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Santé mentale : trois ans après le 7-Octobre, un Israélien sur cinq peine encore à reprendre une vie normale
Chez les 18-35 ans, 32 % font état d’une altération de leur fonctionnement, contre environ 20 % dans l’ensemble de l’échantillon


Trois ans après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, environ un Israélien sur cinq déclare toujours une grave altération de son fonctionnement quotidien liée à des problèmes de santé mentale. C’est ce que révèle une étude publiée ce dimanche par le Baromètre national de la santé mentale, un projet mené par l’Institut de recherche de Clalit Health Services, le Joint (Comité de distribution conjoint juif américain) et l’Institut Myers-JDC-Brookdale, à Jérusalem. Ses résultats reposent sur un échantillon représentatif de la population, actualisé jusqu’en mai 2026.
Les femmes déclarent davantage de difficultés que les hommes. Chez les 18-35 ans, 32 % font état d’une altération de leur fonctionnement, contre environ 20 % dans l’ensemble de l’échantillon. Environ un tiers des femmes de moins de 35 ans dépassent par ailleurs le seuil clinique pour l’anxiété, la dépression ou le stress post-traumatique, des taux inférieurs étant observés chez les femmes plus âgées et chez les hommes.
L’étude a examiné cinq dimensions : la vie à la maison, le travail ou les études, les loisirs seul ou en groupe, et les relations proches. Les personnes interrogées disent continuer à travailler et à s’occuper de leur foyer, mais 50 % indiquent que leurs loisirs ont été affectés et 35 % peinent à nouer ou à entretenir des liens étroits.
Environ 15 % des répondants relèvent du plus haut niveau d’exposition personnelle : ils étaient présents le 7 octobre ou ont perdu ou vu blessé un proche lors des combats qui ont suivi. Les chercheurs jugent ce niveau « dramatique » et inédit au regard d’autres traumatismes nationaux. Après les attentats du 11-Septembre aux États-Unis, la part de la population directement exposée était d’environ 4 %.
« Les données démontrent une fois de plus le caractère inédit du 7 octobre à l’échelle mondiale », a souligné le professeur Ran Balicer, directeur général adjoint de Clalit, en évoquant l’exposition directe, mais aussi indirecte, par le biais de vidéos et de contenus médiatiques choquants. L’étude établit d’ailleurs une association forte entre la consommation de ces contenus et les symptômes de stress post-traumatique, d’anxiété et de dépression. Elle ne démontre pas de lien de causalité, mais ses auteurs en tirent la recommandation d’éviter, autant que possible, toute exposition inutile à ces images.
Environ un tiers des Israéliens ont dépassé le seuil clinique pour au moins l’un de ces trois troubles pendant la période observée. Environ la moitié de ceux qui présentaient des symptômes d’anxiété sont revenus à un niveau normal, contre seulement 38 % pour le stress post-traumatique. Plus de 60 % des personnes ayant montré des symptômes importants de stress post-traumatique en souffrent encore de façon substantielle et chronique.
Un tiers de la population dit avoir besoin d’un traitement, mais la moitié d’entre eux n’en ont pas cherché. Parmi eux, 23 % préfèrent gérer seuls leur situation et 17 % ne sont pas intéressés par l’offre de soins du système de santé.
Selon l’étude, 66 % des personnes interrogées estiment bénéficier d’un soutien familial important et 39 % d’un soutien communautaire, tandis que 31 % n’en ont ni l’un ni l’autre. Ce sentiment d’être entouré est associé à une meilleure résilience et à moins de détresse. À l’inverse, ceux qui s’estiment insuffisamment soutenus courent un risque accru de détresse et de troubles du fonctionnement. Pour faire face, la moitié des répondants citent le soutien de leurs proches, et environ 40 % les loisirs, le sport et la routine.
« Comme nous l’avions prévu, la majeure partie de la population se rétablit », a relevé Hadar Samuel, chercheuse à l’Institut Myers-JDC-Brookdale, tout en soulignant l’existence d’un « noyau important de personnes qui continuent de lutter ». La réponse, a-t-elle plaidé, ne peut reposer uniquement sur le système de santé mentale : en plus d’élargir l’offre de soins, renforcer les liens familiaux, communautaires et sociaux pourrait aider la population à surmonter les séquelles de la guerre.