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"Et toi, où étais-tu quand on a tué Rabin ?", les Israéliens témoignent, 23 ans après

Noa Rotman, the granddaughter of the late Israeli Prime Minister Yitzak Rabin, speaks during a ceremony in his memory
GALI TIBBON / AFP

Samedi 4 novembre 1995, Tel-Aviv. La place des Rois d’Israël est noire de monde. Côte à côte, près de 100.000 Israéliens sont réunis pour manifester leur soutien aux accords d’Oslo, et à la paix. Devant eux, sur une grande estrade, leur Premier ministre, Yitzhak Rabin.

"Permettez-moi tout d'abord, de vous dire quelle émotion m'étreint en cet instant. Je souhaite remercier chacun d'entre vous, qui êtes venus ici manifester contre la violence, et pour la paix", confie l’homme politique devant les citoyens israéliens.

A 21h30, le rassemblement prend fin sur une note optimiste avec la chanson "Shir LaShalom", "Chant pour la paix". "Chantez une chanson qui prône l’amour et pas les guerres", s’égosille la foule. Yitzhak Rabin, concentré sur la feuille A4 où sont inscrits les paroles du morceau, joint sa voix à celle du public.

Après la dernière note, il quitte l’estrade. En l’espace de quelques secondes, tout bascule. Alors qu’il s’apprête à rejoindre son véhicule, Yitzhak Rabin est touché de plusieurs balles dans le dos. Yigal Amir, un Juif israélien, religieux d’extrême droite, vient d’activer la gâchette de son Beretta Cheetah à trois reprises.

"J’étais au cinéma, en train de regarder un film avec un ami", se souvient Jeizy, 68 ans. "Lors de l’entracte, l’un des membres du personnel nous a dit 'On a tiré sur Rabin!'". "Je n’ai pas été étonné", explique l’Israélien, qui décrit le climat explosif qui règne alors dans le pays.

"Il y avait beaucoup d’incitation à la haine", explique Jessica Tulchin, ancienne guide au sein du Centre Rabin de Tel-Aviv, dédié à la mémoire du Premier ministre israélien. Dans l’Etat hébreu, la signature des accords d’Oslo vient de scinder la société en deux. Ceux qui sont contre critiquent violemment Rabin. "On a vu des portraits du Premier ministre, grimé en nazi allemand, apparaître dans les manifestations. Une limite a alors été franchie", estime Jessica.

AP Photo/Nati Harnik

Le 4 novembre 1995 au soir, Tzipi et Doron étaient eux dans leur voiture, sur la route pour rejoindre leur domicile. "On écoutait la radio et on a entendu que Rabin avait été touché par balle. Ça été un choc terrible", explique ce couple de septuagénaire. "On a tout de suite su que quelque chose de grave venait de se passer, vue la cadence des informations que l’on recevait". "Lorsque l’on est arrivés chez nous, on a commencé à recevoir des coups de fil de nos amis. Tout le monde cherchait à savoir ce qu’il s’était passé, si quelqu'un était sur place…", continuent Tzipi et Doron, qui habitent aujourd’hui dans le centre d’Israël.

Rapidement transporté à l’hôpital Ichilov de Tel-Aviv, Yitzhak Rabin ne survivra pas. A 23h15, le chef du cabinet du Premier ministre israélien annonce son décès, devant les portes de l’établissement médical.

Tout juste quelques heures plus tôt, dans son discours, Rabin avait déclaré: "Ce gouvernement, dont j'ai l'honneur et le privilège d'être le Premier ministre, aux côtés de mon ami M. Shimon Peres, a décidé de donner sa chance à la paix - une paix à même de pallier à l'essentiel des problèmes de l'État d'Israël. J'ai servi dans l'armée pendant 27 ans. J'ai combattu tant qu'aucune chance ne semblait réservée à la paix. J'ai la conviction aujourd'hui que la paix a ses chances, de grandes chances. Il nous faut tirer parti de cette chance unique, au nom de ceux qui sont ici présents, et au nom de ceux qui sont absents - et ils sont très nombreux".

"Où étais-tu quand on a tué Rabin ?"

"Et toi, où étais-tu le 4 novembre 1995 ?". Cette question, tous les Israéliens en âge de l’entendre, y ont un jour répondu. Où étais-tu, quand on a tué Rabin ?

"Lorsque je suis sorti de la salle de cinéma après la deuxième partie du film, on m’a annoncé que le Premier ministre était mort. Ça a a été un choc indescriptible. Pour moi, on venait de tuer la démocratie israélienne", explique Jeizy.

J.DAVID AKE (AFP/Archives)

"Nous étions devant la télévision", racontent Tsvi et Carmela, couple de retraités de 70 et 74 ans. Eux aussi parlent de "choc". "Cet événement est le traumatisme de ma vie", explique l’homme.

En 1995, Noah avait 22 ans. Elle aussi était face au petit écran le soir du 4 novembre. "Ça a été un choc. On a vécu quelque chose qui ne s’était jamais passé, en Israël, un Juif venait de tuer un autre Juif!", raconte la mère de famille, habitante de Raanana.

"J’avais 16 ans à l’époque. J’étais chez moi, et je regardais le rassemblement lorsque cela s’est produit", se rappelle quant à elle Ofir. "Cet épisode a été un événement très triste, nous avons beaucoup pleuré", poursuit la jeune femme. "A ce moment là, quelque chose à été brisé", précise cette habitante d'un kibboutz situé près de Netanya.

Dorit, 44 ans, rejoint ses propos. "Lorsque Rabin a été tué, on a perdu espoir, on s’est dit que la paix n’arriverait plus", se rappelle cette mère de trois enfants. Engagée auprès de Women Wage Peace, l’organisation des Femmes pour la Paix, elle conclut toutefois: "Grâce à l’association, qui rassemble des Israéliennes, des Palestiniennes, de gauche, du centre, de droite, des religieuses et des laïques, aujourd'hui j’ai de nouveau envie d’y croire".

Laura Jeanneau est journaliste pour le site d’i24NEWS en français

Commentaires

(1)

Le problème est que les pacifistes dans ce pays ne se font plus entendre. Ce sont les extrémistes qui sont aux manettes. Vivement la paix dans cette région

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