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Meir Masri : "Entre rhétorique et intérêts, la Turquie joue un double jeu face à Israël"
Entre tensions politiques, rivalités régionales et intérêts économiques persistants, Meir Masri décrypte la stratégie d’Ankara, accusée de jouer un double jeu face à Israël.


La relation entre Israël et la Turquie traverse une phase de tensions aiguës, mais sans rupture définitive. Pour Meir Masri, spécialiste du Moyen-Orient, cette ambivalence s’explique par une stratégie turque à plusieurs niveaux, mêlant calcul politique interne et ambition géopolitique régionale.
Selon lui, le président turc instrumentalise la question palestinienne comme un levier politique puissant. Elle permet de mobiliser une base électorale conservatrice et islamiste, notamment dans un contexte marqué par des difficultés économiques et des revers politiques. Mais au-delà de cet usage domestique, Ankara chercherait également à redéfinir son rôle sur la scène internationale, en s’affirmant comme une puissance régionale autonome, capable de s’émanciper de son statut traditionnel d’allié de l’OTAN.
Sur le plan bilatéral, Meir Masri constate une dégradation profonde des relations entre Jérusalem et Ankara, notamment en raison du soutien affiché de la Turquie au Hamas. Cette posture conduit Israël à exclure toute implication turque dans la gestion de Gaza, par crainte qu’Ankara ne serve de relais indirect au mouvement islamiste.
Pour autant, cette rupture n’est pas totale. Derrière les tensions politiques, les intérêts économiques et énergétiques continuent de structurer la relation. Malgré un embargo officiel décrété par la Turquie, les échanges commerciaux persistent via des pays tiers. En 2025, Israël a ainsi importé près d’un milliard de dollars de marchandises turques. De même, les flux énergétiques restent actifs, notamment via le port turc de Ceyhan, illustrant la primauté des intérêts stratégiques sur les postures politiques.
Parallèlement, la Méditerranée orientale s’impose comme un nouveau théâtre de confrontation. La Turquie s’oppose frontalement aux projets énergétiques impliquant Israël, la Grèce et Chypre, en contestant les zones économiques et en entravant le projet de gazoduc EastMed. Cette rivalité, désormais directe, traduit une volonté d’Ankara d’imposer sa vision géopolitique, au mépris des équilibres régionaux.
Enfin, sur le dossier iranien, la Turquie adopte une posture prudente. Si des liens existent avec Téhéran, notamment économiques et sociaux, Ankara reste contrainte par son appartenance à l’OTAN et ses relations avec Washington. Pour Meir Masri, cette position illustre une constante : entre discours et réalité, la Turquie privilégie avant tout ses intérêts.