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Sarah Feinberg : la Russie joue un double jeu stratégique autour de l’Iran
Entre médiation affichée et soutien discret à l’Iran, la Russie exploite la crise pour servir ses intérêts stratégiques, notamment en Ukraine.


Pour Sarah Feinberg, directrice de recherche au centre Elrom de Tel-Aviv, la posture de la Russie dans la crise iranienne relève d’un calcul stratégique sophistiqué, loin d’une simple médiation diplomatique. Officiellement critique des frappes américaines et israéliennes, Moscou cherche en réalité à exploiter le conflit pour servir ses propres intérêts, étroitement liés à la guerre en Ukraine.
Selon elle, le Kremlin poursuit plusieurs objectifs : maintenir une pression sur les marchés énergétiques pour soutenir ses revenus, détourner l’attention internationale du front ukrainien et inciter les États-Unis à redéployer leurs ressources militaires vers le Moyen-Orient. Dans cette logique, la crise avec l’Iran devient un levier stratégique visant à affaiblir la position de Kiev dans les négociations.
Parallèlement, Moscou entretient une ambiguïté calculée. Elle tente de préserver le régime iranien tout en se positionnant comme médiateur, une posture ancienne mais désormais largement contestée. « Personne n’est dupe », souligne l’analyste, rappelant que Washington a rejeté toute tentative de médiation russe.
Sur le terrain, l’aide apportée à Téhéran reste mesurée mais réelle. La Russie fournirait du renseignement et chercherait à renforcer les capacités iraniennes dans une logique de saturation des défenses aériennes israéliennes et régionales. Elle aurait également proposé des systèmes portatifs de défense antiaérienne, certains étant possiblement déjà déployés. En revanche, Moscou s’abstient pour l’instant de livrer des équipements plus avancés comme les systèmes S-400 ou des avions de combat, faute de capacités disponibles et pour éviter une escalade directe avec les États-Unis.
Cette retenue n’est pas synonyme de désengagement, mais plutôt d’une stratégie d’équilibre. La Russie, fragilisée par son engagement en Ukraine, cherche à maximiser son influence sans franchir un seuil irréversible. Pour Sarah Feinberg, cette crise constitue avant tout un instrument de négociation globale face à Washington, dans un jeu d’équilibre où chaque mouvement est calibré pour servir les intérêts géopolitiques du Kremlin.