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Nazareth Illit veut se distinguer de sa voisine arabe du nom de... Nazareth

A view of Nazareth Illit
Lyanna Crack/Wikimedia Commons

Pour le maire Ronen Plot, 2018 pourrait bien être la dernière année où il recevra des bouquets de fleurs à Noël dans son bureau de la mairie de Nazareth Illit.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Le maire de Nazareth Illit (également appelée "Haute-Nazareth"), la plus grande ville juive de Galilée, ne sera pas déçu de ne plus recevoir les cadeaux de Noël qui lui sont adressés chaque année par erreur au lieu d’arriver dans le bureau du maire de la ville voisine bien plus connue: Nazareth.

Le fait que les deux villes aient le même nom porte à confusion depuis de très nombreuses années. Même le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a récemment dit "Nazareth" alors qu’il parlait de "Nazareth Illit".

L’ancien Premier ministre David Ben Gurion, le patriarche de Nazareth Illit, l’appelait "Nazareth" pour ignorer volontairement l’existence de la Nazareth arabe.

Il y a deux mois de cela, M. Plot a décidé de mettre fin à des années de confusion et a demandé aux habitants de sa ville de proposer des noms alternatifs pour Nazareth Illit.

Sur les 200 suggestions reçues, cinq propositions ont été retenues parmi lesquelles "Qiryat Hagalil (la ville de Galilée)" et "Vue de la Galilée".

Le nouveau nom n’a pas encore été désigné.

L’histoire de ces deux villes fait partie de celle de l’Etat d’Israël. Nazareth, la cité de la chrétienté où l’archange Gabriel a annoncé à la vierge Marie qu’elle mettrait Jésus au monde, est très célèbre.

AP Photo/Ariel Schalit, File

Au fil des décennies, Nazareth, la plus grande ville arabe d’Israël, a beaucoup changé. De nombreux habitants chrétiens l'ont quittée pour des raisons économiques, sociales ou politiques.

Aujourd’hui, 70% de ses habitants sont musulmans et préservent la nature et les traditions de cet endroit sacré pour des centaines de millions de Chrétiens dans le monde entier, même si des affrontements éclatent parfois entre les deux communautés.

Dans les années 50, juste après la déclaration de l’Etat d’Israël en 1948, des inquiétudes concernant le caractère arabe de la région Nord où se trouve Nazareth ont commencé à poindre.

C’est en réponse à cette problématique que Nazareth Illit a été conçue à cette période: afin de préserver le caractère juif de la Galilée. En 1957, les premiers habitants se sont installés dans cette nouvelle commune surplombant Nazareth.

En 1958, la ville reçut officiellement le nom de Nazareth Illit et c’est à ce moment-là que les problèmes commencèrent. Le fait que les deux villes portent le même nom et qu’elles soient voisines l’une de l’autre rendait la distinction entre les deux Nazareth compliquée.

Mais le problème allait au-delà de la simple confusion. Le premier Premier ministre David Ben Gurion prenait très au sérieux le rôle et l’avenir de Nazareth Illit dans le processus de "judaïsation" de la Galilée et la tentative de créer une majorité juive dans le Nord du pays.

Dans une lettre adressée aux responsables municipaux, il écrivait que "le développement rapide et constant de Nazareth Illit est pour moi une mission d’importance prioritaire pour les prochaines années".

AP Photo/Elizabeth Dalziel

Dans une autre missive adressée en 1962 à l’Agence juive, il exigeait que le développement de la ville soit accéléré. Il donnait l’ordre de former un conseil municipal séparé, "sûrement pas une ville mixte juive-arabe".

Son objectif était de bâtir une implantation juive pour prendre le dessus sur Nazareth, aussi bien en termes du nombre d’habitants que d'un point de vue politique, et ce afin d’asseoir la souveraineté juive.

La ville s’est en effet développée, mais pas exactement comme Ben Gurion l’avait prévu.

Le premier grand changement fut démographique avec une importante arrivée de migrants en provenance de l’ex-Union soviétique. Les nouveaux arrivants bénéficièrent de logements à prix abordables mais les offres d’emplois étaient rares, tout comme les infrastructures existantes pour commencer une nouvelle vie. Les plus jeunes et les plus forts quittèrent la ville dès qu’ils le purent.

Pendant ce temps, à Nazareth, le terrain manquant pour l’expansion de la ville et les infrastructures médiocres poussèrent les Arabes de la classe moyenne et leurs familles à partir pour Nazareth Illit vers les emplois qu’elle proposait et ses habitations à bas prix.

Finalement, Nazareth Illit est devenue une ville mixte, très loin de la vision et des mesures officielles de Ben Gurion. En termes de démographie, la ville juive est clairement désavantagée et ne peut pas rivaliser avec les 80 000 habitants de la ville arabe. Nazareth Illit ne compte en effet que 41 000 habitants et qui plus est, 25% d’entre eux sont des citoyens arabes.

Aujourd’hui en 2018, le changement du nom de la ville n’a pas uniquement pour but de mettre fin aux confusions, cela va bien plus loin. Le maire Ronen Plot a pour ambition de changer totalement l’image de sa ville en repartant de zéro.

"Nazareth Illit a lancé le processus de changement de nom afin de pouvoir se distinguer de la ville voisine, d’avoir sa propre identité et de mettre ainsi un terme définitif à la confusion publique", a annoncé le conseil municipal.

Alors si vous prévoyez de vous rendre à Nazareth Illit, vérifiez bien le nom dans votre GPS…

Lily Galili est journaliste et analyste de la société israélienne. Elle a cosigné un livre, "Le million qui a changé le Moyen-Orient" sur l’immigration d’ex-URSS vers Israël, son domaine de spécialisation.

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