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Près de deux millions d'Israéliens sous le seuil de pauvreté, dont 880 000 enfants
Israël se classe au deuxième rang des pays de l'OCDE en terme de pauvreté infantile


Le rapport sur la pauvreté pour l’année 2026, publié vendredi par l’Institut national d’assurance (Bitouah Leumi), dresse un constat alarmant de la situation sociale en Israël. Environ deux millions de personnes vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, parmi lesquelles près de 880 000 enfants et plus de 150 000 personnes âgées.
Selon le rapport, le seuil de pauvreté mensuel est fixé à 3 547 shekels (960 euros) pour une personne seule, 7 095 shekels (1 900 euros) pour un couple, et 13 303 shekels (3 600 euros) pour un couple avec trois enfants. La pauvreté infantile continue de progresser : la proportion d’enfants pauvres est passée de 27,6 % à 28 % en un an, tandis qu’environ un million d’enfants souffrent d’insécurité alimentaire pour des raisons économiques.
À l’échelle internationale, Israël se classe au deuxième rang des pays de l’OCDE pour le taux de pauvreté des enfants, juste derrière le Costa Rica. Cette situation contraste avec un niveau de dépenses publiques de protection sociale relativement faible, représentant 16,7 % du PIB, bien en deçà de la moyenne de l’OCDE.
Les disparités restent particulièrement marquées selon les communautés. Les ménages arabes et juifs orthodoxes affichent les taux de pauvreté les plus élevés : 37,6 % des foyers arabes et 32,8 % des foyers orthodoxes vivent sous le seuil de pauvreté. À elles seules, ces deux populations concentrent plus de 65 % des personnes pauvres en Israël.
Le rapport souligne également l’impact économique de la guerre en cours. Les familles avec enfants figurent parmi les plus touchées, en raison des absences prolongées liées au service de réserve, des évacuations, des licenciements et des difficultés rencontrées par les petites entreprises.
Les responsables d’organisations caritatives estiment que la réalité sur le terrain est encore plus grave que ne le suggèrent les chiffres officiels. Pour Eran Weintraub, directeur général de l’ONG Latet, le rapport reflète une aggravation structurelle de la pauvreté, sans intégrer pleinement les effets cumulés de la guerre et de la hausse du coût de la vie. Il souligne que le seuil de pauvreté officiel repose uniquement sur les revenus, sans tenir compte des dépenses indispensables à une vie décente, et appelle à la mise en place d’un plan national de lutte contre la pauvreté et les inégalités.
Même constat du côté d’Eli Cohen, directeur général de l’association Pithon Lev, qui qualifie ce document de « rapport sur la pauvreté le plus grave de l’histoire d’Israël ». Il met en garde contre les hausses prévues de la TVA et du prix des médicaments sur ordonnance dans le budget 2026, susceptibles selon lui d’aggraver encore la situation des populations les plus vulnérables. Il rappelle enfin que la loi créant une Autorité nationale de lutte contre la pauvreté a été adoptée par la précédente Knesset, mais que cette instance n’a toujours pas vu le jour, constituant, selon lui, un retard critique face à l’ampleur de la crise sociale.