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Starlink, champ de bataille invisible : comment Téhéran tente d’étouffer la contestation iranienne
Alors que le régime iranien multiplie les coupures d’Internet pour étouffer la contestation, le réseau satellitaire Starlink est devenu un outil vital pour les manifestants.


Invité de La Grande Édition pour décrypter la dimension numérique de la crise iranienne, Guy-Philippe Goldstein, expert des cyberconflits et enseignant, a livré une analyse saisissante du rôle central joué par Starlink dans les manifestations, et des nouvelles contre-mesures mises en place par le régime.
Depuis les premières coupures massives d’Internet imposées par Téhéran, le réseau satellitaire Starlink, propriété de Elon Musk, s’est imposé comme une bouée de sauvetage pour les manifestants. Grâce à une constellation de près de 10 000 satellites en orbite basse, Starlink permet des communications continues, indépendantes des infrastructures nationales. En Iran, environ 100 000 terminaux seraient aujourd’hui actifs — soit deux fois plus qu’en Ukraine — facilitant la coordination des protestations, la diffusion d’images et l’anticipation des mouvements des forces de sécurité.
Mais cette supériorité technologique est désormais contestée. Selon Guy-Philippe Goldstein, le régime iranien est parvenu à réduire drastiquement l’efficacité du signal, jusqu’à plus de 80 % de brouillage dans certaines zones. Cette capacité ne serait pas indigène : elle reposerait sur des équipements électromagnétiques sophistiqués fournis par la Chine, avec l’appui stratégique de la Russie. Ces technologies à micro-ondes permettent de perturber non seulement les signaux Starlink, mais aussi le GPS, illustrant un saut qualitatif dans la guerre informationnelle.
Pour autant, Guy-Philippe Goldstein nuance l’impact de ce « game changer ». La résilience du mouvement dépendra avant tout de la densité des manifestants et, à terme, d’un éventuel basculement d’une partie de l’armée. Par ailleurs, couper Internet a un coût économique colossal : jusqu’à deux millions de dollars par heure, dans un pays où près de dix millions de personnes dépendent de l’économie numérique. Après plus de cent heures de coupure cumulée, la pression financière pourrait accélérer l’effondrement économique… et pousser encore davantage d’Iraniens dans la rue.
Au-delà de l’Iran, l’entretien révèle un affrontement plus large : un duel technologique entre Washington et Pékin, où Starlink est devenu une arme géopolitique à part entière, et où la connectivité elle-même est désormais un enjeu de pouvoir.