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SACH, l’organisation israélienne qui soigne le coeur des enfants, au delà des frontières

Un médecin de l'organisation israélienne SACH, au chevet d'une petite patiente gazaouïe
Save A Child's Heart

"Mon frère, ça fait plaisir de te voir! Viens ici que je te prenne dans mes bras!". Sourire aux lèvres, le docteur Bashir Abujarad presse le pas vers son confrère, Akiva Tamir. Tous deux cardiologues spécialisés en pédiatrie. Les praticiens se saluent chaleureusement.

La scène, qui se déroule dans un couloir du Centre Médical Wolfson de Holon (situé en banlieue de Tel Aviv), pourrait paraître banale. Pourtant, pour qu’elle puisse avoir lieu, Bashir vient d’effectuer plusieurs longues heures de route, passer des points de contrôle et dû montrer ses papiers à plusieurs reprises. Car il est Palestinien, et habite à Gaza. Akiva, lui, est Israélien.

"Depuis 20 ans, nous travaillons en excellente coopération", raconte le cardiologue arabe, qui fait partie de l’équipe médicale de l’organisation Save A Child's Heart (SACH), en français "Sauver le cœur d’un enfant", à i24NEWS.

Laura Jeanneau

Fondée en 1995 par le docteur Amram Cohen, l’ONG a pour but "de guérir les cœurs, quelle que soit la race, la religion, le genre ou la nationalité" des petits patients. "En 23 ans, environ 5.000 enfants ont été opérés et soignés", raconte le docteur Tamir, volontaire au sein de l’organisation depuis ses débuts.

Près de 50% des malades sont Palestiniens. Ils viennent de villes telles que Hebron, Naplouse, Ramallah ou encore Gaza, épicentres du conflit israélo-palestinien. Sur place, des affrontements violents entre la population locale et l’armée de l’Etat hébreu ont régulièrement lieu.

Les équipes de SACH tentent autant que possible de faire abstraction de ces tensions, inévitablement créées par la situation. "Je me rappelle d’un jour où un bus d'enfants israéliens a été attaqué [par des terroristes palestiniens, NDLR]. Dans ces cas là, bien sûr, en tant que patriotes, la situation est difficile. Mais on est une équipe médicale avant tout", affirme le docteur Akiva Tamir.

"Ici, on ne fait pas de politique", poursuit Tamar Shapira. "Tous les médecins sont là pour la même chose: soigner les enfants", précise la directrice des relations publiques et internationales de Save A Child’s Heart. "Lorsqu'il y avait la guerre avec Gaza et que l’on entendait les sirènes d’alerte en Israël, nous avons continué à prodiguer des soins aux enfants, exactement comme d’habitude", ajoute Tamar.

"Ces enfants font face à la mort"

Des soins, pour guérir, mais aussi sauver.

"La chirurgie cardiaque n’est pas très avancée à Gaza", explique le docteur Bashir Abujarad. "En ce moment, les conditions dans lesquelles les gens vivent sont très mauvaises: 80% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté", explique le médecin. "Ces enfants font face à la mort, si Save A Child’s Heart n’était pas là, ils mourraient", indique le cardiologue pédiatrique avec franchise.

Laura Jeanneau

Dans les couloirs de l’hôpital Wolfson, deux Palestiniennes aux voiles colorés attendent calmement d’être appelées par le docteur Akiva Tamir. A leurs pieds, un couffin. "A la naissance de ma petite fille, les médecins lui ont diagnostiqué un problème. Elle a subit une opération et on a découvert qu’elle avait un problème au cœur. Notre docteur à Ramallah nous a dit de nous tourner vers SACH", explique timidement la jeune maman.

De façon à obtenir des soins adaptés pour la petite, tôt dans la matinée, Sal-Sabir et sa mère ont quitté leur ville palestinienne pour se rendre en Israël: une première pour les deux femmes. "La petite n’avait pas d’autorisation, ça a pris beaucoup de temps, il a fallu subir des fouilles", racontent-elles à i24NEWS.

Dans quelques minutes, elles feront face à un docteur israélien. Un homme, Juif, qui ne parle pas leur langue. Sont-elles angoissées? Les deux femmes secouent vivement la tête, montrant l’enfant endormie: "Peu importe que le médecin soit israélien ou palestinien, le plus important c’est mon bébé", indique Sal-Sabir.

Laura Jeanneau

"Notre culture et la leur se ressemblent", explique le docteur Akiva Tamir. "Comme les Israéliens, les Palestiniens sont des gens chaleureux et généreux. Et ils aiment leurs enfants", poursuit le cardiologue pédiatrique.

"Les familles qui se rendent ici viennent avec de l’espoir", explique Fatma, qui s’occupe de la coordination entre les familles palestiniennes et SACH. "Ici, elles font face à un autre monde. Elles sont en contact avec des Israéliens, mais aussi avec des mères de familles venues de l’étranger. Les retours sont très positifs", explique la jeune femme

Se sentir à la maison, loin de chez soi

Car si les Palestiniens ont la possibilité de quitter leur ville de résidence et d’y retourner en l’espace d’une seule journée, d’autres familles, venues de beaucoup plus loin, n’ont pas cette chance.

"Les enfants restent en Israël entre deux et trois mois, le temps de l’opération, puis du suivi", explique Tamar Shapira.

Les plus jeunes viennent avec un parent, pour lequel le voyage, l’hébergement et la nourriture sont totalement pris en charge par SACH, ce qui représente un budget colossal. De façon à soigner un maximum d’enfants malades, les patients de plus de 6 ans voyagent eux en groupe, avec une infirmière parlant leur langue, mais sans leur famille…

Pour eux, Save A Child’s Heart a ouvert "La Maison des Enfants". Un lieu convivial qui dispose d’un grand jardin et où l’organisation propose de nombreuses activités aux jeunes patients. "Nous avons beaucoup de volontaires, qui résident ici, ou viennent de façon temporaire", explique Iris, qui s’occupe de leur coordination. "Ils jouent avec eux, font de la musique, des collages… Le but est de mettre un sourire sur chaque visage", explique la jeune femme à i24NEWS.

Laura Jeanneau

Hélène Kaminsky fait partie de ceux qui donnent de leur temps libre au sein de l'organisation Save A Child's Heart. "Pour eux, je suis comme une mamie. Je leur parle en anglais et ils me répondent en swahili", plaisante cette élégante retraitée de 79 ans. "Il y a des enfants malades qui arrivent en tenant à peine debout et qui repartent en sautant partout, en bonne santé", raconte cette franco-israélienne, "cela apporte beaucoup de satisfaction", ajoute-t-elle

"Avec certains d’entre eux, on reste en contact. Je veux savoir ce qu’ils deviennent… J’ai déjà reçu des lettres d’enfants qui me disaient 'Save a Child’s Heart' m’a sauvé la vie", explique Hélène, émue. "Un jour, j’ai offert un petit réveil à un jeune garçon. Avant de partir il m’a dit, 'A chaque fois que je regarderai l’heure, je penserai à toi'".

Si comme Hélène, vous voulez vous agir pour les enfants de SACH, l’organisation recherche régulièrement des volontaires. Il est également possible de faire un don en cliquant ici.

Laura Jeanneau est journaliste pour le site d’i24NEWS en français

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