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Israël: les quartiers ultra-orthodoxes en effervescence à l'approche de Souccot

Des Juifs ultra-orthodoxes de Bnei Brak, à l'approche de la fête de Souccot
Laura Jeanneau

À la vue des va-et-vient incessants, de l’agitation des badauds et des rues noires de monde, difficile d’imaginer que la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak ait pu être enveloppée, la veille encore, par le silence solennel de Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon juif.

Mercredi soir, après 25 heures de jeûne et de repentance, les familles religieuses de la ville se sont directement attelées à la réalisation d’un nouveau commandement divin, lié cette fois à Souccot, "la Fête des Cabanes".

"Chaque Juif a le devoir de construire sa propre soucca (cabane)", raconte Haïm, 40 ans, qui habite Bnei Brak avec sa femme et ses cinq enfants.

"Si l’on n’a pas de place chez soi, on peut installer la cabane dans un jardin, sur une place de parking ou même dans la rue", ajoute le père de famille.

À Bnei Brak, certains ont d’ailleurs poussé les murs, accolant çà et là des échafauds à leurs appartements pour pouvoir accomplir le commandement ordonnant aux Juifs de construire une soucca.

Pendant sept jours, cette construction temporaire qui commémore l’exode des Hébreux ne devra plus bouger. Les hommes pratiquants y prendront tous leurs repas, certains y passeront même leurs nuits.

Laura Jeanneau

En souvenir des conditions spartiates dans lesquelles ont vécu leurs ancêtres pendant leur errance, les Juifs ont le devoir de bâtir leur soucca d’une façon modeste ; le toit, par exemple, sera constitué uniquement de matériaux organiques.

"Mercredi soir nous avons commencé à installer la cabane sur un balcon que nous utilisons tout spécialement pour la fête. Nous avons accroché des décorations et des dessins que les enfants ont faits à l’école", raconte Haïm.

Un rabbin très à la mode cette année

Que ce soit à l’entrée d’une boulangerie, sur un terrain vague ou à un coin de rue, à Bnei Brak les apprentis vendeurs ont installé leurs échoppes un peu partout dans la ville, y proposant différents produits relatifs à la fête de Souccot. Parmi ces derniers, de nombreuses décorations qui seront accrochées dans les cabanes.

"Qu’est-ce qui te ferait plaisir ?", demande un homme religieux à sa petite fille. L’enfant choisit une longue décoration colorée qui coûtera à son père 15 shekels (3€60).

"Certaines familles dépensent beaucoup plus, y compris celles qui ont peu d’argent", précise la teneuse de l’échoppe, qui s’installe au même endroit depuis 24 ans.

Il faut dire qu’un autre commandement relatif à la Fête des Cabanes ordonne aux Juifs de "rendre la soucca agréable", notamment en la décorant.

"Cette année à Bnei Brak ce sont les photos du rabbin Shteinman qui sont très demandées!", indique la vendeuse. "C’était un sage très respecté qui est décédé l’an dernier. Tout le monde veut une photo de lui dans sa soucca!", précise cette habitante de Bnei Brak.

Laura Jeanneau

Un "citron" qui vaut de l’or

Après la construction de la soucca et sa décoration achevée, les Juifs observants doivent encore s’atteler à remplir une autre mission: celle de se procurer quatre espèces végétales - une branche de palmier, le loulav, deux de saule, les aravot, trois de myrte, les hadassim, et un cédrat, appelé etrog en hébreu – qu’ils utiliseront pour effectuer les bénédictions relatives à la fête.

A l’occasion de Souccot, Kobi, 23 ans, a quitté les bancs de sa yeshiva (école talmudique) pour se lancer dans la vente de ces arba’at haminim (quatre espèces). "Monsieur, vous avez acheté votre etrog pour la fête ? Et le loulav ?", demande le jeune homme alors que les hommes en redingotes vont et viennent dans les rues de Bnei Brak.

Laura Jeanneau

Chapeau sur la tête, un ultra-orthodoxe vêtu d’un costume noir et d’une chemise blanche s’arrête devant le stand du jeune vendeur. Une petite loupe à la main, il se saisi d’un cédrat, qu’il vérifie sous toutes les coutures, et pour cause: ce fruit jaune odorant est la pièce maîtresse des arba’at haminim.

"La valeur de l’etrog varie selon sa couleur, sa forme et son unicité. Le prix peut parfois s’élever à plusieurs milliers de shekels", confie Kobi.

Arieh, 12 ans, qui écoute la conversation avec curiosité, ajoute: "A la maison, mon père, mes frères et moi, nous avons déjà nos etrogs et nos loulav. Les filles n’ont pas l’obligation d’en posséder, alors on leur prêtera les nôtres".

"J’achèterai mes aravot dimanche après-midi, quelques heures avant le début de la fête, comme ça elles seront belles et fraîches pour Souccot", ajoute l’enfant, l’air malicieux.

Cette année, la Fête des Cabanes commencera le 23 septembre au soir et se déroulera pendant sept jours.

Laura Jeanneau est journaliste pour le site d'i24NEWS en français

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