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Une étude israélienne montre que la lumière artificielle perturbe le sommeil des poissons de récif


Les chercheurs rappellent que près de 22 % des zones côtières mondiales et 35 % des aires marines protégées sont déjà touchées par la pollution lumineuse nocturne

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Illustration - Le récif corallien d'Eilat, dans le sud d'Israël
Illustration - Le récif corallien d'Eilat, dans le sud d'IsraëlNoam Revkin Fenton/Flash90

La pollution lumineuse ne perturbe pas seulement les humains : elle affecte aussi profondément la vie marine. C'est la conclusion d'une nouvelle étude menée par des chercheurs de Université Bar-Ilan, qui montre que l'éclairage artificiel nocturne provenant des villes, des ports, des routes ou encore des hôtels modifie le comportement des poissons de récif et pourrait nuire à leur santé cérébrale.

Publiée dans la revue scientifique Current Biology, l'étude s'est intéressée au poisson-demoiselle bleu-vert (Chromis viridis), une espèce courante des récifs coralliens. Les chercheurs ont combiné vidéos infrarouges, intelligence artificielle, expériences en laboratoire et observations sur les récifs du golfe d'golfe d'Aqaba, à Eilat, afin d'analyser les effets de la lumière artificielle sur son sommeil.

Les résultats montrent que même une faible intensité lumineuse suffit à bouleverser les habitudes naturelles de ces poissons. Exposés à un éclairage nocturne comparable à celui observé près des zones côtières urbanisées, ils dorment moins, leur sommeil devient plus fragmenté, ils se montrent plus agressifs, s'alimentent à des horaires inhabituels et élargissent leurs déplacements nocturnes, se comportant comme si la nuit s'était transformée en jour.

Selon Oren Levy, qui a codirigé les travaux, l'éclairage artificiel nocturne se développe rapidement sur les littoraux du monde entier. "Nous avons constaté que même des niveaux relativement faibles de lumière peuvent perturber les cycles naturels de sommeil et sont associés à des modifications de marqueurs liés à la santé des neurones", explique-t-il.


Les chercheurs ont également observé une augmentation de marqueurs biologiques associés à des dommages de l'ADN dans une région du cerveau impliquée dans les fonctions dépendantes du sommeil. L'étude ne démontre pas que la lumière endommage directement l'ADN, mais elle suggère que la privation de sommeil pourrait perturber les mécanismes naturels de réparation cellulaire qui se produisent durant la nuit. Ces effets sont apparus après seulement quelques nuits d'exposition et se sont maintenus pendant une expérience de cinq mois menée directement sur un récif corallien.

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Pour Lior Appelbaum, le sommeil constitue une phase essentielle de réparation biologique. Son altération par la pollution lumineuse pourrait donc avoir des conséquences mesurables, même chez des animaux vivant à l'état sauvage.

Les chercheurs rappellent que près de 22 % des zones côtières mondiales et 35 % des aires marines protégées sont déjà touchées par la pollution lumineuse nocturne. Dans le golfe d'Eilat, les niveaux d'éclairage près des zones urbanisées peuvent atteindre une intensité jusqu'à 60 fois supérieure à celle de la lumière naturelle des étoiles.


L'équipe souligne enfin que les récifs coralliens reposent sur un équilibre écologique très fragile. Des travaux antérieurs avaient déjà montré que la lumière artificielle perturbait la physiologie des coraux, leur relation avec les algues symbiotiques et leur reproduction. Cette nouvelle étude indique que les poissons qui dépendent de ces récifs subissent eux aussi les effets de cette pollution, avec des conséquences potentielles pour l'ensemble de l'écosystème marin.

Les chercheurs plaident ainsi pour une meilleure gestion de l'éclairage des zones côtières, notamment en réduisant les lumières inutiles la nuit, en orientant les sources lumineuses à l'écart du littoral et en développant des technologies d'éclairage moins nocives pour la biodiversité marine.

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