporains.

Dans les rues de Tel Aviv ce vendredi matin, personne ne semble rien avoir à cacher. Que ce soit sur des t-shirts, des casquettes, à l’aide de pins ou encore d’autocollants, chacun revendique son appartenance à une communauté.

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Elisha Alexander est un Israélien transgenre, activiste au sein de l’organisation Ma’avarim (‘Passages’ en français). Il est né femme et a choisi de changer de sexe, il y a 10 ans.

Malgré son jeune âge, il se rappelle qu’il n’y a ne serait-ce que quelques années, faire partie de la communauté transgenre n’était pas si simple. "Aujourd’hui on parle librement de ce sujet, mais il n’y a pas si longtemps, les gens connaissaient à peine le mot ‘transgenre’", précise Elisha.

Il indique que jusqu’en 2012, le fait de vouloir changer de sexe était considéré comme une maladie mentale par l’Etat hébreu: "Je connais des gens qui ont été envoyés en prison pour ça", confie l’activiste de Ma’avarim. A l’époque, le tabou autour du transgenrisme "entraînait des difficultés d’accès aux médicaments tels que les hormones" nécessaires à une ‘transformation’, ajoute-t-il.

Assis sur un banc, Yoram et Gideon contemplent les incessants va-et-vient qui animent le boulevard Ben Tsion. Ces frères, habitants de la ville blanche racontent avoir "près de 130 ans à eux deux". Hétérosexuels, ils se souviennent toutefois que pendant leur jeunesse, faire partie de la communauté LGBT n’était pas si simple, "ça a pris du temps", raconte le cadet. "Aujourd’hui, l’Etat ou la municipalité de Tel Aviv par exemple, s’investissent auprès des personnes homosexuelles, mais avant, les gens vivaient leur situation comme une honte", confie Gideon.

Yoram se rappelle quant à lui d’un voisin, marié avec une femme et des enfants, "qui a disparu du jour au lendemain". "Il s’est enfui pour San Francisco", ville américaine où la communauté homosexuelle est particulièrement présente. "Visiblement, son secret était devenu trop lourd à porter en Israël", précise le sexagénaire.

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Avi Soffer fait partie des doyens des activistes pour les droits des communautés LGBT en Israël. Microphone en main, il s’agite et fait passer un message aux plus jeunes: "Beit Dror est là pour vous !" ; ce centre d’accueil est le seul du pays à proposer un refuge aux adolescents homosexuels se trouvant dans une situation à risque, par exemple en cas de renvoi du domicile familial suite à l’annonce de leur orientation sexuelle. S’il le concède, "la situation de la communauté LGBT aujourd’hui est incomparable avec celle d’il y a 20 ans", Avi Soffer reste critique sur le sujet. "Peu importe la hauteur que vous atteignez, il faut toujours regarder en bas et se dire ‘d’où est-ce que je viens ?’, car tout n’a pas toujours été aussi idyllique".

L’activiste précise qu’il reste encore beaucoup à faire dans un pays qui montre régulièrement le visage du conservatisme, et les propos d’Amit et Yarden, deux jeunes sœurs homosexuelles, font échos à son discours. "Aujourd’hui à Tel Aviv on peut être nous-même mais chez nous, c’est différent", précisent ces Israéliennes de 20 et 16 ans qui habitent à deux heures de route de la ville blanche, dans la vallée du Jourdain. "On est venues ici car on estime que certaines choses doivent changer, par exemple le droit à l’adoption par les couples homosexuels ou le mariage de deux personnes du même sexe", précise l’aînée.

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Selon un récent sondage effectué par la chaîne israélienne Hadashot, 58% des Israéliens interrogés sont d’ailleurs en faveur du mariage gay. Les sympathisants du Likoud de Benyamin Netanyahou le sont aussi, avec 55% de réponse en faveur du 'oui' au mariage homosexuel. A noter toutefois, la majorité des partisans - plus conservateurs - du parti Le Foyer Juif (HaBayit HaYehoudi) est elle contre l’union de deux personnes du même sexe à 47%.

Des résultats qui donnent de l’espoir aux activistes rassemblés à Tel Aviv ce vendredi mais qui montrent également qu’en Israël, pour le moment, rien n'est acquis...

Laura Jeanneau est journaliste pour le site d'i24NEWS en français.

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