Analyse | La France et l'ombre de Weimar, par Steve Belhassen
Les descendants d'immigrés en France représentent 7 % des plus de 50 ans, 11 % des 18 à 49 ans et 20 % des mineurs


Une joue brûle déjà. Jeudi dernier, à un arrêt de bus de la place du 4-Septembre à Marseille, un individu cagoulé a transformé un aérosol et un briquet en lance-flammes et dirigé la flamme vers le visage d'une jeune femme. Treize secondes de vidéo. J'y vois bien plus qu'un fait divers. J'y vois le visage confiant de la République face à une violence qui se banalise.
Ce qui avait commencé comme une mobilisation lycéenne pour obtenir des professeurs remplaçants et de meilleures conditions d'étude s'est mué, par endroits, en violences urbaines. 1 949 interpellations pour la seule journée de jeudi, plus de 5 000 en une semaine, des proviseurs et des policiers blessés, des établissements incendiés, des centaines de lycées fermés ce lundi. À Carpentras, devant un lycée bloqué, on a entendu : "On a brûlé Israël, c'est qui les Juifs ? On les piétine."
Les chiffres qu'il faut regarder en face
En 2025, 11,6 % de la population française est immigrée. Les descendants d'immigrés représentent 7 % des plus de 50 ans, 11 % des 18 à 49 ans et 20 % des mineurs. Chaque génération raconte une France différente. 377 000 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2025, en hausse de 9,2 % sur un an.
La dette publique avoisine 120 % du PIB, le déficit atteint 5,4 %, la charge d'intérêts pèse 74 milliards d'euros par an et la note est tombée à A+. Aucun budget à l'équilibre depuis 1974.
Israël, au sortir de la guerre la plus longue de son histoire, conserve près de 239 milliards de dollars de réserves de change, soit plus que son budget annuel, et reste créancier net du monde. La France montre qu'on peut s'approcher de la faillite sans guerre. Israël montre qu'une discipline budgétaire bâtie sur des décennies permet de tenir une guerre longue.
La force centrifuge
Le centre macroniste se contracte. À gauche, Mélenchon s'appuie sur la nouvelle démographie. À droite, le camp national capitalise sur l'inquiétude qu'elle suscite. À l'approche de 2027, la polarisation devient la donnée centrale de la vie politique française.
Les Juifs de France
En 2022, environ 36 actes antisémites par mois. Au premier semestre 2026, 533 actes, soit près de 90 par mois. Deux fois et demie plus, pour une communauté qui représente moins de 1 % de la population.
C'est là que le parallèle avec Weimar mérite d'être posé, avec toutes les précautions qu'impose l'Histoire : une dette qui échappe au contrôle, un centre qui se délite, des extrêmes qui grandissent à ses dépens, une violence de rue qui entre dans le paysage, jusqu'au moment où une société cesse de demander qui a raison pour demander qui rétablira l'ordre. La France de 2026 n'est pas la République de Weimar, et toute crise ne mène pas à 1933. Mais l'Histoire enseigne que, lorsque ces dynamiques s'installent, les Juifs sont rarement épargnés.
La France n'en est pas là. Mais la trajectoire, elle, est déjà tracée.