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Au Moyen-Orient, la peur de l’Iran reconfigure les équilibres du Golfe
Entre prudence affichée et soutien discret aux frappes occidentales, les monarchies du Golfe naviguent dans un rapport de force dominé par la crainte d’une puissance aux ambitions régionales.


À rebours des lectures strictement militaires du conflit, Ephraïm Herrera met en lumière les ressorts idéologiques et stratégiques qui structurent en profondeur l’affrontement actuel au Moyen-Orient. Selon ce spécialiste du monde musulman, la clé de compréhension réside dans la peur structurelle des pays du Golfe face à l’Iran, perçu comme une menace existentielle.
Herrera souligne que cette crainte ne relève pas uniquement de considérations militaires, mais d’un projet politique et religieux porté par le régime iranien. Les Gardiens de la révolution, détenteurs des capacités balistiques, drones et nucléaires, incarnent selon lui une ambition plus large : celle d’une domination régionale, voire globale, au nom de l’islam chiite.
Face à cette menace, les monarchies du Golfe adoptent une posture ambivalente. Officiellement prudentes, elles hésitent à s’engager ouvertement contre Téhéran, tout en soutenant en coulisses les actions américaines et israéliennes. Ce « double langage » s’explique par une peur tangible des représailles iraniennes, d’autant que ces pays ont déjà été directement visés par des attaques depuis le début du conflit, parfois plus intensément qu’Israël lui-même.
Mais l’analyse d’Herrera va plus loin en insistant sur la dimension religieuse du conflit, qu’il qualifie de « très profonde ». Il rappelle que l’idéologie du régime iranien s’inscrit dans une vision eschatologique, liée à la venue du Mahdi, et dans laquelle l’affrontement avec les Juifs, les chrétiens et les puissances occidentales joue un rôle central.
Dans cette perspective, la guerre dépasse largement les enjeux géopolitiques classiques pour s’inscrire dans une logique de confrontation idéologique et religieuse. Herrera évoque également les fractures internes au monde musulman, notamment entre chiites et sunnites, qui alimentent les tensions régionales et influencent les positionnements des États du Golfe.
Enfin, il identifie trois attitudes distinctes parmi ces pays : les Émirats arabes unis, clairement alignés avec Israël et les États-Unis ; l’Arabie saoudite, encore hésitante ; et le Qatar, pris dans une contradiction entre hostilité envers Israël et crainte d’une attaque iranienne.
Pour Herrera, l’issue idéale pour ces États serait la chute du régime iranien, ouvrant la voie à un nouvel équilibre régional. Mais une telle évolution dépendra à la fois de la pression militaire exercée par les États-Unis et Israël, et de la capacité du peuple iranien à se mobiliser contre ses dirigeants.